
Pendant plusieurs années, l’idée semblait presque écrite d’avance. Après le Taycan, le Macan électrique et l’arrivée d’un Cayenne à batteries, beaucoup imaginaient que la Porsche 911 finirait par basculer elle aussi vers le tout électrique. Pourtant, le nouveau patron de la marque allemande vient de fermer la porte, sans détour. Une décision qui en dit long sur le virage stratégique en cours.
Chez Porsche, l’électrification n’est plus présentée comme une destination unique, mais comme une technologie parmi d’autres. Et aucun modèle ne cristallise autant cette nouvelle philosophie que la 911.
Lors d’une table ronde organisée par le magazine allemand Auto, Motor und Sport, Michael Leiters a été interrogé sur l’avenir de la 911. Sa réponse ne laisse pas de place au doute : la sportive emblématique de Porsche ne deviendra jamais une voiture 100 % électrique.
Pour ce dirigeant italien, arrivé à la tête de Porsche début 2026 après être passé par Ferrari puis McLaren, le sujet dépasse la simple question technique. La 911 occupe une place à part dans l’histoire de la marque depuis son lancement en 1963. Plus de soixante ans plus tard, elle reste le symbole même de Porsche, même si les SUV pèsent aujourd’hui la majorité des ventes.
Selon Michael Leiters, l’électrification doit être déployée là où elle répond à une attente réelle des clients et où elle apporte une valeur ajoutée pertinente. La 911, elle, doit continuer à jouer un autre rôle : servir de laboratoire pour le développement des moteurs thermiques et hybrides.
Dans cette logique, les versions hybrides récemment introduites restent au cœur de la stratégie. En revanche, la frontière du « tout électrique » ne sera pas franchie.
Le message est l’un des plus clairs envoyés par Porsche depuis des années. Alors que les spéculations autour d’une éventuelle 911 électrique revenaient régulièrement, la marque met officiellement fin au débat.
Cette position ressemble aussi à un revirement, lié à une réalité commerciale plus compliquée que prévu. Porsche a longtemps été perçu comme l’un des constructeurs historiques les plus ambitieux dans la transition vers l’électrique.
La marque a été pionnière avec le Taycan, lancé dès 2019, quatre ans après le concept Mission E. Mais Michael Leiters reconnaît que Porsche a sans doute été « un peu trop rapide » en arrivant sur le marché avant que sa base de clientèle ne soit réellement prête à suivre.
Les chiffres illustrent ce décalage : après un pic à plus de 41 000 Taycan livrés en 2021, les volumes sont tombés à un peu plus de 20 000 unités en 2024, puis à environ 16 300 en 2025. Au premier trimestre 2026, le recul approche encore 20%, avec seulement 3 420 exemplaires écoulés dans le monde depuis le début de l’année.
De son côté, le Macan électrique s’en sort mieux, mais sa version thermique continue de le devancer : 10 130 pour le thermique contre 8 079 unités pour l’électrique. Ce décalage existe malgré le retrait anticipé du marché européen du Macan thermique, lié à une non‑conformité à de nouvelles règles de cybersécurité.
Autre signal fort : l’objectif d’atteindre 80% de ventes 100% électriques d’ici la fin de la décennie a été discrètement mis de côté. En 2025, la part du « zéro émission » dans les ventes de Porsche plafonnait autour de 22%, loin de la trajectoire annoncée.
Porsche ne tourne pas complètement le dos à l’électromobilité. Le constructeur continue d’investir dans les modèles à batteries, mais avec une approche présentée comme plus pragmatique. Le Macan électrique poursuit sa carrière commerciale, tandis que le Cayenne électrique, décliné en coupé, rejoint progressivement la gamme.
Les futures générations des Boxster et Cayman restent programmées en version électrique. Un grand SUV familial, attendu au-dessus du Cayenne, est lui aussi toujours annoncé avec une déclinaison zéro émission.
Mais en parallèle, Porsche réinvestit massivement dans les moteurs thermiques et hybrides, avec plusieurs milliards d’euros d’investissement supplémentaires.
Le futur grand SUV K1, d’abord envisagé comme exclusivement électrique, devrait finalement être proposé aussi avec des motorisations essence et hybrides à partir de 2029. Le retour annoncé de versions thermiques pour les Boxster et Cayman souligne également l’idée jugée nécessaire de maintenir plusieurs technologies en parallèle afin de répondre à la demande. Dans le même esprit, Michael Leiters estime que Porsche ne gagnera jamais sur le terrain de la « course au prix », mais sur celui de produits « meilleurs, plus convaincants et plus émotionnels » que ceux des concurrents.
Porsche trace donc une frontière nette : la 911 restera à l’écart du 100% électrique, tout en continuant d’évoluer via l’hybride et le thermique. En coulisses, la marque ajuste son tempo sur l’électrique, après avoir constaté que le marché ne suit pas toujours au rythme espéré. Reste une question ouverte : à quoi ressemblera la performance « émotionnelle » de demain quand toutes les technologies devront cohabiter durablement ?
La Porsche 911 ne deviendra jamais une voiture 100 % électrique, selon Michael Leiters.
Plus de 41 000 Taycan ont été livrés en 2021.
En 2025, la part du « zéro émission » dans les ventes de Porsche plafonnait autour de 22%.

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