
À Saint-Pierre-et-Miquelon, le décor automobile n’a rien de banal pour un territoire français. Ici, une grande partie du parc ressemble davantage à une carte postale venue d’Amérique du Nord : pick-up (souvent appelés localement « camionnettes »), grosses berlines, 4x4 typés marché nord-américain… Et ce n’est pas qu’une question de style. La fiscalité et les règles locales rendent ces choix bien plus accessibles qu’en France métropolitaine.
Ce territoire a un statut de COM (Collectivité d’outre-mer), comme Saint-Barthélémy ou Wallis-et-Futuna. Résultat : un cadre législatif particulier et une liberté administrative plus large que les DROM, souvent plus alignés sur les règles métropolitaines en matière de réglementation et de fiscalité. Et sur l’auto, ça change tout.
Vivre sur un archipel, ça implique des réalités très concrètes : coût de la vie boosté par les importations (avion, maritime), croissance économique faible voire nulle à cause d’une demande intérieure limitée… Côté automobile, l’archipel roule pourtant « grand format » : pick-up américains, hatchbacks et berlines pensées pour le marché nord-américain.
Si les habitants peuvent s’offrir des pick-up imposants, c’est aussi parce que le statut de collectivité permet d’échapper à une fiscalité lourde, qui rendrait l’achat de tels véhicules presque impossible en temps normal — et surtout en métropole.
L’importation de véhicules du marché nord-américain est facilitée par une réglementation plus souple qu’en métropole. En France métropolitaine, l’homologation peut être complexe pour des véhicules souvent jamais réellement commercialisés dans l’Union européenne. À Saint-Pierre-et-Miquelon, il suffit d’un passage rapide au bureau des mines de la DTAM pour obtenir le certificat nécessaire à l’immatriculation.
Et surtout, le tarif du cheval fiscal a de quoi faire rêver : 3,2 € le cheval fiscal, et 1,83 € pour les véhicules de plus de dix ans. En métropole, la moyenne dépasse 52 €, et certaines régions font encore plus.
Le Canada est présenté comme le marché privilégié pour les achats. Et sur l’île, les acheteurs de véhicules canadiens ne paient pas la TVA lors de la réception. En revanche, ils doivent régler des droits de douane de 33 % sur la valeur marchande du véhicule.
Avant, il existait un abattement possible (18 % au lieu de 33 %) dans un cas précis : si « la longueur de la benne était supérieure à la moitié de l’empattement ». Mais depuis la révision du code des douanes, tous les véhicules de tourisme sont taxés à 33 %.
En métropole, importer un véhicule (notamment américain) implique de payer des droits de douane et la TVA. À Saint-Pierre-et-Miquelon, le forfait à 33 % est présenté comme un niveau global comparable. Et depuis cette révision (33 % pour tous), il semblerait que les achats évoluent : les habitants se tourneraient plus massivement vers de petits véhicules plus compacts, car l’impact des 33 % est évidemment plus dur à encaisser sur un pick-up cher que sur une voiture plus traditionnelle.
Carte grise à tout petit prix, permis de conduire très abordable, droits de douane dans la moyenne… et surtout absence de malus CO2. Autre détail marquant : Saint-Pierre-et-Miquelon n’est même pas rattaché au fichier national des immatriculations (le SIV).
Sans cette particularité, l’archipel verrait probablement bien moins de Chevrolet Colorado ou de Toyota Tacoma à moteur V6. Ici, le code fiscal local prévaut sur celui de la métropole grâce au statut de collectivité.
Même si les taxes sur les véhicules importés sont désormais de 33,5 % pour tous les automobilistes, le pick-up garde de l’intérêt dans un territoire sans taxes liées aux émissions polluantes. Et il y a aussi le terrain : l’île connaît la neige et des conditions rudes, ce qui rend les véhicules surélevés et à transmission intégrale particulièrement utiles.
Ajoutez à ça des usages très concrets : l’espace dans la benne compte, notamment pour des besoins de bricolage et même maritimes. Sur un archipel, la logique du véhicule « outil » se comprend vite.
Saint-Pierre-et-Miquelon montre qu’un cadre administratif différent peut transformer totalement le paysage automobile : plus d’imports nord-américains, une immatriculation peu coûteuse, des règles plus souples… et un point clé, l’absence de malus CO2. Reste à voir comment ces équilibres évolueront avec les réformes et les arbitrages fiscaux à venir, entre contraintes locales et modèles nationaux.
3,2 € le cheval fiscal, et 1,83 € pour les véhicules de plus de dix ans.
33 % sur la valeur marchande du véhicule.
Non : Saint-Pierre-et-Miquelon ne taxe pas le malus CO2.

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