Volkswagen s’apprête à couper son dernier lien capitalistique avec Bugatti. Tout part d’une opération financière : la cession des parts détenues par Porsche AG dans Bugatti Rimac. Mais derrière ce mouvement, c’est surtout la fin d’un cycle entamé en 1998, quand le géant allemand a littéralement redonné vie à la marque de Molsheim.
En 1998, Ferdinand Piëch rachète Bugatti et relance une marque alors en sommeil, après l’épisode italien de Campogalliano dans les années 1990, qui avait donné naissance à la mythique EB110. L’objectif dépasse largement la logique commerciale : il s’agit de reconstruire un symbole automobile français avec une ambition technique presque démesurée.
Cette stratégie mène à deux icônes : la Bugatti Veyron (2005), puis la Bugatti Chiron (2016). Ici, pas question de rentabilité. Bugatti sert surtout de vitrine mondiale au Volkswagen Group, capable de produire des voitures parmi les plus rapides, les plus puissantes et les plus chères du marché. Mais cette page vient de se refermer.
Un tournant intervient en 2021 avec la création de Bugatti Rimac. À partir de janvier 2022, le groupe croate Rimac Group, dirigé par Mate Rimac, prend 55 % de la coentreprise, pendant que Porsche AG conserve 45 %. L’idée est claire : préparer l’après-Chiron.
La Bugatti Tourbillon incarne cette bascule : elle tourne la page du W16 quadriturbo emblématique de l’ère Volkswagen et adopte un V16 atmosphérique épaulé par trois moteurs électriques. Tout un symbole. Le message, lui, est limpide : garder le spectaculaire, tout en entrant dans une nouvelle époque technologique.
La dernière étape concerne les dernières participations encore détenues par Porsche AG. Un accord a été signé pour céder à un consortium mené par HOF Capital les 45 % de Porsche AG dans Bugatti Rimac, ainsi que ses 20,6 % dans Rimac Group. L’opération doit encore obtenir plusieurs autorisations réglementaires, et ne devrait être finalisée qu’avant la fin de l’année 2026.
Une fois le dossier bouclé, ce sera une première depuis 1998 : Volkswagen Group n’aura officiellement plus aucun lien capitalistique avec Bugatti. HOF Capital, fonds new-yorkais, sera accompagné notamment de BlueFive Capital et d’investisseurs institutionnels américains et européens. Pour le grand public, le nom du fonds n’est pas le cœur du sujet : le centre de gravité restera Mate Rimac, appelé à renforcer son influence industrielle sur l’avenir de la marque.
Pendant près de trente ans, Volkswagen Group a donné à Bugatti les moyens techniques et financiers de renaître, puis de s’imposer comme la référence absolue de l’hypercar thermique. Sans cet appui, ni la Veyron ni la Chiron n’auraient probablement existé sous cette forme.
La suite s’annonce différente : plus légère en capital industriel traditionnel, davantage tournée vers l’hybridation, l’électrification et la technologie logicielle — bref, plus en phase avec l’air du temps. Volkswagen a sauvé Bugatti ; désormais, c’est à Mate Rimac d’imaginer un nouvel âge d’or.
Après avoir ressuscité Bugatti et l’avoir propulsée au sommet de l’hypercar, Volkswagen s’apprête à tirer un trait sur près de trois décennies d’histoire commune. Un cycle se ferme, un autre s’ouvre : si l’ADN du spectaculaire reste, la prochaine ère de Bugatti promet une définition différente de l’extrême.
Rimac Group détient 55 % de la coentreprise Bugatti Rimac.
Porsche AG conserve 45 % de Bugatti Rimac.
La Bugatti Tourbillon adopte un V16 atmosphérique épaulé par trois moteurs électriques.

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