
En Italie, le frein à la voiture électrique ne se limite plus au prix d’achat. Pour beaucoup, la vraie question arrive au moment de recharger : combien va coûter chaque kilomètre, surtout quand on dépend d’une borne publique ? Face à ces doutes, Giorgia Meloni annonce vouloir s’attaquer directement au prix de l’électricité, avec une idée simple : éviter que la recharge publique devienne l’obstacle numéro un à l’électrification.
La voiture électrique a longtemps été vendue comme un moyen de réduire certaines dépenses, mais en Italie, l’enthousiasme se heurte à une inquiétude très concrète : le coût de la recharge. À tel point que des automobilistes se demandent ce que leur coûtera “vraiment” l’usage au quotidien dans le futur, surtout si les tarifs continuent de bouger.
Le contexte est paradoxal. Le marché italien a connu un sursaut : en novembre, les voitures électriques ont atteint 12,2 % des nouvelles immatriculations, portées par une vague d’aides publiques et des véhicules déjà en stock en concession. Mais ce rebond ne gomme pas un constat plus large : dans le sud de l’Europe, l’électrification avance nettement moins vite que dans les pays du nord.
Le problème n’est donc pas seulement l’achat, ni même uniquement le maillage de bornes. De plus en plus d’usagers cherchent à comprendre leur coût d’usage réel. Et sur ce point, tout se joue sur la différence entre recharge à domicile (souvent compétitive) et recharge publique, notamment rapide, où les tarifs varient beaucoup.
Un exemple suffit à comprendre pourquoi le sujet chauffe. Une voiture qui consomme 16 kWh/100 km coûtera environ 3,5 € aux 100 km si l’électricité est facturée 0,22 €/kWh, un prix moyen constaté à domicile en Italie.
Mais côté bornes publiques, la facture peut grimper très vite. Selon le site Voldt, Enel X (la plus grande compagnie d’électricité italienne, avec plus de 16 000 points de charge dans le pays) facture 0,69 €/kWh en charge lente, et jusqu’à 0,99 €/kWh en charge rapide. Avec la même consommation de 16 kWh/100 km, le coût peut alors dépasser 15 € pour 100 km.
C’est dans ce climat que Giorgia Meloni a durci le ton. À la veille d’un sommet européen sur la compétitivité, elle a déclaré qu’elle se concentrerait « personnellement et au nom de l’Italie » sur la question des prix de l’énergie, en faisant de la facture électrique un enjeu stratégique à la fois pour les ménages et pour l’industrie. Son raisonnement est direct : demander aux citoyens un effort pour passer à l’électrique, tout en les laissant exposés à des tarifs volatils, risque de rendre l’usage moins compétitif que les carburants fossiles.
Plusieurs pistes sont évoquées. La première : une révision des péages énergétiques spécifiques au transport, ces composantes de facture qui pèsent sur le prix final du kWh aux bornes publiques.
Autre axe : renforcer la pression réglementaire sur les compagnies électriques pour éviter que leurs marges sur la recharge rapide ne transforment la voiture électrique en produit réservé aux ménages les plus aisés — ou à ceux qui ont la chance d’avoir un garage équipé.
Ce chantier s’inscrit dans une stratégie plus vaste de maîtrise des prix de l’énergie. Meloni a annoncé un paquet de plusieurs milliards d’euros pour alléger les factures des ménages et des entreprises, dans un moment où la compétitivité industrielle européenne est sous tension à cause de coûts énergétiques élevés.
Car l’électricité pèse sur deux fronts : d’un côté, la recharge pour l’usager final ; de l’autre, les coûts de production dans les usines, alors même que la transition vers l’électrique exige des investissements massifs.
Jusqu’ici, beaucoup d’États ont surtout mis l’accent sur des dispositifs orientés “achat” (primes, abattements fiscaux, bonus, etc.). La particularité de la position italienne, c’est de vouloir aussi réguler l’écosystème de la recharge, pour éviter que des fluctuations de marché et des marges élevées aux bornes ne fassent de l’électrique un pari trop risqué pour les budgets serrés.
Meloni, déjà critique sur l’échéance européenne de 2035, a également évoqué la nécessité de revoir certains mécanismes européens, notamment autour du marché du carbone et du système d’échange de quotas d’émissions (ETS), qui influencent indirectement les coûts énergétiques à la hausse.
Si l’Italie finit par intervenir concrètement, cela créerait un précédent politique fort dans l’Union européenne. Le débat énergétique s’intensifie déjà : Emmanuel Macron a plaidé pour une union énergétique capable d’offrir une électricité « stable, prévisible et compétitive ». De son côté, Ursula von der Leyen défend le rôle du marché carbone pour financer les technologies propres, tout en rappelant qu’il existe des mécanismes de stabilisation.
Pour les automobilistes, la traduction est immédiate : si l’électricité augmente, la recharge augmente. Et si la recharge grimpe, la promesse d’un coût au kilomètre inférieur à celui d’un moteur thermique devient moins évidente.
En mettant le prix du kWh au centre du jeu, l’Italie transforme un détail technique en sujet politique majeur : l’électrique ne peut pas gagner durablement si son usage devient imprévisible — ou hors de prix — dès qu’on sort du domicile. Si Rome passe à l’action, le débat pourrait s’étendre bien au-delà de ses frontières et accélérer une discussion européenne de fond sur l’énergie, l’industrie et l’accès réel à la mobilité électrique. La suite pourrait redéfinir ce que “rouler propre” veut dire, concrètement, pour tout le monde.
12,2 % des nouvelles immatriculations.
0,69 € par kWh pour une charge lente et jusqu’à 0,99 € par kWh pour la charge rapide.
Environ 3,5 € aux 100 km si l’électricité est facturée 0,22 €/kWh.

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