Voitures électriques

Voitures chinoises : vraiment plus galères à réparer que les européennes ?

Voitures chinoises : vraiment plus galères à réparer que les européennes ?

L’arrivée rapide des constructeurs chinois sur le marché européen soulève pas mal de questions. Au-delà du prix ou des performances, un sujet revient souvent : est-ce que ces voitures seront réparables dans la durée ? Derrière les idées reçues, la réalité est plus nuancée. La réparabilité dépend moins de l’origine d’une marque que de ses choix de conception, de l’accès aux pièces et de l’organisation de l’après-vente en Europe.

Pourquoi la question de la réparabilité revient aussi fort

L’inquiétude n’est pas sortie de nulle part. Les voitures récentes, qu’elles soient européennes ou chinoises, sont devenues plus complexes et plus électroniques. Résultat : des chocs parfois mineurs se transforment en réparations lourdes, les délais de pièces s’allongent, et certains véhicules peuvent même être déclarés économiquement irréparables. L’arrivée de marques chinoises, souvent très orientées électrique et nouvelles méthodes de production, renforce encore ces interrogations.

Le contexte du marché n’aide pas à calmer le jeu : près d’une voiture neuve sur trois immatriculée en Europe provenait déjà de l’extérieur de l’Union européenne, dont environ 670 000 véhicules chinois. Leur part de marché est passée d’environ 1 % en 2020 à près de 7 % en 2024. Et à horizon 2035, les projections estiment que les véhicules issus de nouveaux constructeurs pourraient représenter près de 19 millions de voitures en circulation en Europe, soit environ 8 % du parc. Autant de véhicules qui devront être réparés, entretenus et suivis sur le long terme.

Conception, batteries, pièces et après-vente : une étude questionne les idées reçues sur la réparabilité des voitures chinoises
Conception, batteries, pièces et après-vente : une étude nuance les idées reçues sur la réparabilité des voitures chinoises.

Ce que disent les études : le passeport d’un pays ne répare rien

Une analyse récente menée par le cabinet de prospective Via ID invite à relativiser le débat « Chine vs Europe ». Dans ses conclusions, la réparabilité d’un véhicule ne dépend pas directement de la nationalité du constructeur, mais de choix industriels très concrets : l’architecture du véhicule, la modularité des composants, la disponibilité des pièces, et l’accès aux données ainsi qu’aux outils logiciels.

L’étude rappelle aussi un point clé sur les électriques : la batterie de traction représente à elle seule 30 à 40 % de la valeur d’un véhicule électrique, tandis que la structure carrosserie-châssis pèse 20 à 30 % du coût de production. Dit autrement : dès que la batterie ou la structure est touchée, la facture grimpe vite.

Et certains choix de conception très intégrés peuvent réduire la réparabilité globale de près d’un tiers, indépendamment de la marque ou du pays d’origine.

Le gigacasting : moins de pièces, mais des réparations qui se compliquent

Via ID souligne qu’utiliser de grandes pièces structurelles issues du gigacasting peut réduire la réparabilité globale d’un véhicule de près de 30 % quand aucune solution de réparation partielle ou de remplacement segmenté n’a été prévue dès la conception. Le principe est simple : remplacer une multitude d’éléments par une seule pièce massive. C’est efficace pour la production, mais ça peut rendre certaines réparations beaucoup plus lourdes.

Le gigacasting remplace des dizaines de pièces par une seule : un gain industriel, une question pour la réparabilité
Le gigacasting remplace des dizaines de pièces par une seule : pratique en production, plus délicat côté réparations si rien n’est prévu pour intervenir “par morceaux”.

Pourquoi certains acteurs chinois pensent “cycle de vie” plus tôt

Point intéressant : l’analyse note aussi un paradoxe. Certains constructeurs chinois ont intégré très tôt la question du cycle de vie dans leur stratégie. En Chine, la filière réparation et recyclage est fortement structurée et encadrée par l’État. La batterie y est considérée comme un actif à valoriser, réparer ou recycler, plutôt que comme un bloc à remplacer automatiquement.

