
Boudée sur son propre terrain, la nouvelle Dodge Charger s’apprête pourtant à traverser l’Atlantique. Le constructeur américain et Stellantis confirment son arrivée en Europe, à la fois en version électrique et en déclinaison thermique à six cylindres. Un choix qui surprend, alors que les ventes restent extrêmement faibles aux États-Unis.
Sur le papier, l’idée avait tout pour marcher : une icône américaine modernisée, et même une « muscle car » électrique. Dans la réalité, la Charger — thermique comme électrique — n’a pas réussi à convaincre sur le marché américain. Résultat : Stellantis change de décor et mise sur l’Europe pour relancer la machine.
Les chiffres racontent une histoire sans filtre. En 2025, seulement 7 421 exemplaires de la Charger Daytona électrique ont trouvé preneur. Et la dynamique s’est encore dégradée : 346 véhicules écoulés au dernier trimestre 2025, puis 240 unités au premier trimestre 2026.
La version essence ne vient pas sauver la mise : Dodge n’a vendu que 1 672 Charger thermiques sur les trois premiers mois de 2026 aux États-Unis.
Le contraste fait d’autant plus mal qu’au premier trimestre 2023, Dodge avait écoulé plus de 33 000 Charger et Challenger. Même au Canada, pays de production, la Daytona n’a attiré que quelques centaines de clients sur l’ensemble de l’année 2025.
Cette chute illustre un choc culturel dans la communauté des fans : une clientèle longtemps attachée aux V8 atmosphériques s’est retrouvée face à une Charger sans le légendaire V8 Hellcat, remplacé par des motorisations six cylindres biturbo et des versions électriques. Pour beaucoup de passionnés, l’identité du modèle a été trop bousculée, trop vite.
Malgré ce démarrage compliqué, Stellantis accélère en Europe. La nouvelle Charger y sera distribuée via l’importateur spécialisé KW Automotive, et proposée en coupé comme en berline cinq portes.
Mais l’Europe n’est pas un copier-coller des États-Unis. Les réglementations environnementales y rendent la vie très difficile aux grosses sportives thermiques. Exemple parlant : même une Ford Mustang encore vendue en France se retrouve plombée par un malus écologique qui dépasse désormais largement son prix d’achat initial.
Dans ce contexte, la Charger électrique pourrait paradoxalement avoir une carte à jouer : les grandes berlines sportives électriques très performantes restent relativement rares. Et pendant que le marché américain ralentit sur les voitures à batterie, plusieurs pays européens continuent d’enregistrer une progression soutenue des immatriculations électriques. De quoi offrir à la Charger Daytona un public potentiellement plus réceptif.
La gamme européenne doit démarrer avec une Charger R/T thermique, animée par le six cylindres en ligne biturbo Hurricane de 3,0 litres : 420 ch et 634 Nm. Plus haut, la Scat Pack thermique annonce 550 ch et 719 Nm.
Mais ce sont surtout les versions Daytona électriques qui concentrent l’attention. La Charger Daytona R/T est donnée pour 536 ch. Et la Daytona Scat Pack monte à 670 ch grâce à deux moteurs électriques et une transmission intégrale. Dodge annonce le 0 à 100 km/h en 3,3 secondes, soit mieux que d’anciennes Hellcat pourtant armées de V8 compressés.
Pour alimenter tout ça, Dodge retient une batterie de 100,5 kWh. Les données européennes ne sont pas encore homologuées, mais les chiffres américains laissent espérer une autonomie pouvant dépasser 600 km WLTP dans le meilleur des cas.
Côté recharge, Dodge évoque un passage de 20 à 80% en un peu moins d’une demi-heure sur les bornes les plus puissantes. Ce chiffre est jugé peu spectaculaire, d’autant que ces Charger électriques restent sur une architecture 400 V. Elles utilisent la plateforme STLA Large, mais celle-ci est déjà annoncée comme remplacée par une plateforme multi-segment STLA One.
Pour l’instant, aucune information de prix n’est communiquée. Difficile, en revanche, d’imaginer des tarifs doux : entre taxes, transport et marge de l’importateur, l’atterrissage européen promet d’être salé.
Pour les versions thermiques, la note pourrait sembler « moins pire »… jusqu’à l’étape du malus. En France, l’addition peut grimper jusqu’à 80 000 euros, ce qui rend illusoire une diffusion en volume. De quoi pousser les curieux vers l’électrique, même si l’électrification ne rime pas toujours avec passion sur le Vieux Continent.
En attendant, Dodge mise aussi sur l’émotion à bord : un système sonore artificiel baptisé Fratzonic Chambered Exhaust et un mode Donut sont au programme. Reste à voir si le public européen est prêt à adopter ce morceau de culture américaine… dans un costume adapté aux règles locales.
La Dodge Charger arrive en Europe avec deux visages : le six cylindres Hurricane pour garder une part de tradition, et la Daytona électrique pour jouer la performance dans un monde sous contraintes. Entre malus, fiscalité et attentes très différentes des conducteurs, le pari est risqué — mais c’est souvent comme ça que naissent les retours inattendus. La suite dira si l’Europe devient un refuge… ou le vrai point de départ d’une nouvelle ère pour la Charger.
La Dodge Charger sera commercialisée en Europe via l’importateur spécialisé KW Automotive.
La Dodge Charger Daytona Scat Pack annonce 670 ch grâce à deux moteurs électriques et une transmission intégrale.
Les versions électriques de la Dodge Charger Daytona utilisent une batterie de 100,5 kWh.

De l'achat, à la revente, au financement, en passant par les derniers projets de loi automobile, Voiture Malin est la référence de l'info automobile
