
Bruxelles s’apprête à dévoiler ses propositions pour défendre le « fait en Europe ». Sur le papier, l’idée paraît simple. En vrai, c’est un casse-tête : la définition reste floue et, en coulisses, les pays de l’Union européenne s’opposent selon leurs intérêts économiques.
Pour Emmanuel Macron, l’urgence est claire : l’Europe doit mieux défendre ses intérêts face à une concurrence, notamment chinoise, jugée de plus en plus féroce et efficace. Il met en avant l’idée de protéger l’industrie « sans être protectionniste », tout en défendant des secteurs stratégiques comme les cleantechs, la chimie, l’acier, l’automobile ou la défense. Son avertissement est sans détour : si l’Europe ne le fait pas, ses industriels risquent d’être balayés.
En face, certains pays préfèrent nuancer. Ils ne rejettent pas l’objectif, mais estiment que la bataille se gagne d’abord ailleurs. Le premier ministre suédois Ulf Kristersson résume cette ligne : être compétitifs grâce à la qualité et à l’innovation, plutôt qu’en cherchant à protéger les marchés européens.
Malgré les divergences, un point rassemble les pays de l’UE : la volonté de répondre ensemble, et fermement, à la concurrence déloyale. La Chine est explicitement citée comme un sujet central, mais elle n’est pas la seule concernée : l’idée est que l’Europe doit défendre ses intérêts « pied à pied ».
Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, insiste sur une ligne d’équilibre : oui au libre-échange, mais pas à n’importe quelles conditions. Il explique que si les règles du jeu changent, si l’Europe fait face à des problèmes de surcapacité, de subventions et de saturation des marchés européens, alors elle doit se défendre.
Le nœud du débat tient en une formule. D’un côté, ceux qui veulent un « made in Europe » strict. De l’autre, ceux qui plaident pour une version plus souple : le « made with Europe ». Les opposants à une approche restrictive réclament une définition plus flexible, qu’ils voient comme une meilleure protection du business.
Dans cette logique, le chancelier allemand s’est dit favorable au « made with Europe » plutôt qu’au « made in Europe ».
Les défenseurs du « fait avec l’Europe » avancent un argument très concret : ce cadre permettrait de limiter les difficultés opérationnelles et d’éviter de fragiliser les chaînes d’approvisionnement européennes.
Pour illustrer, un constructeur japonais, rangé dans ce camp, rappelle une réalité industrielle : un véhicule assemblé en Europe intègre des centaines de composants spécialisés venant du monde entier. Et certains éléments critiques, selon cette note, ne peuvent pas être produits de façon viable en Europe en quantités suffisantes.
D’autres inquiétudes entrent dans l’équation. Certains pays comme l’Allemagne et l’Italie pointent le risque de voir les coûts de fabrication des industriels européens augmenter, dans un contexte où ils peinent déjà à lutter contre les prix bas de concurrents étrangers, notamment chinois.
Autre alerte : certaines capitales redoutent des mesures de rétorsion de pays fournisseurs, ce qui pourrait entraîner l’Europe dans des bras de fer commerciaux — alors même qu’elle veut renforcer ses exportations.
À l’inverse, les partisans d’un « fait en Europe » au sens strict veulent une définition clairement encadrée : elle ne s’appliquerait qu’aux biens industriels produits à partir de composants fabriqués dans l’Espace économique européen (UE + Norvège, Islande, Liechtenstein), et pas seulement à un assemblage dans l’UE de composants importés.
Avant même l’annonce des détails, une orientation se précise autour du chantier piloté par le commissaire européen Stéphane Séjourné : la mesure s’appliquerait à une part limitée de composants critiques, dans un nombre limité de secteurs stratégiques, et uniquement lorsqu’il y a des financements publics.
Autre élément important : les entreprises produisant en Europe seraient considérées comme européennes, et des engagements réciproques seraient pris avec des « partenaires de confiance » appliquant déjà des règles similaires, dans l’intérêt des chaînes de valeur.
Entre l’envie de protéger des secteurs jugés vitaux et la nécessité de ne pas casser des chaînes d’approvisionnement mondiales, Bruxelles avance sur une ligne de crête. La définition retenue dira beaucoup de la direction que l’Europe veut prendre : se blind er, s’ouvrir autrement, ou inventer un compromis capable de tenir face aux chocs qui viennent.
Les secteurs cités sont les cleantechs, la chimie, l’acier, l’automobile et la défense.
Le « fait avec l’Europe » est présenté comme un moyen de faire face aux difficultés opérationnelles et de limiter le risque de déstabiliser les chaînes d’approvisionnement, car un véhicule assemblé en Europe intègre des centaines de composants spécialisés provenant du monde entier et certains éléments critiques ne peuvent pas être produits de façon viable en Europe en quantités suffisantes.
Elle s’appliquerait sur une part limitée de composants critiques, dans un nombre limité de secteurs stratégiques, et uniquement quand des financements publics sont engagés.

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