
Arrivé en 2019 pour aider Renault à sortir d’une crise majeure, Jean-Dominique Senard quittera la présidence en 2027, à l’issue de son mandat actuel. Huit ans plus tard, le constructeur a retrouvé une forme de stabilité, mais reste confronté à des défis de fond. Son départ intervient donc à un moment charnière, entre alliance fragilisée, repositionnement stratégique et grandes mutations du secteur auto.
C’est désormais acté : Jean-Dominique Senard quittera la présidence de Renault en 2027. Le dirigeant de 73 ans ne briguera pas de troisième mandat et ne demandera pas le renouvellement de son mandat d’administrateur lors de l’assemblée générale. Une décision qui clôt un cycle entamé en 2019, à une période où Renault avançait sur un fil.
Quand Jean-Dominique Senard prend la présidence de Renault en janvier 2019, le groupe traverse l’une des crises les plus sévères de son histoire récente. L’arrestation de Carlos Ghosn au Japon ne déclenche pas seulement une onde de choc au sommet : elle abîme en profondeur la relation avec Nissan, partenaire historique de l’alliance.
Ancien dirigeant de Michelin, Senard est alors choisi pour son profil de négociateur et sa capacité à retisser du dialogue entre deux camps devenus quasi muets. Sa mission est claire : remettre de la crédibilité dans la gouvernance et éviter l’éclatement dans un contexte à la fois politique et industriel sous tension.
Concrètement, les premières années de son mandat servent surtout à stabiliser. La séparation des fonctions de président et de directeur général, héritée de la période post-Ghosn, s’inscrit dans cette logique : limiter la concentration des pouvoirs qui avait marqué l’ère précédente.
Une grande partie du bilan de Jean-Dominique Senard se joue sur la normalisation des relations avec Nissan. Après plusieurs années de tiraillements, un nouvel accord est conclu en 2023. Objectif : tourner la page d’une architecture jugée déséquilibrée, héritée des années 2000.
Dans ce cadre, Renault passe de 43,4 % à 15 % de participation dans Nissan, tandis que le constructeur japonais récupère ses droits de vote. Le rééquilibrage est présenté comme nécessaire pour repartir sur des bases plus saines, mais il acte aussi une perte d’influence stratégique pour Renault.
En parallèle, Renault s’engage dans une restructuration d’ampleur. Dès 2020, un plan d’économies de plus de deux milliards d’euros est lancé, accompagné de la suppression d’environ 15 000 emplois dans le monde. Une décision qui tranche avec l’image d’un dirigeant réputé attentif aux enjeux sociaux, mais considérée comme indispensable face à des pertes financières importantes.
Cette phase s’accompagne d’un repositionnement stratégique impulsé avec Luca de Meo, nommé directeur général en 2020. Le plan « Renaulution » vise à restaurer la rentabilité en recentrant les activités et en donnant plus de valeur à chaque véhicule vendu. Renault a depuis retrouvé des résultats plus solides, sans pour autant atteindre tous les objectifs annoncés.
Au moment où Jean-Dominique Senard prépare sa sortie, Renault reste plongé dans une transformation profonde. L’alliance historique avec Nissan s’est largement réduite, et de nouveaux partenariats prennent de l’importance.
Parmi eux, Renault s’appuie notamment sur le groupe chinois Geely pour les motorisations thermiques et hybrides. Un choix qui illustre un repositionnement pragmatique, mais qui pose aussi la question de nouvelles dépendances industrielles, dans un contexte de concurrence toujours plus forte, en particulier face aux constructeurs chinois.
En toile de fond, Renault doit aussi gérer les grandes mutations du secteur : électrification, pression réglementaire en Europe, hausse des coûts et incertitudes sur la demande. Dans ce contexte, la valorisation boursière de Renault reste nettement inférieure à celle de ses principaux concurrents, signe d’une confiance encore limitée des marchés.
La succession de Jean-Dominique Senard se dessine donc dans un moment sensible. Si Renault a clairement évité le scénario de rupture redouté en 2019, le groupe n’a pas encore totalement retrouvé une position solide et lisible à l’échelle mondiale. La question reste ouverte : Renault est-il vraiment sorti de la crise, ou a-t-il simplement basculé dans une nouvelle phase d’incertitude ?
Le mandat de Jean-Dominique Senard aura surtout ressemblé à une opération de sauvetage devenue remise à flot : gouvernance stabilisée, relation avec Nissan rééquilibrée, restructuration lourde et stratégie recentrée. Mais au moment où il annonce son départ en 2027, Renault reste face à des choix industriels majeurs et à un environnement en pleine bascule. La suite dépendra de la capacité du groupe à transformer cette stabilité retrouvée en vrai cap durable — et à écrire la prochaine page sans perdre son ADN.
Jean-Dominique Senard quittera la présidence de Renault en 2027, à l’issue de son mandat actuel.
Renault passe de 43,4 % à 15 % de participation dans Nissan après l’accord conclu en 2023.
Dès 2020, Renault lance un plan d’économies de plus de deux milliards d’euros, accompagné de la suppression d’environ 15 000 emplois dans le monde.

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