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L’IA peut-elle vraiment ringardiser CarPlay et Android Auto ? Le pari vocal de Rivian

L’IA peut-elle vraiment ringardiser CarPlay et Android Auto ? Le pari vocal de Rivian

Apple CarPlay et Android Auto sont devenus, en quelques années, des arguments de vente incontournables. Pour beaucoup d’automobilistes, afficher son smartphone sur l’écran de la voiture ressemble presque à un équipement de base. Pourtant, certains constructeurs continuent de dire non. Après Tesla et General Motors, Rivian assume clairement sa position… et va plus loin : pour son directeur logiciel Wassym Bensaid, l’essor des assistants vocaux dopés à l’intelligence artificielle pourrait bientôt rendre tout le débat CarPlay « complètement obsolète ». Vraiment ? Rien n’est moins sûr.

Illustration : l’IA pourrait-elle rendre CarPlay et Android Auto inutiles chez Rivian ?
Rivian mise sur des assistants vocaux dopés à l’IA pour réduire la dépendance aux interfaces « façon smartphone ».

Pourquoi Rivian refuse toujours CarPlay et Android Auto

CarPlay et Android Auto — surtout dans leurs déclinaisons les plus avancées — peuvent prendre la main sur une grande partie de l’affichage, jusqu’aux données du véhicule. Et c’est précisément ce que Rivian veut dépasser… ou éviter.

Wassym Bensaid explique que la marque veut garder le contrôle de « chaque pixel » sur ses grands écrans, au cœur d’une expérience pensée comme un ensemble cohérent. Laisser un système tiers recouvrir l’interface, c’est accepter de casser cette cohérence.

Mais l’enjeu ne s’arrête pas au design : il est aussi technique. Quand un éditeur tiers s’impose en surcouche, le constructeur devient dépendant du calendrier et des choix d’Apple ou de Google pour corriger un bug, ajouter une fonction, ou exploiter un nouveau capteur. Rivian préfère pouvoir déployer, tester et affiner ses propres mises à jour à son rythme, sans attendre un partenaire extérieur.

Rivian préfère ne pas dépendre de systèmes tiers comme CarPlay ou Android Auto.
Pour Rivian, éviter les systèmes tiers limite la dépendance en cas de bug, de mise à jour ou de changement de stratégie chez un partenaire.

De la voiture « définie par logiciel » à la voiture « définie par IA »

C’est là que l’IA entre en jeu. Wassym Bensaid estime que l’automobile est en train de passer d’un monde « défini par le logiciel » à un monde « défini par l’IA ». L’idée : l’interface classique, avec ses icônes, ses menus et ses applications à ouvrir une par une, pourrait progressivement s’effacer au profit d’une interaction plus globale, plus conversationnelle.

Dans cette vision, on ne demanderait plus : « ouvre le GPS », puis « lance la musique », puis « règle la clim ». On exprimerait une intention complète — par exemple : emmène-moi au travail par la route la plus rapide, mets ma playlist habituelle et baisse la température côté conducteur — et l’assistant orchestrerait le tout en un seul échange.

Rivian veut s’appuyer sur l’IA générative pour gérer plusieurs tâches sans réplication smartphone.
Rivian mise sur l’IA générative pour gérer le multi-tâche, sans devoir dupliquer l’écran du téléphone.

Dans cette logique, la voix deviendrait « le candidat naturel » pour être l’interface principale de la voiture. Les écrans et les boutons resteraient, mais ils ne seraient plus au centre de l’expérience. Et si, demain, on n’utilise plus la voiture « appli par appli », la réplication du smartphone perdrait mécaniquement de son intérêt — même si la connectivité, elle, resterait bien là.

Un pari vocal ambitieux… et encore très théorique

Le plan est séduisant, mais il repose sur une condition : que l’IA tienne enfin ses promesses. Or, l’histoire de la commande vocale en voiture est tout sauf parfaite. Pendant des années, les systèmes embarqués ont souvent été frustrants, incapables de comprendre des demandes simples. D’après Rivian, les modèles de langage modernes changent la donne : ils seraient bien plus tolérants aux formulations naturelles, avec des technologies du type Gemini qui ne seraient encore qu’aux prémices de leurs capacités.

L’ambition est claire : l’assistant maison devrait pouvoir couvrir l’essentiel de ce que proposent CarPlay et Android Auto, comme lancer de la musique, planifier un itinéraire, répondre à des questions contextuelles, ajuster la climatisation, paramétrer un mode de conduite, et enchaîner des actions plus complexes sur simple requête vocale.

Rivian travaille avec Volkswagen sur une plateforme de véhicule défini par logiciel.
Rivian est engagé avec Volkswagen autour du développement de plateformes orientées « véhicule défini par logiciel ».

Le nerf de la guerre : qui gère les données… et combien ça coûte ?

Au-delà de la fiabilité, un autre sujet pèse lourd : le coût. Traiter des flux de langage naturel en continu depuis un véhicule via le cloud implique de faire tourner des modèles lourds dans des centres de données, avec une facture énergétique et financière significative.

Pour limiter cette dépendance, Rivian prévoit de transférer progressivement une partie du traitement directement à bord, grâce à une nouvelle génération de processeur d’infodivertissement baptisée XMM3. L’objectif : exécuter localement une partie des calculs nécessaires à la compréhension des requêtes vocales, sans dépendre systématiquement d’un serveur distant ou d’une connexion mobile — un point crucial quand la couverture réseau n’est pas au rendez-vous. Cette architecture pourrait améliorer la rapidité des réponses et réduire fortement les coûts d’exploitation.

Dans les faits, l’idée intrigue, mais elle ne semble pas prête à s’imposer tout de suite. D’autant que Rivian a créé une coentreprise logicielle avec Volkswagen, un groupe qui, pour l’instant, n’a pas l’intention de renoncer à CarPlay ni à Android Auto sur l’ensemble de ses marques.

Conclusion

Rivian veut sortir la voiture de la logique « écran de smartphone dans l’habitacle » et la faire basculer vers une interface plus naturelle, centrée sur la voix et l’IA. Le concept est séduisant, mais il se heurte encore à des réalités très concrètes : maturité de la commande vocale, dépendance au cloud, coûts, et nécessité d’embarquer davantage de calcul dans la voiture. Si ce pari se confirme, il pourrait redessiner notre façon d’interagir avec nos véhicules — et peut-être rendre les interfaces d’aujourd’hui aussi datées que les GPS amovibles d’hier.

Foire aux Questions

Pourquoi Rivian refuse-t-il Apple CarPlay et Android Auto ?

Rivian veut garder le contrôle de « chaque pixel » de ses écrans et éviter de dépendre du calendrier et des choix d’Apple ou de Google pour corriger un bug, ajouter une fonction ou exploiter un nouveau capteur.

Que veut remplacer Rivian avec un assistant vocal dopé à l’IA ?

Rivian veut remplacer une utilisation « application par application » par une interaction conversationnelle où un assistant orchestre plusieurs actions à la fois, comme la navigation, la musique et des réglages de climatisation.

Quel est le rôle du processeur XMM3 dans la stratégie IA de Rivian ?

Rivian prévoit d’utiliser une nouvelle génération de processeur d’infodivertissement baptisée XMM3 pour exécuter localement une partie des calculs nécessaires aux requêtes vocales, afin de moins dépendre d’un serveur distant et d’améliorer la rapidité des réponses.

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