
Après la bataille des autonomies record et des recharges éclair, les constructeurs chinois attaquent un nouveau terrain de jeu technologique : les suspensions intelligentes. BYD, Huawei et Li Auto enchaînent les démonstrations de SUV capables de rouler sur trois roues, de lever une roue pour changer un pneu sans cric, ou encore de s’extraire seuls d’un passage ensablé. Sur le papier, c’est du confort, de la sécurité et du franchissement. Dans les faits, c’est aussi (et de plus en plus) une façon d’impressionner.
Depuis toujours, les constructeurs automobiles cherchent à améliorer le comportement de leurs voitures, et notamment leurs suspensions. En France, un exemple reste mythique : celui d’une berline restée contrôlable malgré des pneus endommagés lors de l’attentat du Petit-Clamart visant le général de Gaulle en 1962. Plus de soixante ans après, des constructeurs chinois donnent une autre dimension au sujet avec des SUV capables, volontairement, de rouler sur trois roues grâce à des suspensions pilotées électroniquement.
Ces derniers jours, plusieurs vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux ont mis en avant le Fang Cheng Bao Bao 8. Derrière ce nom, il s’agit d’une marque du géant BYD. Le véhicule existe aussi sous le nom Denza B8, via un autre label récemment arrivé en France.
La démo qui a fait le tour des médias montre ce gros SUV soulever individuellement une roue grâce à une suspension DiSus-P Ultra, tout en continuant à rouler sur les trois autres. L’idée est simple : chaque roue peut être contrôlée de manière très fine, comme si le véhicule “rééquilibrait” ses appuis en temps réel.
BYD présente trois usages principaux pour ce système :
1) Le roulage d’urgence sur trois roues à basse vitesse.
2) Le remplacement d’un pneu sans cric, grâce au levage automatique de la suspension.
3) Une fonction de “récupération” : le véhicule modifie ses appuis pour tenter de sortir seul d’une zone ensablée ou d’un obstacle.
À noter : le roulage sur trois roues reste annoncé comme limité à faible vitesse, autour de 15 km/h.
BYD n’est pas seul à pousser ce concept. Le Aito M9 soutenu par Huawei s’est aussi montré en train de rouler sur trois roues grâce à un châssis piloté électroniquement. Même logique chez Li Auto, avec son grand SUV L9 équipé d’une suspension hydraulique active capable de contrôler indépendamment chaque roue.
Les promesses se ressemblent : faciliter le remplacement d’un pneu, améliorer le franchissement, ou renforcer la stabilité. Techniquement, ces systèmes reposent sur des suspensions pilotées électroniquement capables de modifier en temps réel la hauteur, la rigidité ou l’équilibre du véhicule. Certaines solutions s’appuient sur l’hydraulique, d’autres sur des systèmes électromagnétiques plus sophistiqués.
BYD multiplie ce type de démonstrations avec ses marques premium Denza et Yangwang : rotation sur place, déplacement latéral “en crabe”, suspension capable de faire “sauter” une supercar, conduite sur trois roues… L’objectif n’est pas seulement de prouver un savoir-faire, mais aussi de construire une image technologique forte, particulièrement efficace sur les réseaux sociaux.
Cette logique se retrouve sur des modèles capables d’accumuler des fonctions spectaculaires : roues arrière directrices très marquées, stationnement en pivot, déplacement latéral. Tout n’est pas forcément gadget : pouvoir lever une roue pour changer un pneu sans équipement supplémentaire peut être utile en tout-terrain ou en situation d’urgence.
Mais ces démonstrations servent aussi clairement à en mettre plein la vue. Quand les technologies s’empilent, l’expérience peut donner le sentiment que le constructeur cherche autant à montrer tout ce qu’il sait faire qu’à réellement simplifier la conduite.
Le contraste devient intéressant face à des icônes du tout-terrain qui misent traditionnellement sur la robustesse mécanique et la simplicité. Cette vision semble bousculée si l’on regarde un chiffre cité pour la France : 15 exemplaires vendus en 2025, et aucun en 2026 pour ce modèle, notamment sous l’effet d’un malus écologique de 80 000 € qui a de quoi refroidir même les plus motivés.
Pendant que certains constructeurs continuent de vendre l’endurance et la robustesse, des groupes chinois tentent d’imposer une autre vision du SUV haut de gamme : celle d’un véhicule pensé comme une démonstration technologique roulante. Même si ces fonctions ne toucheront probablement qu’une minorité d’utilisateurs au quotidien, elles pèsent déjà dans la construction d’une image techno très forte. Reste une question en suspens : le service après-vente saura-t-il gérer d’éventuels soucis de fiabilité liés à des suspensions aussi complexes ?
Après la recharge express, la prochaine bataille visible se joue donc sous la carrosserie : le châssis devient un terrain de spectacle, autant qu’un laboratoire roulant. Si ces suspensions intelligentes peuvent apporter de vrais bénéfices dans certains cas, elles servent aussi à marquer les esprits. Et dans un marché où l’attention se gagne en quelques secondes, ce qui impressionne aujourd’hui pourrait bien devenir, demain, un nouveau standard.
Autour de 15 km/h.
Le roulage d’urgence sur trois roues à basse vitesse, le remplacement d’un pneu sans cric grâce au levage automatique de la suspension, et une fonction de “récupération” pour modifier les appuis afin de tenter de sortir seul d’une zone ensablée ou d’un obstacle.
Recharger de 10 à 70 % en 5 minutes.

De l'achat, à la revente, au financement, en passant par les derniers projets de loi automobile, Voiture Malin est la référence de l'info automobile
