
Un nouveau rapport de l’IRU (l’organisation mondiale du transport routier) dresse un constat préoccupant : la pénurie de conducteurs professionnels ne faiblit pas, et elle semble même s’installer dans la durée. En Europe, plus de 500 000 postes de chauffeurs routiers resteraient vacants. Et le phénomène ne s’explique plus uniquement par la conjoncture économique.
À l’échelle mondiale, l’étude recense environ 2,9 millions de postes de chauffeurs poids lourds non pourvus sur les 18 marchés étudiés, soit 11 % de la profession. L’Europe fait partie des zones les plus touchées, avec un taux de vacance de 13 %, soit environ 502 000 postes.
La tendance n’a rien de ponctuel : dans la quasi-totalité des marchés sondés, la situation s’est détériorée depuis la précédente enquête menée en 2021.
Les raisons ne sont pas identiques partout.
En Europe et en Australie, le facteur principal est démographique : la profession vieillit. Au Mexique et au Brésil, ce sont plutôt des freins structurels à la formation qui limitent l’accès au métier. En Ouzbékistan et en Chine, la demande de fret progresse plus vite que le nombre de conducteurs disponibles.
Résultat très concret côté entreprises : environ deux tiers des transporteurs européens disent avoir dû refuser des contrats faute de personnel. Le sujet grimpe d’ailleurs tout en haut des préoccupations du secteur, cité par 65 % des opérateurs interrogés, loin devant tout autre enjeu.
Le rapport souligne aussi un déséquilibre important : la pénurie ne frappe pas toutes les entreprises de la même manière. Les structures de moins de 50 salariés affichent des taux de vacance supérieurs de 6 points à ceux des grands groupes.
Problème : ce sont justement ces petites structures — et en particulier celles de moins de 10 employés — qui forment l’immense majorité du transport routier en Europe. Elles représentent environ 98 % des entreprises et 79 % des emplois du secteur. Elles ont donc, logiquement, moins de moyens pour recruter à l’international, former ou fidéliser.
Autre chiffre marquant : les femmes ne représentent qu’environ 4 % des chauffeurs routiers en Europe, alors même qu’elles auraient tendance à entrer plus jeunes dans la profession que les hommes. Un vivier qui reste très peu mobilisé, au moment où les départs à la retraite s’annoncent massifs : environ 660 500 conducteurs devraient quitter le métier d’ici 2030 en Europe.
Payer plus peut aider, mais l’argument ne fait plus tout. Les opérateurs parlent désormais d’un véritable « mur salarial » : augmenter les rémunérations ne suffit plus à attirer ou retenir.
Ce qui pèse davantage aujourd’hui, ce sont les conditions de travail : la vie en cabine, la sécurité des zones de stationnement, le temps passé au domicile, la prévisibilité des plannings et, plus largement, l’équilibre entre vie pro et vie perso.
Face à ce constat, l’IRU appelle à une action coordonnée entre gouvernements et entreprises. L’organisation cite des initiatives menées en Finlande, aux Pays-Bas ou en Turquie, où la coopération entre opérateurs, associations professionnelles et pouvoirs publics a permis de structurer des filières de recrutement plus efficaces.
La pénurie de chauffeurs routiers n’est plus un simple trou d’air : c’est une tendance de fond, alimentée par la démographie, l’accès au métier et des conditions de travail devenues décisives. Si les solutions existent, elles demandent un effort collectif et durable — et, surtout, une idée simple : rendre le métier vivable autant que nécessaire à l’économie. La suite dépendra de la capacité du secteur à se réinventer, vite et bien.
Environ 2,9 millions de postes de chauffeurs poids lourds ne sont pas pourvus sur les 18 marchés étudiés, soit 11 % de la profession.
En Europe, le taux de vacance est de 13 %, soit environ 502 000 postes.
Les femmes représentent environ 4 % des chauffeurs routiers en Europe.

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