
Bugatti remet sur le devant de la scène son fameux “or blanc”, mais avec une nouvelle démonstration de savoir-faire : une W16 Mistral très spéciale baptisée “Blanc Éternel”. L’idée est aussi simple qu’audacieuse : intégrer de la porcelaine à l’extérieur et à l’intérieur de la voiture, grâce à une collaboration avec la manufacture allemande KPM Berlin.
Cette création s’inscrit dans un contexte bien particulier pour la marque : la production du moteur W16 approche de son terme, ce qui referme une longue page ouverte avec la Veyron en 2005 puis prolongée par la Chiron. Du côté de Molsheim, un autre chapitre se prépare aussi avec la Tourbillon, annoncée avec une motorisation hybride.
Et comme souvent chez Bugatti, la fin de cycle devient le terrain idéal pour des séries spéciales et des pièces uniques. Ici, c’est le département Bugatti Sur Mesure qui s’occupe de personnaliser les dernières W16 Mistral, et la “Blanc Éternel” a été développée avec KPM Berlin. Le projet fait écho à la Veyron “L’Or Blanc” de 2011, mais en adaptant la conception aux outils numériques actuels.
Sur la Veyron “L’Or Blanc” de 2011, les lignes esthétiques étaient appliquées manuellement pour souligner les volumes. Sur la Mistral “Blanc Éternel”, Bugatti bascule vers une approche numérique : la marque explique avoir utilisé un maillage NURBS (Non-Uniform Rational B-Splines), autrement dit la structure géométrique du modèle dans l’environnement informatique.
Concrètement, les lignes noires sur la carrosserie blanche ne sont pas là juste pour faire joli : elles correspondent directement à la disposition de ces éléments numériques. L’objectif est de rendre visible la géométrie utilisée pour modéliser la carrosserie. Bugatti met en avant une gestion des surfaces et des volumes avec une précision mathématique accrue : la continuité des surfaces est assurée, et le marquage noir permet de faire apparaître ces jonctions sur la voiture finie.
Même si la conception est numérique, la voiture n’échappe évidemment pas au travail à la main. La carrosserie reçoit d’abord une finition en blanc pur, puis elle est préparée et masquée pour l’application des lignes noires.
Chaque tracé est positionné manuellement à l’aide de bandes adhésives, afin de délimiter exactement les zones à peindre. C’est une étape qui réclame une précision rigoureuse pour suivre les courbes, notamment autour de la calandre, des prises d’air latérales et des feux arrière.
La collaboration avec KPM Berlin, elle, ne se contente pas d’un clin d’œil symbolique. Bugatti intègre des éléments en porcelaine sur la carrosserie, notamment l’emblème EB et des inserts sur le couvre-moteur.
Mais ce matériau impose un vrai casse-tête technique : lors du passage au four, la porcelaine subit un retrait dimensionnel d’environ 17 % pendant la solidification. Ce taux doit être anticipé dès la modélisation afin que, une fois “cuite”, la pièce finale tombe juste à l’emplacement prévu sur la voiture.
À l’intérieur, le design extérieur se retrouve sur le cuir. Et surtout, la porcelaine passe du statut de signature artistique à celui de matériau fonctionnel : elle est utilisée pour le sélecteur de vitesse, les boutons de lève-vitres et des inserts de console centrale.
Cette intégration impose des validations spécifiques : l’usage en automobile implique des tests de résistance aux vibrations et aux contraintes thermiques liées à l’utilisation au quotidien.
Cette association s’inscrit dans une logique plus large : le dialogue entre constructeurs automobiles et maisons d’artisanat d’art. Le choix de la porcelaine comme matériau fonctionnel dans une voiture de très haute performance n’est pas anodin.
Historiquement, la porcelaine est appréciée pour ses propriétés isolantes et sa stabilité chimique. En revanche, sa fragilité mécanique a longtemps limité son usage dans des environnements en mouvement. Pour ce projet, les ingénieurs ont dû adapter les tolérances de montage afin de composer avec les propriétés thermiques et mécaniques de la porcelaine.
Le prix de cette Mistral “Blanc Éternel” n’est pas communiqué. À titre de repère, en 2011, il fallait déjà 1,65 million d’euros pour une Veyron “L’Or Blanc”.
Avec la Mistral “Blanc Éternel”, Bugatti signe une pièce à la fois démonstration technologique et objet d’art : du numérique pour révéler la géométrie, du travail manuel pour matérialiser chaque ligne, et de la porcelaine là où on ne l’attend pas, jusque dans les commandes de l’habitacle. À l’heure où le W16 vit ses derniers instants, cette création ressemble à un dernier coup d’éclat — et une passerelle vers la suite, forcément différente, de l’histoire Bugatti.
La Mistral “Blanc Éternel” intègre de la porcelaine à l’extérieur et à l’intérieur, via une collaboration avec KPM Berlin.
Bugatti indique avoir utilisé un maillage NURBS (Non-Uniform Rational B-Splines) comme structure géométrique du modèle dans l’environnement informatique.
La porcelaine subit un retrait dimensionnel d’environ 17 % lors de sa solidification au four.

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