
Stellantis dit vouloir faire table rase d’une période récente compliquée, marquée par une accumulation de crises : airbags Takata, moteurs Puretech, chute importante de la rentabilité, difficultés avec certaines marques du portefeuille et stocks trop importants sur le marché nord-américain.
Conséquence immédiate : le groupe confirme qu’il n’y aura pas de versements de dividendes sur le titre Stellantis dans les comptes de l’année écoulée. En parallèle, Stellantis annonce avoir provisionné 22,5 milliards d’euros, une somme mise de côté pour absorber ces chocs et corriger la trajectoire.
Sur la stratégie produits, le groupe reconnaît à demi-mot ce que beaucoup d’acteurs admettent aujourd’hui : la course vers l’électromobilité a pu être trop rapide. Antonio Filosa résume l’idée sans détour : les charges exceptionnelles reflètent en grande partie le coût d’avoir surestimé le rythme de la transition énergétique, au point de s’éloigner des besoins, des moyens financiers et des désirs de nombreux acheteurs.
La nouvelle ligne affichée est donc de laisser davantage de latitude au marché, en « laissant le choix au client ».
Aux États-Unis, ce changement se traduit déjà par la relance de moteurs V8, pourtant abandonnés auparavant, notamment chez Dodge sur certains modèles emblématiques. Une question se pose en filigrane : ce virage peut-il faire perdre le rythme des investissements nécessaires dans l’électrique, au moment où la concurrence, notamment chinoise, accélère ?
Pour l’instant, l’effort mis en avant concerne surtout l’Amérique : 13 milliards d’euros déjà annoncés, pour le lancement de 5 nouveaux modèles et la « création de 5000 emplois », notamment en production.
À l’inverse, l’Europe reste en attente : le plan pour le continent est annoncé pour la fin mai, avec la présentation du grand plan international de Stellantis.
À noter aussi l’arrivée du premier moteur « full hybrid » de Stellantis chez Jeep. L’enjeu sous-jacent est clair : éviter un nouveau décalage entre l’offre et les attentes, alors qu’aux États-Unis Toyota et Honda dominent cette technologie depuis 30 ans.
Le groupe a donc provisionné au total 22,5 milliards d’euros, exclus du bilan opérationnel. Sur cet ensemble, près de 15 milliards d’euros sont attribués au « réalignement produit ».
Derrière cette expression, il faut comprendre que l’abandon d’une partie de la production de batteries et de voitures électriques, notamment en Amérique du Nord, a un coût élevé. Le RAM 1500 électrique en a notamment fait les frais.
La logique revendiquée : payer maintenant pour arrêter l’hémorragie, plutôt que de maintenir le cap et de se retrouver avec des stocks invendables. Un problème qui a particulièrement pesé sur Stellantis ces derniers mois sur le marché nord-américain.
La nouvelle direction vise aussi, à demi-mot, certaines décisions passées. Stellantis mentionne 4,1 milliards d’euros liés à une révision des estimations des provisions pour garanties contractuelles.
Cette réévaluation s’appuie sur un processus d’estimation mis à jour, intégrant l’augmentation récente des coûts liée à l’inflation et une détérioration de la qualité. Le groupe précise que cette situation est imputable à des choix opérationnels qui n’ont pas permis d’atteindre le niveau de qualité attendu, et que la nouvelle équipe de direction est en train de corriger.
Entre crises industrielles, virage stratégique et retour assumé à une approche plus « au choix » côté motorisations, Stellantis acte une rupture : un reset, mais au prix fort. Reste maintenant à voir comment ce changement se traduira concrètement en Europe, et si le groupe parviendra à aligner ses produits sur ce que les conducteurs sont réellement prêts à acheter.
22,5 milliards d’euros ont été provisionnés, exclus du bilan opérationnel.
Près de 15 milliards d’euros sont comptés pour le réalignement produit.
4,1 milliards d’euros sont liés à une révision des estimations des provisions pour garanties contractuelles.

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