
Le climat se tend entre les États-Unis et tout ce qui touche, de près ou de loin, aux intérêts chinois. Et dans ce contexte, Mercedes pourrait se retrouver pris dans une tempête politique et économique majeure : une évolution du cadre légal discuterait la possibilité de bannir du marché américain certains constructeurs dont le capital est jugé trop lié à des « adversaires géopolitiques ».
L’administration Trump a déjà renforcé la pression sur tout ce qui ressemble à une influence chinoise dans l’automobile. Les États-Unis ont notamment serré l’étau sur les voitures chinoises, taxées à un niveau tel qu’elles n’ont, en pratique, quasiment aucune chance sur le marché américain. Résultat : elles se reportent vers l’Europe et d’autres régions.
Mais Washington est allé plus loin : le bannissement progressif des technologies embarquées d’origine chinoise (matériel comme logiciel) d’ici la fin de la décennie, avec une période de transition prévue pour permettre aux marques concernées de changer de fournisseurs.
Dans ce mouvement, une récente modification du « Motor Vehicle Modernization Act » pourrait désormais viser non seulement les produits, mais aussi la structure de propriété des constructeurs présents aux États-Unis. Et Mercedes ferait partie des noms les plus exposés.
Le signal envoyé est simple : un lien trop direct avec un État considéré comme « adverse » pourrait conduire à une forme d’exclusion du territoire américain. La proposition évoquée interdirait à certains constructeurs automobiles — ceux qui auraient une participation directe ou indirecte d’un gouvernement étranger adverse — d’importer, de vendre ou de fabriquer des véhicules destinés à la vente aux États-Unis.
Point important : le texte ne viserait pas uniquement un pays par son nom. Il parlerait plus largement d’« adversaires géopolitiques », ce qui inclurait, entre autres, la Russie, l’Iran ou encore la Chine.
D’après deux sources anonymes citées par CNBC, dans l’état actuel de la proposition, Mercedes pourrait être tout simplement interdit de vente aux États-Unis si le texte était appliqué tel quel.
Ce serait un choc, car le marché américain pèse lourd dans les performances de la marque : 284 000 ventes aux États-Unis en 2025, sur un total de 1,88 million de véhicules vendus par le groupe (hors utilitaires). Et au-delà des volumes, les États-Unis sont décrits comme un marché particulièrement rentable, avec des véhicules souvent mieux margés qu’en Europe. La Classe S, en particulier, dépend fortement de l’Amérique du Nord.
Le cœur de l’affaire, ce n’est pas une voiture, ni une technologie embarquée, mais l’identité de certains investisseurs. La modification envisagée prévoit qu’un constructeur avec des investisseurs considérés comme « ennemis » pourrait être interdit de commercialisation.
Or, chez Mercedes, le principal actionnaire est le groupe chinois BAIC, avec un peu moins de 10 % du capital. Le deuxième actionnaire, lui aussi sous la barre des 10 %, est également chinois : le milliardaire Li Shufu. Au total, environ un cinquième de Mercedes serait détenu par des intérêts chinois.
Mercedes n’est pas un acteur « distant » sur le sol américain. Le groupe peut mettre en avant deux usines aux États-Unis et 10 000 personnes employées sur place. Difficile, dans ces conditions, d’imaginer une décision qui ignorerait complètement l’impact industriel et social d’un bannissement.
Reste que la proposition telle que décrite viserait large : bannissement de la production, de la vente et de l’importation de véhicules aux États-Unis, avec une mise en application cinq ans après l’introduction de la loi.
Ce dossier montre à quel point l’automobile est devenue un terrain où géopolitique, industrie et finance se percutent de plein fouet. Si le texte avançait, Mercedes pourrait se retrouver face à un choix impossible entre accès au marché américain et exposition à son propre actionnariat. Une chose est sûre : l’avenir de la mobilité ne se jouera pas seulement dans les usines et les bureaux d’études, mais aussi dans les rapports de force internationaux.
Une modification du « Motor Vehicle Modernization Act » pourrait mettre à mal Mercedes.
284 000 ventes aux États-Unis en 2025.
Le groupe chinois BAIC (un peu moins de 10 %) et le milliardaire Li Shufu (un peu moins de 10 %).

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