
Quand un groupe automobile grossit à coups de fusions, une question finit toujours par surgir : comment éviter que toutes les voitures se ressemblent ? Chez Stellantis, cette tension est au cœur du moment. Et le retour de Gilles Vidal — designer associé au succès de la seconde génération du Peugeot 3008 — remet le sujet sur la table : stop aux « clones », place à des identités fortes.
Depuis la création de Stellantis, la priorité affichée a été la rentabilité via des économies d’échelle massives. Dans les faits, cela a encouragé la logique du « badge engineering » : une même base technique, déclinée sous plusieurs logos.
Exemple concret au sein du groupe : plusieurs SUV urbains reposant sur la plateforme CMP, comme le Peugeot 2008, l’Opel Mokka et le DS 3. Cette stratégie a aidé Stellantis à atteindre des marges très élevées, mais elle a aussi eu un effet secondaire : une identité visuelle parfois diluée, avec le risque que le choix d’un modèle se fasse surtout sur le prix ou la proximité d’une concession, plutôt que sur une vraie préférence de design.
Après un passage chez Renault, Gilles Vidal revient dans le giron Stellantis et prend désormais en charge le design des marques françaises du groupe, notamment. Sa ligne est claire : partager une plateforme ne devrait plus vouloir dire partager une silhouette.
L’idée est d’aller plus loin que la simple variation de détails. Vidal veut intervenir très tôt dans la conception pour permettre des différences dès les proportions, même si les soubassements restent communs. Une manière de construire une vraie personnalité visuelle, sans renoncer à la mutualisation industrielle.
Dans sa vision, la fin des « clones » passe par des langages formels nettement plus distincts. L’objectif : que chaque marque raconte quelque chose de reconnaissable au premier coup d’œil.
Les axes évoqués sont très tranchés :
Cette orientation existe déjà, mais elle est appelée à s’accentuer. Sur le papier, le bénéfice est évident : proposer des expériences vraiment divergentes, couvrir plus de segments, et limiter la cannibalisation interne.
Reste le point qui fâche : différencier radicalement des voitures, ce n’est pas juste changer une calandre. Développer des éléments de carrosserie spécifiques, des optiques distinctives ou des intérieurs très différents, ça se paie — et parfois très cher.
Le défi pour Gilles Vidal et ses équipes sera donc aussi interne : convaincre que l’investissement dans un design plus exclusif est un rempart contre la banalisation. L’enjeu est stratégique, car stopper la production de « clones » pourrait aussi aider à protéger la valeur résiduelle des modèles et à fidéliser une clientèle plus exigeante.
À noter : certaines prochaines nouveautés ne porteront pas sa patte, puisque les nouvelles générations de 208 et 2008, par exemple, ne sont pas de lui.
Stellantis marche sur une ligne de crête : continuer à partager plateformes et moteurs pour rester compétitif, tout en redonnant à chaque marque une identité qui donne envie. Si Gilles Vidal parvient à installer une différenciation visible dès la silhouette, le groupe pourrait transformer une contrainte industrielle en vraie force créative. La prochaine vague de modèles électriques dira jusqu’où cette promesse peut aller.
Gilles Vidal prend en charge le design de l’ensemble des marques françaises du groupe Stellantis, notamment.
Le Peugeot 2008, l’Opel Mokka et le DS 3 sont cités comme des SUV urbains partageant la plateforme CMP.
Peugeot, Citroën et DS sont mentionnées avec des orientations de style distinctes (allure technologique pour Peugeot, audace et confort visuel pour Citroën, luxe à la française pour DS).

De l'achat, à la revente, au financement, en passant par les derniers projets de loi automobile, Voiture Malin est la référence de l'info automobile
