Economie / Politique

Voiture de fonction : privilège contesté, pilier discret qui fait tourner le marché auto en France

Voiture de fonction : privilège contesté, pilier discret qui fait tourner le marché auto en France

La voiture de fonction : un classique… de plus en plus contesté

Près d’1,5 million de salariés disposent d’une voiture de fonction en France. Un dispositif ancien, largement accepté, mais aujourd’hui sévèrement critiqué par une étude du Forum Vies Mobiles. Coût budgétaire élevé, inégalités sociales, efficacité écologique discutable : les reproches s’accumulent. Et une question dérangeante revient : que deviendrait le marché automobile français si ce pilier était profondément réformé ?

Une étude critique la voiture de fonction, jugée coûteuse et inégalitaire
Une étude met en cause un dispositif jugé coûteux et inégalitaire, tout en soulignant son poids dans le marché.

Un outil de travail… qui sert surtout hors du travail

L’étude du Forum Vies Mobiles dresse un constat frontal : il existerait un décalage croissant entre l’idée d’un “outil professionnel” et la réalité des usages. La voiture de fonction serait désormais principalement utilisée à titre personnel : environ 70 % des kilomètres parcourus relèveraient d’usages privés. En parallèle, le kilométrage professionnel moyen resterait inférieur à 24 km par jour travaillé.

Un avantage très concentré socialement

Autre point soulevé : la voiture de fonction profiterait surtout à certains profils. La moitié des bénéficiaires seraient cadres, 75 % des hommes, et les 10 % les plus hauts revenus dix fois plus susceptibles d’en disposer que les plus modestes. À l’inverse, des métiers très dépendants de la voiture pour travailler (aides à domicile, artisans, ouvriers) en disposeraient peu. Le dispositif ne répondrait donc pas d’abord à un besoin, mais à une logique de statut.

Une niche fiscale sous tension

La critique vise aussi la fiscalité. La voiture de fonction est un avantage en nature, dont l’évaluation fiscale resterait inférieure à son coût réel. Résultat : elle devient plus attractive qu’une augmentation de salaire équivalente. Pour les finances publiques, le manque à gagner est estimé à environ 1,8 milliard d’euros par an après la réforme de 2025.

Une Renault Clio, modèle très acheté par les entreprises
La Renault Clio est citée comme la voiture la plus vendue aux entreprises, dans un marché où les flottes comptent lourd.

Et l’électrification progressive des flottes pourrait amplifier le sujet. Selon les simulations citées, le coût budgétaire pourrait atteindre entre 3,2 et 5,2 milliards d’euros par an à mesure que la part de véhicules électriques progresse. L’étude avance aussi un coût de réduction des émissions d’environ 350 € par tonne de CO₂, jugé supérieur au coût de référence de l’action climatique. Message implicite : le dispositif serait socialement ciblé, fiscalement coûteux et écologiquement peu efficient.

Transition électrique : un levier réel, mais pas aussi magique

On entend souvent que la voiture de fonction accélère la transition énergétique, parce que les entreprises électrifient plus vite leurs flottes, notamment sous l’effet des obligations réglementaires. L’étude nuance : la part de véhicules électriques dans les flottes atteignait environ 21 %, un niveau présenté comme proche de celui des particuliers.

Et il y a un effet pervers possible : la gratuité d’usage peut encourager à rouler davantage, ce qui réduit une partie des bénéfices environnementaux attendus. En clair : le levier existe, mais il ne ferait pas tout.

Du premium en masse… et quelques cas qui font grincer des dents

L’étude pointe aussi un effet moins visible : la voiture de fonction orienterait le marché vers le haut. Même si la voiture de fonction la plus vendue en France en 2025 était la Renault Clio, près de 70 % des berlines haut de gamme seraient achetées par des entreprises.

Et certains exemples frappent les esprits : quatre des sept Ferrari Daytona SP3 immatriculées en France en 2024 l’auraient été comme voitures de fonction. Même chose pour sept des onze Bentley Bentayga. Ces cas restent marginaux à l’échelle du marché, mais leur charge symbolique suffit à relancer le débat sur la pertinence du dispositif.

Un rouage central du marché automobile français

Malgré toutes les critiques, difficile d’ignorer le poids économique des flottes. Même si la voiture de fonction ne concerne que 5 % des salariés, environ 25 % des immatriculations neuves en France proviennent des flottes d’entreprise, pour une dépense estimée à 15 milliards d’euros par an.

Ce volume structure le marché : il sécurise des débouchés pour les constructeurs, soutient des segments (y compris premium) et joue un rôle dans la diffusion de nouvelles motorisations, dont l’électrique. Les flottes constituent souvent une première vague d’adoption avant le marché des particuliers. Réformer le dispositif pourrait corriger un avantage fiscal et répondre à une critique sociale, mais toucherait aussi l’équilibre des ventes neuves, la stratégie industrielle des marques et potentiellement le rythme d’électrification.

Au final, la voiture de fonction ressemble à un levier à double face : critiquée pour ses effets redistributifs et budgétaires, mais centrale dans l’économie automobile française. C’est cette ambivalence qui rend le sujet aussi explosif.

Conclusion

La voiture de fonction cristallise tout ce que la mobilité moderne met sur la table : justice sociale, finances publiques, trajectoire carbone… et réalité industrielle. Si le dispositif évolue, ce ne sera pas qu’une ligne dans un budget : c’est une pièce entière du marché auto français qui bougera. La suite dépendra d’un équilibre à inventer, entre efficacité, équité et transition.

Foire aux Questions

Combien de salariés disposent d’une voiture de fonction en France ?

Près d’1,5 million de salariés disposent d’une voiture de fonction en France.

Quelle part des kilomètres d’une voiture de fonction correspond à des usages privés ?

Environ 70 % des kilomètres parcourus relèveraient d’usages privés.

Quel poids représentent les flottes d’entreprise dans les immatriculations neuves en France ?

Environ 25 % des immatriculations neuves en France proviennent des flottes d’entreprise.

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