
Après avoir imposé jusqu’à 35% de surtaxes aux voitures électriques fabriquées en Chine, l’Union européenne ouvre une porte de sortie : un système de « prix plancher » qui permettrait à certains modèles d’éviter les droits additionnels. Détail piquant : les premiers à s’y intéresser ne sont pas forcément les marques chinoises, mais un groupe européen, Volkswagen, pour son SUV coupé électrique Cupra Tavascan produit à Anhui.
En moins de deux ans, l’UE est passée d’un discours de fermeté sur les électriques chinoises à la création d’un mécanisme capable d’en atténuer les effets. Le dispositif reste présenté comme une alternative, mais sa mise en musique pourrait redistribuer les gains… et pas forcément là où on l’attend.
Tout part d’une enquête anti-subventions menée par Bruxelles sur les voitures électriques fabriquées en Chine, accusées de profiter de soutiens publics massifs et de casser les prix en Europe. À l’issue de la procédure, l’Union européenne a décidé d’ajouter des droits allant de 7,8% à 35,3% sur les électriques (en plus de 10% de droits de base).
Le ciblage est précis : les modèles 100% électriques et à autonomie prolongée sont visés, tandis que les hybrides et hybrides rechargeables sont épargnés. L’objectif affiché : protéger une industrie européenne fragilisée par une concurrence jugée déloyale.
Dans les faits, les surtaxes ont vite montré leurs limites.
D’abord, les marques chinoises ont réorienté une partie de leur offensive vers les PHEV, exemptés de ces droits. Résultat : elles continuent de gagner des parts de marché, avec environ 812 000 véhicules vendus en Europe en 2025, soit un bond de près de 99% en un an pour atteindre environ 6,1% de parts, avec des pics bien plus élevés en décembre.
Ensuite, le dispositif a aussi pénalisé des constructeurs européens… sur leurs propres modèles produits en Chine. Le Cupra Tavascan est dans ce cas, tout comme certaines Mini, Smart, ou encore la Dacia Spring.
Face à ce tableau, la Commission européenne remet sur la table un outil déjà utilisé sur les panneaux photovoltaïques : le « price undertaking », autrement dit l’engagement d’un prix minimum.
Le principe : fixer un prix plancher par modèle et par finition. L’idée est de produire un effet comparable à celui des droits de douane, mais en intégrant le surcoût directement dans le prix catalogue, au lieu de le transformer en recettes pour l’UE.
Sur le papier, ce mécanisme est présenté comme une option pour les constructeurs chinois. En pratique, le premier à enclencher la démarche est Volkswagen.
Le Cupra Tavascan, assemblé dans l’usine d’Anhui et commercialisé en Chine sous le blason Volkswagen ID. UNYX, est aujourd’hui frappé par un droit additionnel de 20,7% à l’entrée en Europe. De quoi tirer son prix vers le haut : il démarre autour de 46 540 €, et sa compétitivité devient plus complexe face à des rivaux fabriqués dans l’Union européenne.
En demandant le basculement vers un prix plancher, Volkswagen cherche à lisser l’impact du tarif douanier, à rendre le positionnement plus prévisible et à sécuriser l’économie de l’import depuis la Chine. La Commission a confirmé avoir reçu cette demande en décembre et a publié des lignes directrices pour d’autres dossiers.
Les prix minimums devront, au choix, ne pas descendre en dessous du niveau pratiqué avant l’enquête anti-subventions, ou s’aligner sur un modèle équivalent vendu en Europe mais produit hors de Chine.
Pour le constructeur, l’intérêt est clair : au lieu de voir une partie de la valeur partir en taxes, le surcoût reste dans la chaîne économique du constructeur et de son réseau.
Pour l’Union européenne, l’équation est plus délicate. Les quelque 2 milliards d’euros de recettes annuelles liés aux droits sur les électriques chinoises pourraient, à terme, se transformer en marges supplémentaires pour les importateurs. Plusieurs économistes y voient un risque de « cadeau » involontaire fait aux groupes installés en Chine : un effet protecteur de court terme, mais peu d’incitation à accélérer l’innovation côté européen.
Si Bruxelles assouplit déjà le cadre, le contexte géopolitique pèse lourd. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et ses menaces récurrentes de frapper les importations automobiles européennes avec de lourds droits ont alerté les pays de l’UE.
En parallèle, la Chine a laissé planer, puis mis en œuvre, des mesures de rétorsion ciblées, comme de nouveaux droits sur la viande de porc européenne. Des marques premium comme BMW, Mercedes, Audi ou Porsche redoutent aussi d’être prises pour cible sur leur premier marché mondial.
Dans ce contexte, l’objectif ressemble à un exercice d’équilibriste : maintenir un niveau de protection pour l’industrie européenne, sans verrouiller complètement l’accès au marché pour les constructeurs chinois, ni pénaliser les groupes européens ayant industrialisé des modèles en Chine.
La Commission laisse également entendre que des « bonus » pourraient être accordés aux constructeurs qui s’engagent à investir sur le sol européen. BYD et Chery, qui ont déjà lancé et annoncé des usines ou des projets d’assemblage dans l’UE, semblent bien placés pour profiter de cette flexibilité.
Le texte évoque aussi l’interdiction d’utiliser les gains tirés de ce mécanisme pour casser les prix sur d’autres segments, notamment les hybrides et PHEV, afin d’éviter un jeu de vases communicants qui déstabiliserait davantage le marché.
Reste le point le plus explosif : comment contrôler et faire respecter un prix plancher dans un marché où remises, reprises, aides locales et promotions sont monnaie courante ? Juristes et économistes décrivent un casse-tête : suivre les prix effectifs (pas seulement les tarifs catalogue) sur des milliers de points de vente, et distinguer une simple manœuvre commerciale d’une violation du plancher, pourrait se révéler impossible.
Pour l’instant, le mécanisme est présenté comme un « outil supplémentaire » destiné à coexister avec les surtaxes. Les demandes seraient traitées au cas par cas, avec une lourde documentation à fournir. Certains y voient une soupape diplomatique, le temps de négocier un accord plus global sur les surcapacités chinoises. D’autres redoutent un système bancal qui réduirait la pression sur l’industrie européenne pour monter en gamme, innover plus vite et rendre ses propres électriques réellement compétitives, sans béquille protectionniste.
Avec le « prix plancher », l’Union européenne cherche un compromis entre protection industrielle, réalités commerciales et tensions internationales. Mais en ouvrant cette porte, Bruxelles pourrait aussi déplacer l’équilibre des bénéfices — et rendre la frontière plus floue entre régulation et avantage concurrentiel. Les prochains arbitrages diront si ce mécanisme devient un outil durable… ou un simple pont vers un nouvel accord plus large.
Le Cupra Tavascan est frappé par un droit additionnel de 20,7% à l’entrée en Europe.
L’Union européenne a décidé d’ajouter des droits allant de 7,8% à 35,3% sur les électriques (auxquels s’ajoutent déjà 10% de droits de base).
Environ 812 000 véhicules ont été vendus en Europe en 2025, soit un bond de près de 99% en un an, pour atteindre environ 6,1% de parts.

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