
Amsterdam s’apprête à faire disparaître de ses panneaux et abribus un type de message très ciblé : la publicité pour la viande, mais aussi pour les produits et services liés aux énergies fossiles. Voitures essence et diesel, vols, croisières… l’idée est de retirer ces campagnes de l’espace public à partir du 1er mai 2026. Officiellement, l’objectif est de protéger le climat et de questionner la normalisation de la viande et des carburants dans nos sociétés. Mais sur le terrain, l’impact annoncé semble limité, le calendrier fait débat et le risque juridique est bien réel.
Le conseil municipal a voté une modification de la réglementation locale pour interdire, dans l’espace public, la publicité pour la viande et pour les produits dits “fossiles”. Dans le viseur : les voitures à moteur thermique, mais aussi les vols et les croisières. Le texte est porté par GroenLinks et le Parti pour les Animaux, avec une logique claire : ne plus “normaliser”, via l’affichage urbain, des consommations jugées incompatibles avec des objectifs climatiques.
Politiquement, la mesure est passée de justesse : 27 sièges sur 45. Et même si la date du 1er mai 2026 est posée comme point de départ, elle crispe déjà. L’exécutif municipal, via Melanie van der Horst (D66), avertit que l’application “en l’état” pourrait entrer en conflit avec des contrats existants et exposer la ville à des recours.
Autre élément qui refroidit l’enthousiasme de ceux qui attendent un grand basculement : la place réelle de ces publicités dans la rue. D’après les chiffres cités, l’affichage lié aux énergies fossiles ne pèserait qu’environ 4,3 % de la publicité extérieure. Et la viande ne représenterait que 0,1 %. En clair : l’effet global sur le paysage publicitaire pourrait rester limité, tandis que les complications juridiques, elles, pourraient arriver vite.
Concrètement, la ville cible les supports d’affichage dans l’espace public : panneaux, abribus, mobilier urbain, mais aussi certaines zones de transport comme les stations de métro et de train. En revanche, la mesure ne cherche pas à “censurer” le commerce en tant que tel : les boutiques et acteurs privés restent libres d’afficher leurs produits sur leurs vitrines et leurs supports.
Le cœur du sujet, c’est donc moins l’interdiction de vendre que la fin d’une promotion payée sur des emplacements urbains considérés comme un bien commun.
Impossible de lire cette mesure comme une simple régulation “neutre”. Les partis qui la portent mettent explicitement la lutte climatique et la cause animale au centre de leur projet. Le débat dépasse donc la seule gestion de l’espace public : il s’inscrit dans une volonté de transformer des normes culturelles en ciblant des secteurs précis — viande, automobile thermique, aviation, croisières — perçus comme moralement et écologiquement problématiques.
Les promoteurs du texte assument un raisonnement très simple : la publicité ne sert pas seulement à vendre, elle façonne aussi ce que la société considère comme “normal”. Ce qui est affiché devient désirable, intégré au quotidien. À l’inverse, retirer ces messages de la rue reviendrait à délégitimer certains modèles de consommation.
Dit autrement, la municipalité endosse un rôle de prescripteur moral et intervient dans la hiérarchisation des modes de vie jugés compatibles avec l’intérêt général. Une démarche qui peut diviser, surtout lorsqu’elle est présentée comme une évidence.
La ville n’invente pas ce type de restriction. D’autres villes néerlandaises ont déjà adopté des mesures comparables : Haarlem, ainsi que des villes comme La Haye, Utrecht, Nijmegen ou Delft, engagées contre les publicités liées aux énergies fossiles.
Avec cette interdiction, Amsterdam vise moins un choc statistique immédiat qu’un signal culturel : ce que la ville accepte de promouvoir (ou non) dans l’espace public. Reste à voir comment la mesure survivra aux contraintes contractuelles et aux recours, et si ce type de décision, déjà testé ailleurs aux Pays-Bas, finira par redessiner durablement nos rues — et peut-être nos habitudes.
À partir du 1er mai 2026.
La publicité pour la viande et pour des produits “fossiles”, dont les voitures à moteur thermique, les vols et les croisières.
La mesure a été adoptée avec 27 sièges sur 45.

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