
Les constructeurs automobiles chinois viennent de franchir un seuil symbolique en Europe : une part de marché record sur le mois de mai. Mais derrière l’effet “percée”, le tableau reste contrasté : pour beaucoup de marques, l’image est encore quasi inexistante et tout (ou presque) reste à construire côté réseau de distribution.
Un point ressort très nettement : la dynamique se concentre surtout sur deux mastodontes. MG (groupe SAIC), longtemps leader chinois en Europe, voit désormais BYD revenir très fort… au point de commencer à le dépasser.
Revenir quelques années en arrière suffit à mesurer le virage : qui aurait parié, en 2015, sur des constructeurs chinois capables d’ouvrir des concessions partout en Europe ? Pourtant, c’est exactement ce qui se passe, parfois via leur propre réseau, parfois grâce à des distributeurs locaux qui leur servent de tremplin (comme Emil Frey).
Plus surprenant encore, certains constructeurs européens participent eux-mêmes à cette diffusion, en s’associant avec des marques chinoises et en prenant en charge une partie de la distribution. Un mouvement qui contribue à accélérer l’arrivée de ces acteurs sur le terrain.
Le nombre de marques chinoises présentes en Europe est devenu difficile à suivre tant il est élevé. Problème : leurs offres finissent parfois par se ressembler, autant sur le style que sur la technologie, ce qui rend la différenciation plus complexe.
Le constat ne vient pas que de l’extérieur : un porte-parole d’Avita résumait ainsi la situation, en expliquant que des produits très proches (apparence, équipements “intelligents”, prix) ont tendance à émousser l’intérêt des consommateurs.
Dans un marché européen en déclin depuis 2019 et avec une offre qui s’élargit sans cesse, la route s’annonce particulièrement rude pour les derniers arrivants. D’autant que les ventes se concentrent de plus en plus sur une poignée de marques : SAIC (MG) et BYD, notamment, qui est en passe de prendre l’avantage.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 9,8 % de parts de marché en avril, puis 10,7 % en mai. Résultat, en Europe, une voiture neuve sur dix est aujourd’hui issue de marques chinoises.
Ce basculement attire forcément l’attention des décideurs à Bruxelles. L’Union européenne cherche à serrer la vis avec l’idée d’imposer une taxe visant les hybrides rechargeables chinoises. Les voitures électriques, elles, sont déjà surtaxées depuis deux ans. En revanche, ce n’était pas le cas des hybrides et des modèles présentés comme des électriques à prolongateur d’autonomie, qui restent, dans les faits, des hybrides rechargeables.
Sur l’ensemble de l’année (de janvier à mai), MG reste devant. Mais sur le seul mois de mai, BYD fait mieux avec 31 000 livraisons en Europe, devançant de peu son rival national.
À noter également la progression du groupe Chery (Chery, Jaecoo, Omoda…), qui profite de la même vague portée par BYD et MG. À ce stade, ce trio apparaît comme le grand gagnant chinois en Europe.
La suite pourrait accentuer l’écart : deux marques ont déjà planifié une production locale pour alimenter le marché européen. La Hongrie est annoncée pour BYD, et l’Espagne pour MG.
Cette ambition souligne l’appétit grandissant des constructeurs chinois pour l’Europe, dans un contexte où Stellantis serait en discussions avancées avec des « partenaires » pour le cas de Maserati — des partenaires chinois.
L’Europe est entrée dans une nouvelle phase : les marques automobiles chinoises ne sont plus de simples outsiders, mais des acteurs qui pèsent déjà lourd, et qui se structurent pour durer. Reste à voir comment le marché, les consommateurs et les décisions politiques vont redessiner l’équilibre dans les prochains mois — car la partie ne fait que commencer.
10,7 % en mai.
31 000 livraisons en Europe en mai.

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