
C’est peut-être un tournant majeur dans la politique automobile britannique. Confronté à des ventes de voitures électriques plus faibles que prévu et à une industrie qui redoute des suppressions d’emplois, le gouvernement de Keir Starmer envisagerait de réduire fortement les quotas imposés aux constructeurs.
Depuis plusieurs années, le Royaume-Uni était présenté comme l’un des pays les plus ambitieux d’Europe sur l’électrification automobile, avec une cible fixée à 80% des ventes de voitures neuves électriques en 2030. Mais plusieurs médias britanniques évoquent une révision à la baisse, sur fond de demande qui ne suit pas et d’une industrie jugée fragile.
Mis sur les rails en 2020 sous Boris Johnson et entré en vigueur en 2024, le ZEV Mandate impose aux constructeurs une part croissante de ventes de voitures 100% électriques : 22% en 2024, 28% en 2025, 33% en 2026, jusqu’à 80% en 2030 et 100% en 2035. L’idée, en filigrane, était d’interdire de fait les nouvelles voitures essence et diesel dès 2030, en ne laissant subsister que des hybrides sur la part restante.
Le problème, c’est que les chiffres ne suivent pas le scénario prévu. En 2025, l’industrie a manqué la cible, avec environ 23,4% de ventes électriques. Et pour 2026, les projections ne rassurent pas : les constructeurs seraient en passe de se retrouver à peu près 8 points sous le quota attendu.
Le cadre prévoit aussi un levier très dissuasif : pour chaque voiture thermique vendue « en trop » par rapport au quota, une amende pouvant aller jusqu’à 11 000 livres est prévue. De quoi transformer une contre-performance commerciale en choc financier.
Plusieurs acteurs ont alerté sur des objectifs jugés « déconnectés » du marché. Un argument revient souvent : le Royaume‑Uni ne représente que 2% des ventes automobiles mondiales, tout en se fixant des contraintes parmi les plus strictes.
Sur le terrain, la pression se traduit par des rabais importants pour écouler des stocks de modèles électriques, ce qui finit par peser sur les marges. Et même avec ces efforts commerciaux, rien ne garantit un décollage durable de la demande.
Au-delà des ventes, c’est la question de l’emploi qui aurait fini par peser le plus lourd. Sharon Graham, secrétaire générale du syndicat Unite, a accusé le ZEV Mandate de « contribuer de manière significative à la perte d’emplois dans l’automobile britannique », et a appelé à une réduction « radicale » des objectifs.
Pour un Premier ministre qui met la réindustrialisation au cœur de ses priorités, l’alignement des inquiétudes entre industriels et syndicats devient difficile à ignorer.
Plusieurs sources britanniques indiquent que Keir Starmer aurait tranché : l’objectif de 80% de ventes électriques en 2030 serait rabaissé, et l’hypothèse la plus plausible tournerait autour de 50%.
Le débat reste tendu au sein du gouvernement : une partie appelle à maintenir les engagements climatiques, tandis que d’autres mettent en avant la nécessité de préserver une industrie déjà fragilisée par les mutations technologiques, la concurrence internationale et un contexte économique incertain.
Cette possible révision s’inscrit dans un questionnement plus vaste sur la vitesse de la transition électrique. Partout en Europe, fixer des objectifs ambitieux ne suffit pas forcément à garantir leur réalisation.
Parmi les freins mis en avant : le coût d’achat des voitures électriques, jugé encore élevé pour une partie des ménages, ainsi que les infrastructures de recharge et le prix de l’électricité, qui continuent d’alimenter les réticences.
Les défenseurs de l’électrification estiment, eux, que le problème vient moins des quotas que du manque d’accompagnement. Ils craignent qu’affaiblir les objectifs ralentisse les investissements et envoie un signal négatif à toute la filière. Dans les faits, l’introduction d’une nouvelle subvention l’an dernier n’a pas suffi à inverser durablement la tendance.
Entre ambitions climatiques, réalité du marché et tension sur l’emploi industriel, le Royaume-Uni semble chercher un nouvel équilibre. Si l’objectif 2030 devait effectivement passer de 80% à 50%, ce serait un signal fort : la transition ne se joue pas seulement sur des chiffres, mais sur la capacité à embarquer consommateurs et industrie en même temps. La suite pourrait bien se décider sur un mot-clé très concret : l’exécution, sur le terrain.
80% des ventes de voitures neuves devaient être 100% électriques en 2030.
Environ 23,4% de ventes électriques ont été atteints en 2025.
Une amende pouvant aller jusqu’à 11 000 livres est prévue pour chaque voiture thermique vendue « en trop » par rapport au quota.

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