
Dès ses origines, Renault a toujours visé les États-Unis, un marché perçu depuis l’Europe comme un débouché ultra prometteur. Dans les faits, malgré plusieurs stratégies et alliances avec des acteurs locaux, l’aventure a souvent ressemblé à un grand “je t’aime, moi non plus”.
Le dernier exemple marquant de cette volonté d’implantation remonte à la fin des années 1980 avec l’Alpine GTA. Pour la rendre conforme aux normes américaines — réputées très strictes sur la dépollution et la sécurité — le constructeur a engagé des sommes énormes. Et au final, la voiture n’a été vendue qu’en toute petite quantité. Résultat : un fiasco industriel… et la naissance d’un véritable collector.
On parle souvent des supercars en séries limitées, mais ici, on change d’échelle. La Bugatti Chiron a été produite à 450 exemplaires, et la Bugatti Veyron à 350. L’Alpine dont il est question ici, elle, n’a convaincu que 12 clients. Une rareté presque absurde, qui rend son histoire encore plus fascinante.
Renault et l’Amérique, c’est une saga en plusieurs épisodes. L’histoire commence dès 1906, mais c’est surtout dans les années 1950 que la marque trouve un vrai écho Outre-Atlantique grâce à la 4CV, qui rencontre un beau succès. Ensuite, dès les années 1960, la situation se complique : les produits Renault collent moins aux attentes d’un pays taillé pour les grands espaces.
Dans les années 1970 et 1980, Renault s’associe à AMC (American Motors Corporation), alors en difficulté, dans l’ensemble AMC Jeep Renault. Malgré des tentatives d’adaptation des modèles aux exigences locales, la barre ne se redresse pas.
En 1987, Renault est contraint de céder ses parts d’AMC Jeep Renault à Chrysler. Pourtant, à la même période, le constructeur continue d’investir lourdement sur le marché américain. Symbole de cet entêtement : 30 millions de dollars dépensés pour homologuer l’Alpine GTA Turbo aux normes américaines de sécurité et d’émissions polluantes.
Le choc, c’est le résultat : seuls 12 exemplaires trouvent preneur. Ce qui revient à environ 2,5 millions de dollars de l’époque par véhicule vendu. Le texte précise même qu’à titre de comparaison, cela représenterait 7,13 millions de dollars actuels. Une somme impossible à répercuter sur le prix de vente : l’opération était condamnée.
Pour avoir le droit de rouler légalement aux États-Unis, chaque Alpine GTA V6 Turbo destinée à ce marché a dû passer par une série de mises à jour obligatoires. Et ces modifications n’ont pas toutes aidé la sportive française.
Le système de dépollution, à lui seul, aurait entraîné une perte de 20 chevaux et de 14 Nm de couple. Au final, la puissance se situe autour de 200 ch et le couple à 285 Nm.
Les normes américaines de collision imposent aussi l’ajout de pare-chocs à absorption d’énergie à 8 km/h, ainsi que des phares escamotables.
Tout n’est pas négatif : parmi les points appréciables, on retrouve l’ABS, un système de refroidissement optimisé et la climatisation.
Le texte indique qu’un média automobile américain a pu tester cette Alpine modifiée et a apprécié sa meilleure répartition des masses par rapport à la version française d’origine, allant jusqu’à affirmer que l’Alpine était “plus maniable et inspirait davantage confiance que n’importe laquelle des Porsche 911”.
Sur le papier, le modèle avait donc des arguments. Mais entre le manque d’image et l’absence de concessionnaires locaux, la carrière américaine ne décolle pas.
Le texte rappelle aussi un point réglementaire : pour des véhicules de cet âge, l’importation sur le sol américain ne nécessite plus aucune homologation. Un retour ironique des choses, quand on repense au prix payé pour rendre ces Alpine conformes à l’époque.
Parmi les 12 Alpine GTA Turbo homologuées pour les États-Unis, au moins une est toujours en état de marche. Celle présentée dans le texte est un modèle de 1988 et affiche 24 000 miles au compteur (soit 38 400 km).
Côté performances annoncées : le 0 à 100 km/h est réalisé en 6,5 s et la vitesse de pointe atteint 240 km/h. Des chiffres qui restent tout à fait honorables aujourd’hui.
Enfin, le texte évoque qu’Alpine songe très sérieusement à revenir aux États-Unis, alors qu’une future A110 électrique doit être révélée dans les mois à venir — tout en soulignant qu’un véhicule électrique ne serait pas forcément le plus approprié dans ce contexte.
L’Alpine GTA V6 Turbo “version USA” résume à elle seule une idée aussi audacieuse que coûteuse : vouloir conquérir un marché immense à coups d’homologation et d’adaptations lourdes… pour finir avec 12 voitures vendues et une addition démente. Aujourd’hui, cette rareté extrême en fait un objet de fascination — et un rappel qu’en automobile, les plus gros échecs d’hier deviennent parfois les trésors de demain.
12 exemplaires de l’Alpine GTA V6 Turbo ont été vendus aux États-Unis.
30 millions de dollars ont été dépensés pour homologuer l’Alpine GTA Turbo aux normes américaines.
0 à 100 km/h en 6,5 s et vitesse de pointe de 240 km/h.

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