
On parle beaucoup de la fin programmée du moteur thermique pour 2035 sur les voitures particulières. Mais un autre sujet, bien plus explosif à court terme, se joue en coulisses : les véhicules utilitaires. Et en Europe, l’électrification de ces fourgons avance trop lentement pour suivre les limites de CO2 déjà fixées.
Résultat : Renault et Stellantis se retrouvent face à un risque financier massif, avec des amendes potentielles à la clé. Le problème, c’est que les objectifs sont connus, mais restent pour l’instant hors de portée. Et tant que la politique européenne ne bouge pas, la marge de manœuvre des constructeurs reste limitée.
Les véhicules utilitaires, c’est du volume, des usines qui tournent, et un business très rentable. Côté Renault, une part importante des ventes mondiales du groupe en 2025 vient de ce segment : au bas mot 330 000 vans et fourgons, majoritairement écoulés en Europe et en France. Chez Stellantis, l’enjeu est encore plus grand : le groupe est leader en Europe, avec près de 29 % de parts de marché.
Sauf que ces véhicules roulent encore très majoritairement au gazole. Et sur le terrain des émissions, ça coince : les utilitaires sont parmi les catégories qui s’électrifient le plus lentement. Là où la part d’électriques sur les voitures particulières a récemment atteint 17 % en Europe, on est plutôt autour de 8 % à 6 % sur les utilitaires. Trop peu pour viser les seuils imposés au niveau européen.
La Commission européenne a confirmé les limites que devront respecter non seulement les voitures particulières, mais aussi les véhicules utilitaires légers de moins de 3500 kg.
Concrètement, les flottes d’utilitaires neufs vendus dans l’Union européenne ne devront pas dépasser :
Le souci, c’est que l’an dernier, la moyenne des utilitaires mis sur le marché était à 174 g/km de CO2. Le fossé est énorme, et les constructeurs n’ont pas de baguette magique, surtout avec des écarts de prix entre utilitaires électriques et thermiques qui se comptent souvent en dizaines de milliers d’euros.
Les principaux fabricants de vans en Europe réclament des ajustements sur la trajectoire des limites de CO2. L’idée n’est pas de nier l’objectif, mais de revoir une courbe jugée trop brutale au regard de la réalité du marché.
L’association des constructeurs européens (ACEA) insiste notamment sur plusieurs points : les PME hésitent à passer au zéro émission à cause de coûts d’utilisation plus élevés, d’une charge utile réduite sur les fourgonnettes électriques, et du manque d’infrastructures de recharge rapide denses.
En parallèle, même si un utilitaire électrique peut afficher un coût d’usage inférieur (notamment grâce à l’entretien réduit et à une électricité relativement bon marché en France), la rentabilisation reste difficile. Et sans “coup de pouce” permettant de réduire l’écart de prix, basculer rapidement l’ensemble des clients (artisans, flottes, entreprises) paraît peu réaliste. À ce stade, une hausse des prix des utilitaires thermiques pour compenser est évoquée comme une piste plus crédible qu’une baisse massive du prix des électriques.
Face au risque d’amendes, certains groupes ont déjà commencé à se couvrir. Renault aurait ainsi provisionné environ 98 millions d’euros sur le premier semestre 2025 pour anticiper les sanctions à venir. Stellantis serait dans une démarche similaire, et il est aussi évoqué que Volkswagen et Ford ont pu faire de même.
Les écarts entre les rejets réels des constructeurs et leurs objectifs restent, pour l’instant, très importants :
Les utilitaires sont un pilier économique pour l’industrie automobile européenne, mais leur transition vers l’électrique avance trop lentement face aux seuils de CO2 déjà actés. Entre écarts d’émissions, prix élevés et infrastructures encore insuffisantes, Renault et Stellantis n’ont pas vraiment le luxe d’attendre et commencent à mettre de l’argent de côté pour encaisser le choc.
La suite dépendra d’un équilibre délicat entre exigences climatiques, réalité des usages des professionnels et capacité des constructeurs à accélérer sans casser la machine économique. Une chose est sûre : le virage des utilitaires sera l’un des vrais tests de la mobilité des prochaines années.
153,9 g/km de CO2 sur la période 2025-2029.
174 g/km de CO2.
Environ 98 millions d’euros.

De l'achat, à la revente, au financement, en passant par les derniers projets de loi automobile, Voiture Malin est la référence de l'info automobile
