La canicule ne met pas seulement les organismes à rude épreuve. Depuis plusieurs jours, plusieurs départements français doivent aussi gérer un effet bien plus inattendu : des routes qui se dégradent sous l’effet de la chaleur, au point d’être parfois fermées à la circulation. Et contrairement à l’impression visuelle, toutes les chaussées ne réagissent pas pareil. Type de revêtement, techniques de construction, méthodes de protection… derrière ces routes qui semblent s’effondrer, il y a des explications très concrètes.
Depuis plusieurs jours, des épisodes de chaleur extrême provoquent des dégradations sur plusieurs routes françaises. En Meurthe-et-Moselle, une portion de six kilomètres de la départementale 138 a dû être fermée en urgence après une forte dégradation du revêtement, avec des températures dépassant 60 °C à la surface de la chaussée.
Et ce n’est pas un cas isolé : des situations similaires ont aussi été signalées dans le Maine-et-Loire, la Moselle, le Morbihan ou encore le Calvados. Un rappel très concret que les infrastructures routières, elles aussi, sont mises à l’épreuve par les épisodes de chaleur intense.
Contrairement aux apparences, la route ne « fond » pas entièrement. Les spécialistes parlent plutôt de ressuage : sous l’effet de la chaleur, le liant bitumineux remonte à la surface.
Résultat : la chaussée devient plus collante et plus glissante. Avec le passage des véhicules, des gravillons peuvent être arrachés, ce qui fait apparaître des dégradations et peut rendre la circulation dangereuse.
Toutes les chaussées ne présentent pas la même résistance aux fortes chaleurs. Les autoroutes, par exemple, bénéficient généralement d’enrobés plus épais, plus coûteux, et conçus pour supporter un trafic intense.
À l’inverse, de nombreuses routes départementales s’appuient sur des techniques plus légères, cohérentes avec un trafic moins important… et des budgets plus serrés.
Un exemple parlant a été observé en Moselle : une route récemment rénovée a commencé à se dégrader quelques semaines seulement après sa réfection. Le problème ne vient pas forcément d’un défaut de réalisation, mais du choix d’un enduit superficiel par gravillonnage, une technique cinq à six fois moins coûteuse qu’un enrobé classique. Ce revêtement reste adapté dans la majorité des situations, mais il devient plus vulnérable quand les températures sortent de l’ordinaire.
Les conséquences peuvent dépasser le simple inconfort. En Meurthe-et-Moselle, une route touchée par ce type de dégradation devait initialement durer une dizaine d’années. Finalement, il faudra reprendre l’intégralité de l’enrobé, avec plusieurs centaines de milliers d’euros de dépenses supplémentaires pour la collectivité.
Pour limiter ces dégradations, plusieurs départements utilisent une technique que peu d’automobilistes connaissent. On pense facilement au salage des routes en hiver. Beaucoup moins au lait de chaux en été, pourtant bien connu dans les milieux du bâtiment et de l’agriculture.
Le principe : pulvériser sur les chaussées les plus exposées un mélange de chaux éteinte et d’eau. En séchant, une fine pellicule blanchit temporairement la route et réfléchit une partie du rayonnement solaire. La température de surface peut alors diminuer d’une dizaine de degrés, ce qui réduit le risque de ressuage.
La technique est déjà utilisée dans plusieurs départements. Les routes traitées gardent d’ailleurs leur couleur blanche pendant une à deux semaines, avant de retrouver progressivement leur aspect habituel.
Ces épisodes illustrent un défi grandissant pour les gestionnaires du réseau routier. Avec des canicules plus fréquentes et plus intenses, les coûts d’entretien augmentent déjà dans plusieurs départements. Au-delà des fermetures ponctuelles et des déviations pour les automobilistes, c’est l’adaptation même des infrastructures à un climat plus chaud qui devient un enjeu de plus en plus central.
Quand la chaleur s’emballe, les routes révèlent leurs limites : revêtements, choix techniques et budget pèsent directement sur leur résistance. Le lait de chaux montre qu’une solution simple peut déjà faire baisser la température de surface et limiter les dégâts. À mesure que les canicules se multiplient, ces méthodes pourraient bien passer d’astuce méconnue à réflexe incontournable pour préparer les routes de demain.
Le ressuage, c’est le liant bitumineux qui remonte à la surface sous l’effet de la chaleur, rendant la chaussée plus collante et plus glissante.
Les autoroutes ont généralement des enrobés plus épais, plus coûteux et conçus pour supporter un trafic intense, alors que de nombreuses routes départementales utilisent des techniques plus légères adaptées à des budgets plus contraints.
Le lait de chaux est un mélange de chaux éteinte et d’eau pulvérisé sur la chaussée : en séchant, il blanchit temporairement la route, réfléchit une partie du rayonnement solaire et peut faire baisser la température de surface d’une dizaine de degrés.

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