
En Hongrie, un dossier explosif met sous pression à la fois un industriel mondial des batteries et le pouvoir politique. D’après des éléments relayés par la presse hongroise, les services de renseignement intérieurs auraient documenté une pollution massive liée à l’usine de batteries Samsung SDI installée sur le territoire hongrois. Et face à cette situation, l’État se retrouve coincé entre deux options difficiles : stopper l’activité au risque de secouer l’économie et l’emploi, ou laisser l’usine continuer en assumant des conséquences sanitaires et environnementales encore compliquées à mesurer.
Les plaintes liées à la pollution ne sont pas une surprise dans le monde de l’industrie lourde : air, eau, particules… tôt ou tard, des sites finissent visés. En France, même des usines classées Seveso ont déjà été pointées du doigt au fil du temps, et l’actualité a aussi mis en lumière des substances comme les PFAS.
Cette fois, le projecteur se braque sur Samsung SDI en Hongrie. L’histoire a notamment été relayée par le média hongrois Telex, qui évoque des informations issues d’enquêtes menées par les services secrets hongrois, portant sur les coulisses de la production et sur des indicateurs de pollution autour du site.
Tout commence lors d’inspections de routine à l’automne 2022. Dans l’unité de mélange de l’usine de Göd — la zone où sont préparées les cathodes des batteries — les inspecteurs découvrent une poussière noire sur le sol et les murs. Cette poussière contiendrait du nickel, du cobalt et du manganèse, décrits comme des métaux lourds hautement cancérigènes.
L’enquête évoquée décrit une ventilation bricolée lors de la conversion d’une ancienne usine de téléviseurs, et surtout inadaptée aux particules en jeu. Les filtres auraient été prévus pour des particules de 2,4 micromètres alors que les poudres utilisées mesureraient 0,3 micromètre. Conséquence : des substances toxiques auraient été rejetées jusque sur le toit (qui apparaîtrait noirci sur des vues aériennes) et dispersées dans d’autres sections du bâtiment.
Les chiffres officiels étaient déjà préoccupants, mais les éléments cités vont plus loin : Samsung aurait communiqué aux autorités des dépassements de seuils présentés comme « modérés ».
En parallèle, des mesures internes — récupérées par les services hongrois — montreraient au contraire, pour certains ouvriers, des niveaux de pollution atmosphérique 500 à 1000 fois supérieurs à la limite légale.
Plutôt que d’arrêter la production pour protéger les salariés, la direction aurait mis en place une « rotation » : lorsque des analyses d’urine montraient des ouvriers saturés en métaux, ils auraient été déplacés vers des zones moins polluées et remplacés par des collègues considérés comme « sains », dont l’organisme n’avait pas encore atteint les seuils d’alerte.
Le texte évoque aussi des protections individuelles insuffisantes : des ouvriers auraient parfois été équipés de simples masques chirurgicaux, décrits comme inutiles contre les produits chimiques.
Le scandale serait remonté au niveau du bureau du Premier ministre Viktor Orbán au printemps 2023. Un rapport classifié du Bureau de protection de la Constitution (renseignement intérieur) aurait été présenté en Conseil des ministres. Lors de cette réunion, Antal Rogán, chef de cabinet, aurait déclaré : « Mettre ainsi en danger les travailleurs est un risque politique inacceptable ».
Pourtant, la décision finale relayée est claire : l’usine n’aurait pas été fermée. Le gouvernement aurait accordé un sursis à Samsung pour corriger ses installations, en privilégiant la continuité de la production de batteries destinées aux constructeurs européens (dont BMW, Hyundai/Kia et d’autres), au détriment de la sécurité immédiate des travailleurs.
À ce moment-là, Samsung envisageait aussi un agrandissement de l’usine, avec à la clé de nouvelles retombées économiques. Un arbitrage classique — et brutal — entre la promesse de croissance et les exigences de santé publique et de protection de l’environnement.
Cette affaire met en lumière une question devenue impossible à esquiver : produire les technologies de la transition ne suffit pas, encore faut-il garantir des conditions de fabrication qui protègent vraiment les travailleurs et les riverains. Si l’industrie des batteries veut tenir ses promesses, l’avenir passera aussi par des standards de sécurité et de contrôle à la hauteur des enjeux.
La poussière contenait du nickel, du cobalt et du manganèse.
Les mesures internes montreraient des niveaux 500 à 1000 fois supérieurs à la limite légale pour certains ouvriers.
Le gouvernement aurait accordé un sursis à Samsung pour corriger ses installations en privilégiant le maintien de la production et les retombées économiques et d’emploi, alors que Samsung envisageait un agrandissement du site.

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