
Chez Renault, l’accumulation de SUV et de modèles électriques a un effet secondaire assez logique : à force de proposer des voitures qui se ressemblent par l’usage, certains modèles finissent par se marcher sur les pieds. La marque ne parlera pas forcément de « cannibalisme » interne, mais quand on met côte à côte Twingo et R5, Mégane et R4, ou encore Symbioz et Austral, le choix peut vite devenir flou pour un acheteur (hors gros coup de cœur, notamment sur les modèles au look néo-rétro).
Multiplier les nouveautés électriques peut être une bonne nouvelle dans un marché de plus en plus demandeur. Mais à ce rythme, est-ce qu’on ne risque pas l’indigestion ? Même constat côté SUV : Renault n’est pas le seul constructeur à en proposer à tous les niveaux, quitte à créer des doublons. Et c’est précisément là que la question devient intéressante : est-ce qu’il n’y aurait pas, chez Renault, des modèles qui attirent des clients… au détriment d’autres modèles Renault ?
Le grand écart se joue aussi sur le prix : 4000 €, c’est à peu près la différence entre la Renault 5 Five (une entrée de gamme très dépouillée, sans recharge en courant continu) et la Twingo Techno la mieux équipée. Quand on parle de petites citadines, ce n’est pas un détail : en proportion, c’est une somme qui peut faire basculer une décision.
Et la comparaison devient encore plus piquante quand on regarde l’usage. La Twingo, elle, propose une recharge « rapide » en courant continu à 50 kW, ce qui lui donnerait, sur le papier, un meilleur potentiel pour voyager que la R5 Five. Certes, ce n’est pas l’utilisation numéro 1 de ce type de voiture… mais c’est un argument concret.
Autre point qui peut compter au quotidien : la Twingo affiche aussi une meilleure modularité sur certains aspects, avec un espace à bord plus généreux aux places arrière. De quoi pousser certains clients à se demander s’il ne vaut pas mieux payer nettement moins cher et partir sur une Twingo, quitte à accepter une ambiance à bord et une qualité perçue moins valorisantes, plutôt que de payer plus pour une R5 jugée moins habitable et, dans cette version, incompatible avec la recharge sur voie rapide en courant continu.
Avec l’arrivée de concurrents cités comme la Volkswagen ID.2 et des modèles comme la MG4 Urban, Renault pourrait réagir lors d’un futur facelift de la R5 : l’idée évoquée est d’ajouter la recharge DC de série sur toutes les versions, en complément d’une hypothétique batterie LFP.
Les chevauchements de gamme, on les retrouve chez la plupart des constructeurs qui ont un catalogue dense. Chez Renault, l’arrivée du Symbioz a pu surprendre : pourquoi vouloir combler à tout prix un espace entre Captur et Austral, alors que ce « trou » ne semble pas si évident ?
Dans les faits, l’analyse est plus simple : le Symbioz viendrait remplacer la Mégane compacte « classique » qui n’existe plus. Et pour situer l’idée, un exemple est donné : Peugeot, de son côté, a une 308 entre les 2008 et 3008.
Les ventes du Symbioz auraient validé ce choix, mais mécaniquement, cette montée en puissance se fait au détriment d’un autre modèle. L’hypothèse posée est qu’une partie des clients auraient choisi le Symbioz plutôt que l’Austral. C’est le principe des vases communicants : si les ventes globales de la marque Renault n’explosent pas, quand un modèle prend de la place, un cousin au losange peut en perdre.
Reste un autre sujet : la cohabitation entre Renault 4 et Mégane. Sur le papier, elles ne sont pourtant pas « jumelles » : elles ne se ressemblent pas vraiment, et les prix ne sont pas présentés comme proches. La R4 est annoncée plus abordable, tandis que la Mégane est décrite comme offrant une bien meilleure autonomie.
Et la suite pourrait rebattre les cartes, avec le restylage de la Mégane qui pourrait apporter une nouvelle batterie. À Renault, alors, de jouer finement : il faudra positionner la Mégane entre R4 et Scénic, sans empiéter trop sur l’une… ni sur l’autre.
En élargissant très vite sa gamme électrique et SUV, Renault gagne en couverture de marché… mais s’expose aussi à des choix internes qui se cannibalisent. Entre prix, habitabilité, recharge et autonomie, la frontière entre modèles peut devenir mince. La prochaine étape se jouera sur le positionnement et les évolutions techniques : c’est souvent là que l’équilibre se fait — ou se casse — et c’est aussi ce qui rend la suite passionnante à suivre.
4000 € : c’est à peu près l’écart de prix entre la Renault 5 Five et la Twingo Techno la mieux équipée.
50 kW : la Twingo dispose d’une recharge « rapide » (50 kW) en courant continu.
Une bien meilleure autonomie : la Mégane est décrite comme offrant une autonomie bien supérieure à celle de la Renault 4, tandis que la R4 est annoncée plus abordable.

De l'achat, à la revente, au financement, en passant par les derniers projets de loi automobile, Voiture Malin est la référence de l'info automobile
