
Après un coup d’arrêt net, le chantier de l’autoroute A69 entre Castres et Toulouse vient de passer un cap décisif. La cour administrative d’appel de Toulouse a rétabli les autorisations environnementales de ce projet de 53 km, déjà réalisé à plus de 80 %, ce qui rouvre clairement la porte à la reprise des travaux. De son côté, l’État maintient un objectif d’ouverture à l’automne 2026, même si la contestation reste bien présente sur le terrain.
Autoroute A69 : la cour administrative d’appel relance le chantier entre Castres et Toulouse. Les autorisations environnementales sont rétablies, avec une mise en service visée à l’automne 2026. © Atosca
Imaginée au début des années 2000 et déclarée d’utilité publique en 2018, l’autoroute A69 est pensée pour relier Castres à Toulouse. Mais le chantier de ce tronçon de 53 km avait été stoppé par le tribunal administratif de Toulouse, au motif que le projet ne démontrait pas une « raison impérative d’intérêt public majeur » assez solide pour compenser ses impacts sur la biodiversité, pointés par de nombreuses associations. Et ce, malgré l’argumentaire économique mis en avant par l’État et des élus locaux.
Face à cette décision, l’État a fait appel et a demandé un sursis à exécution, afin d’éviter une interruption longue d’un chantier déjà très avancé. Selon le concessionnaire Atosca, 82 % des terrassements et 95 % des ouvrages d’art et hydrauliques étaient déjà réalisés. La cour administrative d’appel avait ensuite autorisé une reprise provisoire, estimant que les arguments de l’État tenaient la route. La décision rendue va plus loin : elle tranche sur le fond et valide les autorisations environnementales nécessaires pour poursuivre le chantier.
Le temps de parcours entre Toulouse et Castres serait de 25 minutes avec l'A69, soit un gain estimé à près de 35 minutes par rapport à l’itinéraire actuel par la RN126. © Aliae
Dans son arrêt, la cour administrative d’appel de Toulouse reconnaît explicitement l’existence d’une raison impérative d’intérêt public majeur pour cette liaison autoroutière. Elle estime aussi qu’il n’y avait pas de solution alternative jugée satisfaisante, et que les mesures environnementales prévues permettraient de maintenir les espèces protégées concernées dans un état de conservation favorable.
En clair, c’est un gros retournement par rapport à la première décision. Cette lecture conforte la position défendue par l’État depuis le début du contentieux : l’A69 répondrait à des besoins de mobilité et de désenclavement d’un territoire considéré comme insuffisamment connecté au réseau autoroutier national. Pour les partisans du projet, c’est l’argument central : améliorer l’accès, fluidifier les trajets et renforcer l’attractivité économique autour de Castres et du Tarn.
Si la décision judiciaire clarifie le dossier sur le plan juridique, elle ne va pas faire disparaître les tensions locales. Le projet est soutenu par une partie importante des élus et des acteurs économiques du Tarn, qui mettent en avant la réduction des temps de parcours, les gains en sécurité routière et une meilleure desserte du territoire. Le trajet entre les deux villes serait d’environ 25 minutes via l’A69, soit près de 35 minutes gagnées par rapport à l’itinéraire actuel par la RN126.
À l’inverse, les collectifs écologistes mobilisés contre l’A69 continuent de dénoncer un projet qu’ils jugent en décalage avec les enjeux environnementaux actuels. Le tracé impacterait environ 420 hectares, dont des terres agricoles, et certaines associations évoquent aussi des surfaces supplémentaires concernées par le chantier qui n’auraient pas été déclarées. Autre point de friction : l’empreinte carbone. Des opposants avancent un volume de 253 000 tonnes d’équivalent CO₂ liées à la construction, un chiffre contesté par le concessionnaire, qui met en avant des mesures de compensation et des incitations tarifaires pour les véhicules à faibles émissions.
Avec cette décision, l’État veut désormais sécuriser le calendrier. Les travaux se poursuivent officiellement avec une mise en service annoncée pour octobre 2026. Une échéance qui reste, dans les faits, dépendante de l’absence de nouveaux rebondissements judiciaires, mais qui redonne de la visibilité à un projet longtemps qualifié d’« autoroute fantôme » par ses détracteurs.
Sur le terrain, la machine peut repartir : environ 1 000 ouvriers et quelque 320 engins de chantier sont attendus pour relancer le rythme. Pour les habitants et les usagers, l’enjeu est simple à résumer : soit l’A69 devient enfin une nouvelle liaison rapide entre Castres et Toulouse, soit le conflit se prolonge et continue de polariser le territoire. Dans tous les cas, le dossier A69 reste un symbole : celui de l’arbitrage, toujours explosif, entre mobilité, économie locale et protection de l’environnement.

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