
Le captage du CO2 fait rêver une partie de l’industrie : l’idée est de réduire sa présence dans l’air, tout en transformant ce gaz en ressource pour créer de nouveaux usages. Et ce sujet ne concerne pas uniquement les usines. Dans l’automobile aussi, certains cherchent des solutions concrètes — et parfois très directes.
Plutôt que d’aller “aspirer” le CO2 dans l’atmosphère, une question provocante s’impose : pourquoi ne pas le récupérer là où il est produit, c’est-à-dire à la sortie du moteur ? C’est précisément l’approche testée par Mazda depuis plus d’un an, avec un démonstrateur installé sur une voiture de course. Les résultats progressent nettement… mais l’impact réel reste, pour l’instant, très limité.
Le CO2 est un gaz inerte difficile à “faire disparaître”. D’où l’intérêt des technologies de captage : diminuer sa concentration dans l’air, tout en ouvrant des débouchés économiques. Dans l’univers automobile, un motif revient souvent : il faut du dioxyde de carbone pour produire des carburants de synthèse, une piste régulièrement mise en avant pour alimenter des moteurs thermiques avec une empreinte carbone théoriquement plus faible que le pétrole.
Mais capter le CO2 n’est pas simple. Le captage directement dans l’air implique des installations lourdes (par exemple des colonnes qui captent le CO2 puis l’intègrent à un solvant) et, surtout, une dépense d’énergie importante. Mazda explore une autre voie.
Plutôt que la méthode par solvants, il existe des matériaux capables de “trier” les gaz : la zéolithe. Sa structure particulière permet de séparer certains gaz comme le CO2. Mazda utilise ce principe dans un format relativement compact, intégré à une voiture de course en guise de démonstrateur technologique.
Concrètement, le système repose sur un dispositif placé dans la ligne d’échappement, qui vient piéger directement le CO2 en sortie de moteur. Le gaz capturé est ensuite stocké dans un réservoir spécifique à bord du véhicule.
Lors de premiers essais menés sur une course de 24 heures, Mazda avait annoncé avoir capturé 84 g de CO2. Sur une nouvelle phase de tests comparable, le chiffre grimpe à 804 g sur la même durée d’utilisation. En un an, la quantité captée a donc fortement augmenté, au point de frôler le kilogramme.
Mais même avec cette progression, le bilan reste très modeste. En prenant comme hypothèse qu’une compacte de course de type Mazda 3 émet environ 200 g/km de CO2, cela équivaut à “annuler” à peine 4 km parcourus sur le plan carbone. C’est peu — tout en restant un progrès réel par rapport aux essais précédents.
Au-delà de la capture elle-même, la suite du parcours pose de gros problèmes. Les obstacles au recyclage du CO2 restent immenses : coûts élevés des installations (qu’il s’agisse de capter dans l’air — le plus difficile — ou en sortie d’usine comme dans certains projets pilotes), et débouchés limités.
Très souvent, le CO2 capturé est surtout destiné à être stocké comme un déchet puis enfoui. Et si l’objectif est de le réinjecter dans une production de carburant de synthèse (avec électrolyse de l’eau pour obtenir de l’hydrogène “propre”, puis mélange avec du CO2), d’autres critiques apparaissent : des experts ont notamment pointé le fait que ces carburants, malgré un intérêt sur le plan du CO2 par rapport au pétrole, émettraient davantage de monoxyde de carbone que le carburant classique actuellement utilisé.
Avec sa capture de CO2 directement à l’échappement, Mazda montre qu’une idée jugée “impossible” peut devenir un test concret, mesurable et en nette amélioration. Mais entre l’énergie nécessaire, la complexité du stockage et les limites des débouchés, la technologie est encore loin d’un effet spectaculaire à l’échelle du climat. Reste une promesse stimulante : transformer l’échappement, symbole d’émissions, en point de départ d’innovations plus propres — et ouvrir la porte à de nouveaux scénarios pour la mobilité de demain.
804 g de CO2 ont été capturés sur une période de 24 heures d’utilisation.
84 g de CO2 avaient été capturés sur une course de 24 heures.
Le CO2 est stocké dans un réservoir spécifique à bord du véhicule.

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