Economie / Politique

Drones militaires et Renault : pari industriel ou futur gâchis ?

Drones militaires et Renault : pari industriel ou futur gâchis ?

Un pari assumé… mais sous haute tension

Patrick Pailloux, nouveau délégué général pour l’armement (DGA), est revenu sur le contrat conclu avec Renault et Turgis Gaillard pour fournir des « munitions téléopérées à longue portée », autrement dit des drones de combat. L’idée de fond : s’appuyer sur des capacités industrielles capables de produire vite et en volume si la situation l’exige.

La France a-t-elle pris un risque avec des drones militaires fabriqués en partie avec l’aide de Renault ?
La France a-t-elle pris un risque en s’appuyant en partie sur Renault pour des drones militaires ?

« La France a pris un risque » en faisant entrer l’auto dans le militaire

En poste depuis le 17 novembre dernier après avoir succédé à Emmanuel Chiva, Patrick Pailloux estime que la France a « pris un risque » en associant l’industrie automobile à la fabrication de drones à usage militaire. L’objectif affiché est clair : pouvoir produire rapidement et en grande quantité en cas de conflit.

Le scénario qui fâche : produire, stocker… puis jeter

Le point le plus critique, c’est la pertinence d’un achat massif dès maintenant, inspiré des besoins immédiats de l’Ukraine en matière de drones. Patrick Pailloux juge cette logique peu pertinente et avertit : « Si on les achète là, en quantité, on va les mettre dans nos stocks et, dans deux ans, ils ne seront plus adaptés et iront à la poubelle. »

Il compare cette démarche à celle utilisée pour des programmes plus lourds : sur un sous-marin, explique-t-il, on identifie les risques et on étudie les solutions avec l’industrie. Pour les drones, au contraire, il dit que la décision a été d’aller « directement au résultat » sans passer par toute la « mécanique de levée de risques ».

En toile de fond, un cap reste fixé : l’objectif est d’obtenir un premier démonstrateur de cet équipement militaire d’ici à la fin de l’année en cours.

Patrick Pailloux, nouveau patron de la DGA, s’est exprimé sur la production de drones de combat avec l’implication de Renault.
Patrick Pailloux détaille les raisons et les limites du choix industriel autour des drones, y compris l’implication de Renault.

Pourquoi Renault peut quand même être un atout

Malgré ses réserves, Patrick Pailloux insiste sur un point : il estime « hyper intéressant » de pouvoir travailler avec les ingénieurs Renault pour concevoir un drone « productible en grande quantité » si besoin, et potentiellement dans des usines automobiles.

Il rappelle aussi qu’il y a « trois, quatre ans », ce raisonnement n’existait pas en France, et que le pays a failli « rater le virage » vers les drones.

Le gros point faible : trop peu d’essais

Autre alerte : le manque de tests. Patrick Pailloux regrette notamment qu’il n’y ait pas, par exemple, d’essais sur les effets des vibrations du moteur sur la structure du drone.

Il met ce choix en perspective avec l’ADN historique de la DGA, créée en 1961 pour doter la France d’armes nucléaires : dans ce domaine, souligne-t-il, une logique de production rapide de ce type serait « inacceptable ».

Et après Renault : d’autres acteurs de l’auto dans la boucle ?

Interrogé par l’AFP sur la possibilité d’autres partenariats entre les Armées françaises et l’industrie automobile, Patrick Pailloux répond qu’il en existe avec « des sous-traitants de l’industrie automobile française », sans en préciser les noms.

Conclusion

Ce dossier résume un dilemme très actuel : produire vite pour ne pas subir, tout en évitant de fabriquer des systèmes qui seront dépassés avant même d’être pleinement éprouvés. Entre accélération industrielle et exigences de validation, la suite dira si ce pari construit une capacité durable… ou une course contre l’obsolescence. L’enjeu, au fond, c’est de transformer l’urgence du présent en préparation solide pour demain.

Foire aux Questions

Qui sont les partenaires du contrat évoqué pour fournir des « munitions téléopérées à longue portée » (drones de combat) ?

Le contrat est conclu avec Renault et l’entreprise Turgis Gaillard.

Que dit Patrick Pailloux sur le risque lié à l’association de l’industrie automobile à des drones militaires ?

Patrick Pailloux dit que la France a « pris un risque » en associant l’industrie automobile à la fabrication de drones à usage militaire.

Pourquoi Patrick Pailloux craint-il que des drones achetés en quantité finissent stockés puis jetés ?

Il affirme que si on les achète en quantité, ils seront mis en stock et que « dans deux ans, ils ne seront plus adaptés et iront à la poubelle ».

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