
Longtemps réticente à favoriser explicitement sa production locale, l’Union européenne accuse un retard spectaculaire face aux grandes puissances économiques en matière de protection industrielle. Alors que les États-Unis ont déjà mis en place près de 1 000 mesures pour soutenir leurs industries, l’UE n’en comptait jusqu’ici que six, révélant l’ampleur du décalage au moment même où Bruxelles commence à défendre l’idée d’une « préférence européenne ».
Si l’Europe dit désormais vouloir rattraper son retard en matière de protection de sa production, le décalage avec d’autres puissances économiques est ancien. Jusqu’ici, l’Union européenne était même la seule grande économie mondiale à n’avoir quasiment mis en place aucune mesure de préférence pour sa production locale, avec seulement six dispositifs sectoriels.
En comparaison, les États-Unis ont instauré 983 mesures, sectorielles ou multisectorielles, d’après une étude du think tank européen Strategic Perspectives. L’organisme s’intéresse aux solutions liées à l’action climatique, en les examinant à travers les économies européennes, l’inclusion sociale, les données scientifiques et la cohésion politique.
Ces dernières semaines, l’Union européenne a décidé de faire de la « préférence européenne » un véritable cheval de bataille. Mais cela ne gommera pas le retard déjà accumulé. À cela s’ajoutent des divergences persistantes entre les États membres, un casse-tête qui conduit souvent à des compromis trop tièdes pour freiner réellement la concurrence d’acteurs économiques venus d’autres continents.
Plusieurs partenaires commerciaux de l’Europe protègent leurs industries avec bien moins d’hésitation. En plus des États-Unis, l’Inde a mis en place 315 mesures de protection de ses secteurs industriels. Le Brésil (131) et la Russie (112) suivent, selon un classement établi à partir des données de Global Trade Alert, un organisme indépendant qui recense les politiques commerciales de plus de 60 pays (subventions, aides publiques, conditions d’accès aux marchés publics, etc.).
Avec quelques dizaines de mesures, le Canada et le Royaume-Uni figurent, eux, parmi les économies au protectionnisme jugé modéré.
La Chine, moins protectionniste sur le papier, applique aussi des politiques qui favorisent sa production nationale. Un industriel étranger qui veut s’implanter dans le pays est notamment obligé de nouer une co-entreprise avec un partenaire chinois. Pékin fixe également, de façon discrète, des objectifs d’« achat chinois » pour ses entreprises publiques, qui représentent à elles seules près de 25 % du PIB du pays, souligne Neil Makaroff, directeur de Strategic Perspectives.
Dans ce contexte, l’Union européenne figurait jusqu’à présent en queue de peloton, avec seulement six mesures de protection de son industrie, principalement dans le secteur de la défense et, depuis la pandémie de Covid-19, dans celui des vaccins.
L’étude précise que son recensement n’inclut pas les mesures protectionnistes classiques comme les droits de douane. On peut penser aux taxes imposées par l’administration Trump, ou encore aux surtaxes européennes sur les voitures chinoises importées, qui peuvent atteindre 35 % du prix du véhicule.
Par ailleurs, certains États européens utilisent des formes plus indirectes de protection, afin de rester compatibles avec les règles du commerce international. Exemple : l’écoscore français, qui mesure l’empreinte carbone des véhicules. En pratique, ce dispositif exclut de nombreuses voitures électriques chinoises importées des primes à l’achat, leur bilan carbone étant jugé trop élevé.
Entre un arsenal encore mince et des protections parfois détournées, l’Union européenne avance clairement avec un handicap face à des économies beaucoup plus interventionnistes. La bascule vers une « préférence européenne » est lancée, reste à voir si elle s’accompagnera d’outils à la hauteur des ambitions — et du rythme imposé par le reste du monde.
983 mesures, sectorielles ou multisectorielles.
Six dispositifs sectoriels.
Près de 25 % du PIB.

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