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Quand la Fiat 124 a franchi le rideau de fer : l’accord improbable qui a motorisé l’URSS

Quand la Fiat 124 a franchi le rideau de fer : l’accord improbable qui a motorisé l’URSS

Une voiture occidentale… fabriquée en URSS

Imaginez la scène : en pleine guerre froide, une berline européenne bien sage traverse symboliquement le rideau de fer — et pas seulement en tant que produit fini. Avec elle, viennent aussi les outils, le savoir-faire, et même une usine entière. C’est l’histoire de la Fiat 124, un modèle qui deviendra quelques années plus tard l’un des plus importants de toute l’histoire de Fiat.

Dans les années 1960, le patron de Fiat va jusqu’à consulter la Maison-Blanche. Objectif : prendre la température côté américain avant de se lancer dans la commercialisation d’un véhicule Fiat en Union Soviétique, rival direct des États-Unis. Ce pari industriel aboutira à un résultat devenu culte : une silhouette ultra-reconnaissable, surnommée « Jigouli » en Russie… qui était en réalité une Fiat 124 adaptée.

La Fiat 124 dans sa version Special
La Fiat 124, ici en version « Special »

Le “contrat du siècle” : Fiat construit une usine à Togliatti

Stellantis Heritage rappelle un moment clé : le 4 mai 1966, au Centre Historique Fiat, Vittorio Valletta (président de Fiat) et Alexandr Mikhailovich Tarasov (ministre pour l’industrie automobile soviétique) signent un premier engagement. L’accord définitif sera ensuite conclu à Moscou, le 15 août.

La presse de l’époque parle d’un « contrat du siècle ». Et pour cause : Fiat ne se contente pas de vendre une licence. L’accord est colossal : il faut construire une usine entière à Togliatti, former la main-d’œuvre locale et produire sur place une version adaptée de la 124.

C’est ainsi que naît la « Jigouli », dont le nom réel est VAZ 2101. Résultat : près de 5 millions d’exemplaires sortiront des chaînes en 18 ans. Pour un pays qui produisait jusque-là peu de voitures, l’effet est énorme. La Fiat 124, basique et sobre, devient alors l’une des premières voitures véritablement mondiales.

La VAZ 2101 dérivée de la Fiat 124, surnommée Jigouli
La VAZ 2101, dérivée de la Fiat 124 et surnommée « Jigouli »

Pourquoi Washington devait donner son feu vert

Un transfert industriel de cette ampleur entre une entreprise occidentale et le bloc de l’Est ne pouvait pas se faire sans validation américaine. D’après des archives déclassifiées de la CIA (repérées par Hagerty), Vittorio Valletta aurait consulté la Maison-Blanche dès 1962.

Le président Kennedy aurait soutenu l’idée pour une raison très pragmatique : si les Soviétiques produisent des voitures, ils seraient occupés à autre chose qu’à fabriquer du matériel militaire. Une vision stratégique pour le moins surprenante — et qui, de toute façon, ne s’est pas vraiment vérifiée.

La CIA, les machines-outils et la peur du “double usage”

L’implication de la CIA n’était pas un caprice politique : elle répondait à une contrainte technique. Fiat dépendait fortement de machines-outils américaines. Pour équiper l’usine soviétique, Fiat devait exporter des technologies considérées comme sensibles.

La CIA a donc examiné minutieusement chaque composant afin de s’assurer qu’aucun outil ne puisse être détourné à des fins militaires. Malgré les tensions, l’administration Johnson et la CIA finissent par donner leur feu vert.

Les rapports de l’agence montrent un pragmatisme teinté de condescendance : même avec cette usine, ils estiment que le stock automobile soviétique n’atteindrait en 1974 que le niveau de celui des États-Unis en 1917. Dans l’esprit de Washington, l’opération devait aussi contribuer à « embourgeoiser » l’ennemi.

Fiat aide l’URSS à produire la VAZ 2101 en grande quantité
Avec l’accord des États-Unis et après examen de la CIA, Fiat participe à la production massive de la VAZ 2101

Conclusion

L’histoire de la Fiat 124 en URSS, c’est celle d’un deal industriel titanesque, coincé entre rivalités géopolitiques et réalité des chaînes de production. Une voiture simple, pensée pour la route, s’est retrouvée au cœur d’une partie d’échecs entre blocs… et a fini par motoriser des millions de vies.

Et si cette affaire rappelle une chose, c’est que la technologie circule souvent là où on ne l’attend pas — et qu’elle pourrait encore, demain, redessiner des équilibres qu’on croyait figés.

Foire aux Questions

Quel était le nom réel de la « Jigouli » dérivée de la Fiat 124 ?

Le nom réel de la « Jigouli » était la VAZ 2101.

Combien d’exemplaires de VAZ 2101 ont été produits en 18 ans selon le texte ?

Près de 5 millions d’exemplaires sont sortis des chaînes de production en 18 ans.

Pourquoi la CIA a-t-elle examiné les équipements destinés à l’usine soviétique liée à la Fiat 124 ?

La CIA a examiné chaque composant pour s’assurer qu’aucun outil ne puisse être détourné à des fins militaires, car Fiat devait exporter des technologies sensibles liées à des machines-outils américaines.

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