
La Hongrie est en train de découvrir le revers d’une stratégie qu’elle a longtemps assumée à fond : attirer les géants de l’automobile et de la batterie à coups d’avantages fiscaux et d’incitations. Sauf qu’aujourd’hui, la question environnementale revient comme un boomerang, et le nouveau premier ministre, successeur de Viktor Orban, commence déjà à mettre les fabricants de batteries face à leurs obligations.
Pendant des années, la Hongrie a tout misé sur l’arrivée d’investisseurs étrangers : constructeurs automobiles de tous segments et spécialistes de la batterie lithium. L’idée était simple : accélérer l’industrialisation du pays et créer des emplois, grâce à des défiscalisations et des dispositifs incitatifs.
Sur le papier, l’opération a longtemps eu l’air gagnante. Au total, 26 milliards d’euros auraient été investis par des entreprises étrangères en Hongrie sur seulement quelques années.
Le problème, c’est que ce modèle aurait aussi laissé l’environnement au second plan. Le nouveau premier ministre pointe une ligne de fracture claire : la Hongrie aurait trop privilégié l’économie au détriment de l’environnement, au point d’être contrainte aujourd’hui de durcir nettement le cadre.
Avec la nouvelle orientation politique, les décisions s’enchaînent rapidement. Les autorités hongroises ont notamment suspendu la licence de production de l’industriel chinois Semcorp.
La raison avancée est grave : une pollution massive à l’aluminium dans les eaux souterraines autour de l’usine.
Et l’affaire ne serait pas un cas isolé. D’autres acteurs sont cités comme potentiellement dans le viseur des autorités : CATL, Samsung SDI, et même des constructeurs d’automobiles. Ce qui frappe, c’est que les autorités auraient pourtant eu « toutes les données en main » pour agir plus tôt.
La question ne se limiterait pas aux eaux souterraines. Dans le cas de l’usine Samsung SDI, c’est aussi la pollution de l’air qui est mise en cause, avec une ventilation et un filtrage jugés inadaptés face aux particules fines.
Le gouvernement de Viktor Orban aurait, lui, choisi de donner un sursis à Samsung.
À force d’attirer des industriels étrangers « à tout va » sans contrôle, la Hongrie pourrait s’être mise dans une situation délicate. Le nouveau premier ministre, Peter Magyar, résume la nouvelle ligne dans une publication :
« Nous devons rétablir l'équilibre entre développement industriel et protection de l'environnement. Ces seize dernières années, cet équilibre a basculé entièrement en faveur de l'industrie. Ceux qui violent sans cesse la réglementation, mettent en danger la santé et la sécurité du peuple hongrois et ignorent les lois hongroises n'ont pas leur place en Hongrie ».
Ces dossiers font forcément écho ailleurs en Europe, alors que la montée en puissance de la fabrication de batteries reste un chantier complexe. L’idée, en creux, est simple : personne n’a intérêt à voir se multiplier des scandales environnementaux liés aux usines de batteries, au moment même où l’industrie tente de passer à l’échelle.
La Hongrie semble entrer dans une nouvelle phase : celle où l’industrialisation accélérée doit enfin composer avec des exigences environnementales plus strictes. Si ce virage se confirme, il pourrait redéfinir les règles du jeu pour les fabricants de batteries et, au-delà, pour toute la chaîne de l’électrification. La suite dira si ce changement de cap devient un modèle… ou un avertissement pour les autres pays.
La Hongrie a suspendu la licence de production de l’industriel chinois Semcorp.
Une pollution massive à l’aluminium dans les eaux souterraines autour de l’usine est évoquée.
Une pollution de l’air est mentionnée, avec une ventilation et un filtrage inadaptés des particules fines.

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