
L’insolent succès de la Renault 5 E-Tech, dans la lignée d’une recette popularisée par la Fiat 500, donne des idées : et si Stellantis remettait, lui aussi, des modèles cultes sur le devant de la scène ? Le patron du design des marques européennes du groupe, Gilles Vidal, a exprimé clairement son intention de refaire des icônes.
La question est donc ouverte : chez Peugeot, Citroën et DS, quelles pourraient être les futures stars capables de s’inspirer du passé des marques françaises, tout en renforçant leur avenir — parfois jugé incertain pour certaines d’entre elles ?
Gilles Vidal présente sa mission comme un exercice d’équilibriste : préciser l’image de chaque marque tout en gérant la synergie entre elles. Dans un paysage où des firmes chinoises récentes et naissantes bousculent le marché, il insiste sur un point : les marques historiques, fortes et émotionnelles, constituent un avantage.
Son idée est nette : exploiter l’historique… et aller jusqu’à recréer des icônes. Reste à savoir lesquelles, et comment éviter le “copié-collé nostalgique” sans âme.
Renault a déjà montré la puissance de la nostalgie moderne. Après avoir fait ses preuves avec la Fiat 500 lorsqu’il travaillait pour la marque italienne, Luca de Meo, arrivé à la tête du groupe Renault en 2020, lance la “Renaulution” en misant gros sur la Renault 5 électrique.
La version de série arrive en 2024, et la stratégie s’enchaîne : Renault 4 en 2025, puis Twingo en 2026. Le principe est simple : toucher la corde sensible de celles et ceux qui ont connu les versions thermiques dans leur jeunesse, et les convaincre de passer à une interprétation électrique.
Même la gamme utilitaire a été concernée, avec Estafette et Goélette. Mais la nostalgie n’est pas un jackpot automatique : si la Renault 5 E-Tech affiche un vrai coup de cœur — 100 000 unités écoulées depuis son lancement à l’automne 2024 — la marque a même ajouté une seconde équipe de nuit à l’usine de Douai pour suivre la demande. En revanche, rien ne dit qu’une 4L électrique suivra le même chemin.
Chez Peugeot, il n’est pas question — à ce stade — de remettre une 205 “nouvelle génération” face à la Renault 5 électrique. La marque mise plutôt sur la 208, capable de jongler entre thermique, électrique et hybride.
En revanche, le néo-rétro s’exprime déjà via les concept-cars. Certains choix de style, comme des lignes géométriques et cubiques (notamment à l’arrière), ramènent directement à une ambiance très années 1980.
Peugeot a aussi joué la carte du clin d’œil patrimonial : une 504 break “des Tontons du Bled”, ou encore une version “Reborn” du concept Quasar, qui n’est qu’un restomod digital. Le cas le plus marquant reste toutefois la Peugeot e-Legend, vedette d’un salon en 2018, hommage direct à la 504 coupé.
Mais une question demeure : quel potentiel pour un coupé chez un constructeur généraliste, alors même que ce type de carrosserie, plutôt associé aux marques premium, se raréfie ?
Côté Citroën, l’idée d’un retour de la 2CV est actée d’une certaine manière, mais avec une nuance essentielle : ce sera sur le fond, pas sur la forme. Autrement dit, l’objectif serait un véhicule pragmatique, abordable, proche d’une logique de recyclabilité, mais sans reprendre l’apparence d’une petite berline aux ailes joufflues.
Dans les faits, cette orientation correspondrait à une mise en série du concept Citroën Oli dévoilé en 2022. Le modèle pourrait se positionner entre le quadricycle électrique Citroën AMI et la citadine polyvalente Citroën C3 — avec, en filigrane, l’idée d’une sorte de nouvelle C1.
Chez DS, la réalisation la plus explicitement connectée au passé est le projet SM Tribute, présenté lors d’un concours d’élégance. Le message porté par le design est clair : travailler sur les “gènes” de modèles emblématiques pour nourrir les silhouettes de futurs modèles attendus en fin de décennie.
DS affirme vouloir cultiver son héritage via ses icônes, notamment les DS et les SM, et y puiser un engagement pour un design d’avant-garde. La question posée en interne comme chez les observateurs : est-ce que la future DS N°3, attendue en 2027, entrera dans cette logique ?
Entre la tentation du néo-rétro et la nécessité de rester crédible dans un marché électrifié et ultra-concurrentiel, Stellantis semble vouloir jouer une carte émotionnelle : celle des icônes françaises réinterprétées. Peugeot, Citroën et DS n’en sont pas au même point, mais toutes ont un patrimoine assez fort pour nourrir des modèles qui parlent au présent.
Si la nostalgie ne suffit pas à garantir le succès, elle peut devenir un vrai levier… à condition de transformer l’héritage en idées neuves. Le prochain chapitre dira quelles icônes sauront réellement renaître, et lesquelles resteront de beaux rêves de designers.
100 000 unités ont été écoulées depuis le lancement du modèle à l’automne 2024.
Le retour de la 2CV serait sur le fond et pas sur la forme : un véhicule pragmatique et abordable, sans reprendre la silhouette traditionnelle.
Le concept Peugeot e-Legend est un hommage à la 504 coupé.

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