Des groupes comme BYD ou SAIC Motor (maison mère de MG) maîtrisent l’ensemble de la chaîne, de la conception au recyclage. Cette intégration peut, sur certains aspects, faciliter la gestion de la fin de vie ou la récupération des matériaux, parfois plus efficacement que chez des constructeurs européens dépendants de multiples fournisseurs.

Là où ça coince vraiment en Europe : pièces, logiciels, réseau

Le gros enjeu ne se situe donc pas seulement dans la conception initiale des voitures chinoises, mais dans leur intégration dans l’écosystème européen. Une voiture peut être techniquement réparable, mais devenir irréparable dans les faits si les conditions ne suivent pas.

L’étude met en avant trois points déterminants pour l’automobiliste :

1) Disponibilité et coût des pièces détachées.
2) Accès aux logiciels et aux données, devenus indispensables pour diagnostiquer et réparer un véhicule moderne.
3) Formation et équipement des réseaux de réparation.

Réparer une batterie : des écarts de coût énormes

Sur la batterie, les ordres de grandeur illustrent bien le sujet : une réparation peut coûter à partir d’environ 1 200 € lorsqu’il s’agit d’intervenir sur une cellule ou un module, monter jusqu’à 7 000 € pour une réfection plus lourde, et atteindre 30 000 € dans le cas d’un remplacement complet. Ces écarts montrent à quel point la réparabilité dépend autant de la conception que de l’organisation de l’après-vente.

Et surtout, ces difficultés ne sont pas réservées aux marques chinoises : de nombreux modèles européens récents posent déjà les mêmes problèmes, notamment sur des véhicules très connectés ou fortement intégrés. La complexité croissante des voitures dépasse parfois la capacité d’adaptation de certains ateliers, quel que soit le logo sur le capot.

Ce qui va compter pour les acheteurs

Au final, la vraie question n’est pas « chinoise ou européenne », mais : est-ce que la voiture est pensée pour être réparée, entretenue et suivie sur le long terme ? À prix équivalent, la réparabilité devient un critère aussi important que l’autonomie, la consommation ou l’équipement.

À moyen terme, la réglementation européenne jouera un rôle central. Plusieurs leviers peuvent influencer le marché : exigences de transparence, accès aux données, disponibilité des pièces, ou future notation de réparabilité. Sans cadre clair, le risque n’est pas l’arrivée de nouvelles marques, mais une accélération technologique plus rapide que la capacité du marché à réparer et entretenir les véhicules.

Conclusion

Les voitures chinoises ne sont ni plus ni moins réparables par nature que les européennes. La différence se fera surtout sur la capacité des constructeurs à jouer le jeu de l’après-vente en Europe et sur la volonté des pouvoirs publics d’imposer des règles claires. La durabilité, demain, ne se lira pas seulement sur une fiche technique : elle se jouera aussi dans les ateliers, les stocks de pièces et les accès logiciels. Et c’est un chantier qui ne fait que commencer.

Foire aux Questions

De quoi dépend la réparabilité d’un véhicule (voitures chinoises ou européennes) ?

Elle dépend de choix industriels précis : architecture du véhicule, modularité des composants, disponibilité des pièces, accès aux données et aux outils logiciels.

Quel impact le gigacasting peut-il avoir sur la réparabilité d’une voiture ?

De grandes pièces structurelles issues du gigacasting peuvent réduire la réparabilité globale d’un véhicule de près de 30 % quand aucune solution de réparation partielle ou de remplacement segmenté n’est prévue dès la conception.

Combien peut coûter une réparation de batterie sur une voiture électrique ?

Une réparation de batterie peut coûter à partir d’environ 1 200 € (cellule ou module), jusqu’à 7 000 € (réfection plus lourde), et atteindre 30 000 € (remplacement complet).

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