
Dans l’Allier, au cœur du Massif central, Imerys veut exploiter l’un des cinq plus grands gisements de lithium au monde : 34 000 tonnes par an dès 2030, assez pour équiper 700 000 batteries de voitures électriques. L’État français investit 50 millions d’euros dans ce projet stratégique baptisé Emili, présenté comme un enjeu géopolitique majeur.
Imaginez un filon de lithium repéré il y a des décennies, sous des carrières de kaolin exploitées depuis un siècle. Longtemps mis de côté, il revient sur le devant de la scène avec l’explosion des besoins en batteries. C’est le cœur du projet Emili, désormais soutenu par un investissement public de 50 millions d’euros.
Tout commence au site de Beauvoir, où Imerys extrait du kaolin pour la céramique depuis la fin du XIXe siècle. Dans les années 1960, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) repère déjà du lithium en sous-sol, mais le contexte de l’époque ne pousse pas à l’exploitation. En 2022, Imerys remet le sujet au centre du jeu : selon les estimations récentes, le gisement contiendrait environ un million de tonnes d’oxyde de lithium, contre 320 000 tonnes initialement évaluées par le BRGM.
Autre point clé : la concentration, annoncée entre 0,9 et 1%. Concrètement, cela représente environ 100 tonnes de roche à extraire pour obtenir une tonne de métal pur.
À pleine capacité, le site de Beauvoir viserait 34 000 tonnes de lithium par an dès 2030, de quoi équiper 700 000 voitures électriques en batteries lithium-ion sur une année. Parmi les dix projets miniers européens jugés prometteurs, Emili se placerait en deuxième position, derrière le projet de la vallée du Rhin supérieur porté par Vulcan Energy Resources.
La Banque des Territoires, bras financier de l’État, prévoit d’injecter 50 millions d’euros dans Emili via une participation minoritaire, avec une finalisation attendue « dans les prochains mois ». Cet apport doit notamment soutenir l’étude de faisabilité, annoncée comme finalisée en 2027, étape incontournable avant toute décision d’investissement définitive.
Le ministre de l’Économie, des Finances, de l’Industrie, de l’Énergie et de la Souveraineté numérique, Roland Lescure, souligne que « les métaux stratégiques et les terres rares sont l'enjeu géostratégique du siècle, cruciaux pour notre approvisionnement énergétique et notre souveraineté ». De son côté, le PDG d’Imerys, Alessandro Dazza, y voit « une reconnaissance importante du potentiel industriel et stratégique » du projet, avec l’ambition de faire d’Emili l’un des plus grands sites de lithium de l’Union européenne.
Emili repose sur deux implantations en Auvergne-Rhône-Alpes :
1) Une mine souterraine, à des profondeurs annoncées de 75 à 350 mètres.
2) Un site de transformation (à moins de 100 km) pour convertir le minerai en hydroxyde de lithium, une forme particulièrement recherchée pour les batteries.
Le coût estimé du projet est de 1 milliard d’euros. Imerys avance des coûts de production de 7 à 9 euros par kilogramme, présentés comme un atout sur le marché européen. L’exploitation est envisagée pour 25 ans minimum, voire 30 à 35 ans selon les études complémentaires. À la clé, le projet évoque 1 000 emplois directs et indirects.
Face aux inquiétudes locales et environnementales, Imerys met en avant des standards de responsabilité élevés. Le groupe dit vouloir respecter la norme IRMA (Initiative for Responsible Mining Assurance), avec une exploitation souterraine censée minimiser l’impact sur les habitats naturels.
Le transport est annoncé via pipelines et trains souterrains, et la flotte minière serait 100% électrique.
Autre promesse mise en avant : une empreinte carbone divisée par deux par rapport aux mines de lithium classiques, notamment grâce au mix électrique français et à une gestion optimisée des flux. Imerys indique aussi vouloir concevoir le projet « en collaboration avec toutes les parties prenantes locales publiques et privées ».
Emili s’inscrit dans une course européenne aux métaux critiques, avec l’objectif de réduire la dépendance à la Chine, qui domine la transformation du lithium et des terres rares. Le projet est présenté comme un maillon potentiellement vital de la chaîne d’approvisionnement des batteries, alors que la demande augmente fortement avec la perspective de la fin des ventes thermiques en 2035.
Imerys, basé à Paris et déjà implanté en Belgique et en Suisse pour d’autres spécialités minérales, réoriente sa stratégie vers les minerais liés à la transition énergétique. L’objectif affiché : devenir un fournisseur européen majeur de lithium, dans un contexte où chaque tonne compte pour sécuriser l’indépendance électrique du continent.
À ce stade, une grande question reste suspendue : l’acceptabilité locale. Un filon gigantesque sommeille sous l’Allier, mais extraire 100 tonnes de roche pour obtenir un kilo de lithium ne se fera pas sans débat.
Avec Emili, la France mise gros sur un lithium « made in Europe » : des volumes industriels annoncés, un soutien public fort, et la promesse de limiter l’impact environnemental. Si les études et l’acceptation locale suivent, l’Allier pourrait devenir l’un des points névralgiques de la nouvelle géographie européenne des batteries.
Reste à voir jusqu’où cette ruée vers les métaux stratégiques redessinera l’industrie… et la souveraineté énergétique de demain.
Le projet Emili vise 34 000 tonnes de lithium par an dès 2030.
L’objectif annoncé correspond à l’équipement de 700 000 voitures électriques en batteries lithium-ion par an.
L’État français investit 50 millions d’euros dans le projet Emili via la Banque des Territoires.

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