
Grâce au retour des aides publiques pouvant atteindre 6 000 €, le marché automobile allemand montre à nouveau des signes de dynamisme, avec un coup d’accélérateur très net côté véhicules électriques. Mais derrière cette reprise, le tableau est plus contrasté : les constructeurs étrangers — notamment chinois et américains — semblent en tirer davantage profit que les marques locales. Et surtout, cette hausse ressemble à une croissance “sous perfusion”, susceptible de retomber dès que les subventions disparaissent.
Ces dernières semaines, le retour de la prime à l’achat d’un véhicule neuf électrique (et certains hybrides rechargeables) pouvant aller jusqu’à 6 000 € — montant maximal soumis à des conditions de ressources — a mécaniquement redonné de l’élan aux immatriculations. Sur le seul mois dernier, 239 448 nouvelles immatriculations ont été enregistrées en Allemagne, soit une hausse de 0,1% par rapport au même mois un an plus tôt, d’après l’agence fédérale de l’automobile KBA.
Sans surprise, l’aide visant notamment les véhicules 100% électriques a dopé le segment : les voitures entièrement électriques ont progressé de 39,3% sur les derniers mois. Résultat : l’électrique représente désormais un quart du marché automobile en Allemagne.
Le hic, c’est que la production nationale ne profite pas autant que prévu de cette reprise. Les plus fortes progressions récentes viennent d’abord de l’américain Tesla (+322%) et de constructeurs chinois comme BYD (+232%) et Leapmotor (+139%). Pendant ce temps, les trois grands groupes allemands reculent : Volkswagen (-8,9%), Mercedes (-8,9%) et BMW (-3,4%).
Constantin Gall du cabinet EY résume l’effet de levier des aides : “Les aides à l'électrique rendent surtout attractif l'achat de voitures électriques du segment de prix inférieur. Or, les marques étrangères y sont surreprésentées et profitent désormais particulièrement de la prime à l'électrique”.
Et même si les chiffres du marché neuf peuvent sembler encourageants, il avertit : “La légère croissance du marché automobile en Allemagne est avant tout le résultat de subventions publiques (…) Il ne s’agit pas d'une croissance autonome”. L’idée est claire : tant que la prime existe, la demande suit. Mais ensuite, les nouvelles immatriculations de voitures électriques pourraient s’effondrer — avec un effet domino sur l’ensemble du marché.
Dans ce contexte, compter sur l’essence et le diesel pour compenser une éventuelle baisse de l’électrique paraît compliqué. Le mois dernier, les ventes de modèles essence ont chuté de 23,7% et celles des diesel de 13% en Allemagne. Le texte relie ce recul à la hausse du prix des hydrocarbures liée à la guerre au Moyen-Orient, et à la stratégie des pays de l’Union européenne qui “imposent” désormais, à marche forcée, l’achat d’un véhicule électrique ou hybride.
L’Allemagne montre un redémarrage, mais son moteur principal reste la subvention. Si cette béquille disparaît, la question n’est plus seulement de savoir qui progresse, mais si le marché peut tenir debout tout seul. La suite dépendra de la capacité des acteurs — locaux comme étrangers — à rendre l’électrique désirable sans prime, et à écrire une transition qui ne se résume pas à un coup d’accélérateur temporaire.
6 000 € (montant maximum soumis à des conditions de ressources).
239 448 nouvelles immatriculations, soit +0,1% par rapport au même mois un an plus tôt.
Tesla (+322%), BYD (+232%) et Leapmotor (+139%) progressent, tandis que Volkswagen (-8,9%), Mercedes (-8,9%) et BMW (-3,4%) reculent.

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