
Le virage vers l’électrique ressemble de plus en plus à une épingle à cheveux prise à l’aveugle. L’adoption des voitures 100% électriques n’est pas aussi massive que prévu, et changer de cap trop souvent coûte cher aux constructeurs. Dans ce contexte, Peugeot affine sa stratégie pour la 208 : ne pas miser sur une seule carte.
L’idée qui se dessine est simple sur le papier, plus subtile dans les faits : conserver une offre thermique (essence plus ou moins hybridée) tout en lançant une vraie nouvelle génération électrique. Résultat attendu : deux “lionnes” au look proche, mais techniquement différentes, avec en ligne de mire des rivales comme la Renault Clio 6 et la R5 E-Tech.
Sur le segment B des citadines polyvalentes, l’électrique ne représente actuellement qu’un client sur six en France. Se priver des acheteurs attachés à l’essence (souvent hybridée) serait donc risqué. Peugeot choisirait la prudence : continuer à parler à la majorité du marché, tout en préparant une nouvelle base électrique capable de changer la donne.
Cette approche rappelle ce que d’autres marques ont déjà envisagé : proposer une génération thermique dérivée de l’existant, et une déclinaison électrique conçue différemment. Pour Peugeot, cela passerait par une organisation très claire : une 208 thermique modernisée d’un côté, et une E-208 vraiment nouvelle de l’autre.
La troisième mouture de la Peugeot 208 doit être annoncée par un concept-car présenté lors du Mondial de l’Auto à Paris en octobre prochain, avant une arrivée en concession à l’été 2027. Dans cette nouvelle étape, Peugeot ferait table rase sur le plan technique en inaugurant une plateforme inédite au sein du groupe Stellantis : la STLA Small.
Ce châssis STLA Small n’aurait pas vocation à rester cantonné au segment B : il doit aussi servir plus tard de base à des compactes comme les prochaines Peugeot 308 ou Opel Astra. Côté style, la future 208 viserait une identité très remaniée avec des signatures lumineuses inédites, tandis que le gabarit resterait autour des 4 mètres, un standard attendu dans la catégorie.
La nouveauté la plus marquante pourrait se retrouver directement entre les mains du conducteur : un volant baptisé Hypersquare. Ici, ce n’est pas seulement la forme qui surprend : la technique évolue en profondeur, puisqu’il n’y aurait plus de lien physique entre le volant et les roues. La direction se ferait par voie électronique.
Ce principe n’est pas totalement inédit dans l’automobile : Tesla et Lexus s’y sont déjà essayés. Mais l’objectif de Peugeot serait de le démocratiser sur une citadine, à un niveau de prix plus accessible. L’ambition affichée reste de proposer une expérience de conduite dynamique, avec un braquage annoncé comme très direct : un demi-tour de volant pour aller de butée à butée.
À l’origine, la généralisation du dispositif “by-wire” devait aussi simplifier la logistique. Problème : l’innovation attire autant qu’elle inquiète. Peugeot conserverait donc aussi une version plus classique, avec une direction mécanique et un volant rond. Un choix qui permettrait également d’abaisser le prix d’achat, d’autant que la nouvelle 208 concernée ici ne serait proposée qu’en 100% électrique, même si la plateforme STLA Small reste pensée pour plusieurs types d’énergies.
Pour ne pas se couper d’une immense majorité des ventes (le thermique ou l’hybride représentant 80% des achats de citadines), Peugeot aurait travaillé sur une “troisième mi-temps” pour l’actuelle 208 lancée en 2019. L’idée : un nouveau restylage après celui intervenu en 2023, afin de rapprocher visuellement les deux modèles quand la prochaine génération arrivera.
Cette 208 “2” restylée se concentrerait uniquement sur des motorisations hybrides déjà connues, avec l’objectif probable d’abaisser le ticket d’entrée. En toile de fond, cela marque un changement de discours après une période où la logique de hausse des prix a dominé, avant que le groupe n’admette que les tarifs avaient trop grimpé et qu’il fallait redonner de la place aux volumes.
Reste une grande question : combien de temps une stratégie à double offre peut-elle tenir ? Sur le principe, garder une option hybride pour ne laisser personne de côté paraît logique. Mais produire durablement deux voitures portant le même nom, vendues sur les mêmes marchés, tout en étant techniquement différentes, semble difficile à rationaliser.
D’autant plus que les deux 208 ne viendraient pas des mêmes usines. Aujourd’hui, la 208 est produite sur trois sites : Trnava (Slovaquie), Saragosse (Espagne) et Kénitra (Maroc). L’officialisation de l’outil industriel de la prochaine 208, probablement déjà actée en interne, devrait permettre d’y voir plus clair.
Avec cette stratégie, Peugeot cherche à avancer sans brûler les étapes : une nouvelle E-208 ambitieuse, et une 208 hybride modernisée pour rester accessible et coller au marché réel. Si le pari est complexe industriellement, il pourrait aussi être la meilleure façon de traverser une période où les attentes des conducteurs évoluent vite, mais pas tous au même rythme. La suite dépendra autant des choix de production que de l’appétit du public pour l’électrique.
L’arrivée en concession est annoncée pour l’été 2027.
La future 208 doit inaugurer la plateforme STLA Small.
La Peugeot 208 est actuellement produite à Trnava (Slovaquie), Saragosse (Espagne) et Kénitra (Maroc).

De l'achat, à la revente, au financement, en passant par les derniers projets de loi automobile, Voiture Malin est la référence de l'info automobile
