
Renault avait promis une base créée sur mesure pour la Renault 5 Turbo 3E. Mais entre ambitions XXL et réalités industrielles, le projet évolue : malgré un tarif très élevé, celle qu’on présente comme la « plus petite supercar du monde » va finalement partager sa base avec d’autres modèles du groupe. Une façon de rendre l’aventure un peu plus rationnelle… sans la vider de ce qui la rend unique.
Parmi les projets lancés sous l’ère Luca de Meo, la Renault 5 Turbo 3E est sans doute l’un des plus extravagants. Née comme concept-car, cette supercar de poche a obtenu le feu vert pour la production.
En hommage à l’année de naissance du modèle d’origine, 1 980 exemplaires doivent être fabriqués. Les premiers acheteurs devront débourser au minimum 155 000 €… et le tarif a déjà augmenté, avec une hausse annoncée d’ici aux premières livraisons attendues en 2027. De quoi installer ce modèle comme la Renault la plus chère de l’histoire de la marque.
Malgré ce prix, l’équation économique restait délicate. D’autant que Renault avait évoqué l’utilisation d’une plateforme « créée sur mesure », ce qui alourdit encore la facture sur un volume aussi limité.
Finalement, Renault a choisi une solution plus économique : la Renault 5 Turbo 3E partagera sa base avec une autre sportive électrique du groupe, la nouvelle Alpine A110 (troisième du nom), attendue d’ici la fin de l’année. Cette information a été obtenue lors d’échanges en marge de la conférence FutuREady du groupe Renault, où de nouveaux détails sur cette plateforme inédite ont été donnés.
Cette base s’appellera APP, pour Alpine Performance Platform. Un point clé est confirmé : elle intègre notamment une architecture en 800 volts, un choix qui avait toujours été prévu pour la Turbo 3E. Résultat attendu : des recharges très rapides, d’autant que la capacité de batterie (encore tenue secrète) ne s’annonce pas forcément énorme.
D’après ses concepteurs, la plateforme APP répond « à l’intégralité des défis techniques liés au poids, au design et à l’électrification » afin de créer une sportive électrique fidèle à l’ADN d’Alpine. Sauf que la Renault 5 Turbo 3E, malgré une carrosserie presque à l’opposé de celle d’une berlinette, coche elle aussi beaucoup de cases.
Dans les deux cas, on parle de sportives deux-portes, compactes, à propulsion, avec la même obsession : contenir le poids dans un univers électrique pénalisé par la masse des batteries. Partager une base entre deux modèles du même groupe paraît donc logique… même s’il faudra l’adapter aux proportions très particulières de la Turbo 3E, annoncée à la fois plus courte qu’une Clio 6 et plus large qu’une Ferrari 849 Testarossa.
Ce choix technique s’explique aussi par un contexte de marché compliqué : l’appétit des consommateurs reste timide pour les voitures électriques, surtout dans le créneau des sportives. Des rumeurs (non confirmées) ont même évoqué l’abandon des versions électriques des prochaines générations de Boxster et Cayman, sur fond de crise économique chez Porsche.
Alpine, de son côté, fait face à un autre défi : une notoriété encore limitée en dehors de la France. Dans ce contexte, difficile de savoir si la future A110 électrique rencontrera le succès, tout comme ses dérivés roadster et 2+2 déjà confirmés.
Le constructeur de Dieppe s’est même laissé une porte entrouverte : la plateforme APP est annoncée comme compatible avec des moteurs thermiques. L’idée est présentée comme une piste en réflexion, tout en précisant que la carrière du modèle débutera bien en électrique. En attendant, utiliser la même base pour une autre marque du groupe aide à amortir des investissements colossaux, d’autant qu’un projet de collaboration avec Lotus pour la future A110 a capoté en cours de route.
Et il reste une autre inconnue : trouver réellement 1 980 clients pour la Renault 5 Turbo 3E. Malgré un bon démarrage des précommandes, toute la production est encore loin d’être allouée.
Même avec un partage de base, la Renault 5 Turbo 3E devrait conserver un profil très à part. Développée par les ingénieurs d’Alpine, elle partage déjà des éléments avec l’univers Dieppe (jusqu’au volant, commun avec la petite A290). Une production à Dieppe semblerait logique, comme pour l’A110… et comme pour la première génération de R5 Turbo.
Mais pour justifier un prix nettement au-dessus de celui de la future « berlinette », la Turbo 3E s’appuiera sur des choix spécifiques. Elle devrait conserver une carrosserie en carbone, quand sa cousine opterait pour l’aluminium, moins coûteux. Objectif officiel de masse : 1 450 kg pour cette série très limitée. L’Alpine A110 ne devrait cependant pas être très loin de cette valeur.
Autre point différenciant probable : la puissance. Même si aucun chiffre n’est annoncé pour l’A110, il paraît difficile d’imaginer qu’elle atteigne les 555 ch revendiqués pour la Renault 5 Turbo 3E.
La vraie carte « waouh » de la Renault 5 Turbo 3E, c’est l’implantation de moteurs électriques directement dans les roues. Pour une voiture de série, ce serait une première. Renault met en avant plusieurs bénéfices : centre de gravité abaissé, poids réduit, pertes de transmission supprimées, et réactivité record.
Sandheep Bhambra, designer en chef en avance de phase sur les concept-cars Renault, résume l’enjeu avec une formule : « la technologie moteur-roue pourrait devenir le turbo des voitures électriques ».
Tout n’est pas rose pour autant : cette solution augmente aussi les masses non suspendues, un point crucial pour l’équilibre entre confort et comportement. Il faudra donc attendre un essai pour savoir si cette technologie inédite fait mieux que l’approche plus classique attendue sur l’A110, avec deux moteurs implantés sur le train arrière. Dans ce domaine, l’A110 se rapprocherait davantage du crossover A390, déjà remarqué pour sa capacité à faire oublier un poids pourtant très élevé (plus de 2,1 tonnes).
En partageant sa base avec la future Alpine A110 électrique, la Renault 5 Turbo 3E perd un peu de sa promesse initiale « 100% sur mesure », mais gagne en cohérence industrielle. Et surtout, elle conserve l’essentiel : une fiche technique à part, un positionnement ultra-exclusif et un pari technologique fort avec les moteurs-roues.
Si cette approche tient ses promesses sur la route, elle pourrait bien ouvrir une nouvelle voie pour les sportives électriques compactes : plus radicales, plus rapides à recharger, et toujours capables de faire rêver.
1 980 exemplaires de la Renault 5 Turbo 3E doivent être fabriqués.
Le prix minimum annoncé est de 155 000 € pour les premiers acheteurs.
La Renault 5 Turbo 3E devrait utiliser des moteurs électriques directement installés dans les roues, une première annoncée pour une voiture de série.
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