
Pionniers du monospace, les Renault Espace et Renault Scénic ont totalement tourné le dos à cette carrosserie dans leur génération actuelle. Aujourd’hui, ce sont des SUV — une silhouette bien plus alignée avec ce que le marché attend sur le papier. Sauf que la reconversion ne produit pas les mêmes effets : l’un affiche des ventes plus qu’honorables, tandis que l’autre avance avec une carrière commerciale nettement plus laborieuse.
Renault a bien renoué avec l’esprit « monospace » via la nouvelle Twingo, pensée pour rappeler la première génération du modèle avec une silhouette monovolume et un capot presque dans le prolongement du pare-brise. Mais pour Scénic et Espace, pas de nostalgie : design moderne, codes SUV, et — au final — l’appellation est quasiment la seule chose conservée des anciennes générations.
Le Renault Scénic, élu voiture de l’année en 2024, réalise un début de carrière jugé honorable, particulièrement sur le marché français. Sur les cinq premiers mois de 2026, il se place troisième des ventes de voitures électriques en France.
Devant lui, la Renault 5 et la Tesla Model Y dépassent les 16 000 immatriculations. Mais le Scénic franchit, lui, la barre des 10 000 exemplaires sur la période, ce qui le place nettement devant d’autres rivaux : c’est quasiment deux fois mieux que le Skoda Elroq, tandis que le Peugeot e-3008 totalise 4 532 unités.
Le retrait discret des versions d’entrée de gamme n’a pas pénalisé le modèle. Le Scénic, SUV compact 100 % électrique, progresse de 54,2 % par rapport à une année 2025 déjà bonne.
En cause, notamment, l’abandon d’une batterie de 60 kWh, jugée peu cohérente pour un véhicule familial susceptible d’enchaîner de longs trajets. À l’inverse, la batterie de 87 kWh permet désormais d’accéder à une prime bonifiée pouvant aller jusqu’à 8 240 € pour les ménages aux revenus modestes. De quoi réduire sensiblement une facture qui démarre normalement à 42 160 €.
Sur le papier, l’Espace n’est pas si loin du Scénic côté prix, malgré un gabarit plus imposant. Il débute à 46 000 € en cinq places, ou 46 500 € en sept places.
Mais son hybride « full hybrid » de 200 ch ne lui donne droit à aucune subvention. Cette motorisation lui permet toutefois d’éviter le malus écologique — ou de le réduire au minimum en sept places. Pour un SUV long de 4,75 m, ce n’est pas si courant.
Son adversaire direct, le Peugeot 5008, se montre plus pénalisé par le malus en version à hybridation légère, malgré une puissance cumulée de 145 ch. Son poids plus élevé lui vaut aussi une taxe sur la masse en ordre de marche.
Et pourtant, en France sur les cinq premiers mois de 2026, cette version du 5008 a trouvé 4 643 clients, un chiffre en très légère hausse par rapport à 2025. Sur le même laps de temps, l’Espace se limite à 3 360 immatriculations, et recule de 14,33 %.
Le contraste est d’autant plus marqué que l’Espace a bénéficié d’un gros restylage l’année précédente, avec un style inspiré du SUV-coupé Rafale. Malgré cela, les résultats restent nettement plus décevants que ceux du Scénic. En parallèle, le 5008 peut compter sur des versions hybrides rechargeables et électriques, renforçant encore son avantage.
La suite pourrait être radicalement différente pour les deux modèles. D’après les informations disponibles, la lignée de l’Espace pourrait s’arrêter avec cette sixième génération, Renault n’ayant pas prévu de remplaçant.
Une partie de l’explication est technique : la plateforme RGEV Medium 2.0 n’aurait pas été pensée pour des versions sept places. La présence d’un moteur électrique sur le train arrière compliquerait l’ajout d’une troisième rangée de sièges. Mais les ventes jugées trop timides du modèle ont aussi dû peser.
À l’inverse, l’avenir du Scénic est présenté comme assuré. Sa prochaine mouture, attendue à l’horizon 2028, doit passer sur la plateforme RGEV Medium 2.0.
Ce Scénic de prochaine génération promet une recharge beaucoup plus rapide grâce à une architecture électrique en 800 volts. Il pourrait aussi proposer des versions à prolongateur d’autonomie pour séduire des acheteurs encore hésitants face au 100 % électrique, tout en profitant d’une baisse des coûts de fabrication.
Autre changement majeur : la production ne serait plus assurée en France, à Douai. L’assemblage devrait être réalisé en Espagne, où un accord avec les syndicats vise la construction de cinq modèles zéro émission.
Renault a fait le même pari avec deux noms historiques : transformer Scénic et Espace en SUV. Mais l’un capitalise sur l’électrique et une dynamique commerciale solide, tandis que l’autre peine à convaincre malgré son positionnement familial et son hybridation. La suite semble déjà écrite : un futur technologique ambitieux pour le Scénic, et une page qui pourrait se tourner pour l’Espace. Reste à voir quels nouveaux formats familiaux remplaceront demain ces icônes de la route.
Le Renault Scénic est troisième des ventes de voitures électriques en France sur les cinq premiers mois de 2026.
Le prix de départ du Renault Scénic est de 42 160 €, et la prime bonifiée peut aller jusqu’à 8 240 € pour les ménages aux revenus modestes.
Le Renault Espace totalise 3 360 immatriculations en France sur les cinq premiers mois de 2026.

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