
Black Star n’est pas un simple accident industriel : c’est le symbole d’une filière qui voulait prouver qu’on pouvait faire du pneu reconditionné en France, créer des emplois et réduire l’impact environnemental. Aujourd’hui, l’entreprise se dit étranglée par des coûts difficiles à compresser, des règles qui existent mais sont peu appliquées, et une concurrence internationale accusée de tirer les prix vers le bas. Avec près de 150 salariés suspendus à une procédure de sauvegarde, c’est une partie de l’idée d’une réindustrialisation « utile » qui vacille.
Dans un contexte où les acteurs français et européens de l’automobile donnent l’impression de tomber les uns après les autres, Black Star se retrouve à son tour dans la tourmente. L’entreprise se présente comme le dernier fabricant français de pneus reconditionnés.
Black Star emploie près de 150 personnes réparties sur deux sites : en Isère, où une vingtaine de salariés travaillent, et à Béthune, dans le Pas-de-Calais, dans l’ancienne usine Bridgestone de 47 000 m² où travaillent actuellement environ 130 salariés. L’entreprise se dit sous forte pression financière, au point d’avoir demandé son placement en procédure de sauvegarde.
Le tribunal de commerce d’Arras doit décider de la suite, notamment la demande d’une période d’observation de quatre mois. Durant cette période, l’actionnaire Mobivia s’engage à maintenir son soutien financier. L’objectif : utiliser ce délai pour trouver un repreneur et éviter une liquidation.
La mission s’annonce compliquée au vu des derniers résultats comptables cités : une perte de 6,7 millions d’euros en 2024, puis de 8,5 millions d’euros en 2025, malgré un chiffre d’affaires en hausse.
Quand, en 2021, Black Star reprenait l’usine Bridgestone, Agnès Pannier-Runacher, alors ministre de l’Industrie, saluait un projet présenté comme posant les bases d’une filière de pneus reconditionnés bénéfique pour l’environnement. Mais l’entreprise décrit aujourd’hui une équation économique qui ne tient plus.
Selon son dirigeant, Black Star paie 9 € par pneu usagé (la « carcasse »). Après un processus de rechapage, l’entreprise vend ses pneus 45 € pièce. Pour la société, le coût d’entrée est devenu trop important au regard du prix de vente.
Black Star explique aussi souffrir de la faible application d’une loi de 2020 imposant aux services publics d’acheter prioritairement des pneus rechapés.
Enfin, le directeur général affirme que l’entreprise est victime d’un « dumping » d’entreprises chinoises, sujet qui ferait l’objet d’une enquête de la Commission européenne. Problème : l’issue de cette enquête ne serait pas attendue avant la fin du premier semestre 2026, une échéance jugée trop lointaine au regard de l’urgence de la situation.
Black Star joue désormais contre la montre : sécuriser une période d’observation, trouver un repreneur et tenir financièrement assez longtemps pour éviter la liquidation. Derrière ce dossier, il y a près de 150 emplois, mais aussi une question plus large : quelle place la France veut-elle réellement donner au reconditionné, entre ambitions industrielles, règles d’achat public et concurrence mondiale ? L’avenir dira si cette filière peut encore se relever… ou si elle doit être repensée de fond en comble.
Près de 150 salariés, répartis entre un site en Isère (une vingtaine de personnes) et un site à Béthune (environ 130 salariés).
Une perte de 6,7 millions d’euros en 2024 et de 8,5 millions d’euros en 2025, malgré un chiffre d’affaires en hausse.
9 € par pneu usagé (« carcasse ») et 45 € le pneu vendu après le rechapage.

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