Economie / Politique

L’IA peut-elle provoquer la prochaine pénurie de puces dans l’automobile ?

L’IA peut-elle provoquer la prochaine pénurie de puces dans l’automobile ?

Une nouvelle alerte après la crise des semi-conducteurs

Après la pénurie de semi-conducteurs liée à la pandémie, l’industrie automobile pourrait affronter une nouvelle zone de turbulence, cette fois portée par l’essor de l’intelligence artificielle. Les grands acteurs mondiaux de la mémoire réorientent leurs capacités vers les data centers, au moment même où les voitures consomment toujours plus de RAM. Des signaux d’alerte existent déjà, même si aucune rupture d’approvisionnement n’est officiellement constatée pour l’instant.

L’essor de l’IA pourrait créer une tension sur les puces mémoire utilisées dans l’automobile
Après la crise Covid, l’essor de l’IA pourrait raviver la tension sur les puces mémoire pour l’automobile.

Lors d’une conférence dédiée aux technologies automobiles et aux semi-conducteurs, la directrice financière de Ford a récemment reconnu une pression sur les prix liée à la rareté mondiale des puces mémoire. Le constructeur indique disposer, pour le moment, de volumes suffisants, tout en intégrant déjà cette tension dans ses prévisions. De quoi rappeler un scénario bien connu : lors de la crise précédente, les pénuries avaient démarré par des ajustements discrets, avant de finir en arrêts de lignes.

Retour en arrière : en 2021, la production mondiale de véhicules avait chuté d’environ 21 %, et certains constructeurs avaient immobilisé des dizaines de milliers de voitures en attente de composants. La crise de 2020–2022 touchait surtout les microcontrôleurs et certaines puces logiques indispensables aux fonctions de base des véhicules. Cette fois, la pression vise surtout la mémoire — notamment la DRAM et la NAND, un type spécifique de semi-conducteurs.

Des voitures toujours plus gourmandes en mémoire

Les ADAS, les véhicules définis par logiciel (SDV) et la conduite assistée avancée augmentent les besoins en mémoire
ADAS, véhicules « software-defined » (SDV) et conduite assistée avancée : des fonctions qui font exploser les besoins en mémoire.

Le contexte technologique a changé : les véhicules modernes multiplient les calculateurs électroniques, les écrans et les systèmes d’aide à la conduite. En 2023, on estimait qu’une voiture moyenne embarquait environ 90 gigaoctets de mémoire répartis dans ses différents modules. Et ce volume pourrait quasiment tripler d’ici à 2026.

Les systèmes ADAS obligatoires en Europe, les architectures dites « software-defined vehicles » (SDV), ainsi que les fonctions avancées de conduite assistée renforcent la dépendance à la mémoire vive. Certains systèmes utilisent déjà des quantités comparables à celles d’un ordinateur portable.

Point important : la mémoire utilisée dans une voiture et celle qui équipe les serveurs d’IA ne sont pas strictement identiques. Mais elles proviennent des mêmes grands fournisseurs et mobilisent des capacités industrielles comparables. En clair, automobile et intelligence artificielle puisent dans le même réservoir industriel — et c’est là que la tension commence à se voir.

L’IA, concurrent direct de l’automobile sur la mémoire

Le marché mondial de la mémoire est dominé par trois géants : Samsung, SK Hynix et Micron. Face à la demande exponentielle des data centers d’intelligence artificielle, ces groupes réallouent une partie de leurs capacités vers des composants à plus forte valeur ajoutée, notamment la mémoire haute performance utilisée pour entraîner et faire tourner les modèles d’IA.

Il ne s’agit pas d’une pénurie généralisée de semi-conducteurs. C’est plus ciblé : certaines catégories deviennent plus tendues parce que l’IA paie davantage et absorbe une part croissante des volumes. Pour l’automobile, le problème est double : moins de quantités disponibles pour d’autres usages, et une pression sur les prix qui monte.

Des analystes évoquent déjà des achats préventifs dans le secteur afin de sécuriser les stocks. Pour l’instant, aucune crise comparable à celle de 2020–2022 n’est constatée. Mais l’équation industrielle change : la voiture devient progressivement dépendante d’un marché qu’elle ne pilote pas, et qui privilégie de plus en plus les infrastructures numériques mondiales. Pour les constructeurs, au-delà de la techno, la stratégie d’approvisionnement revient clairement au centre du jeu.

Conclusion

Après avoir découvert à quel point une chaîne d’approvisionnement peut fragiliser toute l’industrie, l’automobile fait face à un nouvel arbitre : l’IA, capable d’attirer à elle les capacités de production les plus rentables. La question n’est plus seulement « combien de mémoire faut-il ? », mais « qui l’obtiendra au bon moment et au bon prix ? ». Dans les prochaines années, la bataille se jouera autant dans les usines de puces que dans les idées.

Foire aux Questions

Quels acteurs dominent le marché mondial de la mémoire selon l’article ?

Le marché mondial de la mémoire est dominé par Samsung, SK Hynix et Micron.

Quelle quantité de mémoire une voiture moyenne embarquait-elle en 2023 selon l’article ?

En 2023, une voiture moyenne embarquait environ 90 gigaoctets de mémoire répartis dans ses différents modules.

Quelles catégories de mémoire sont principalement visées par la tension décrite dans l’article ?

La tension vise principalement la mémoire, notamment la DRAM et la NAND.

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