
En un an, l’industrie automobile mondiale a enregistré au moins 65 milliards de dollars de charges et dépréciations liées à ses programmes électriques. Stellantis, Ford, Volkswagen, Volvo, Honda ou encore General Motors ont révisé leurs ambitions. Le ralentissement américain a peut-être servi de déclencheur, mais le phénomène dépasse largement un seul marché. Plus qu’un « crash », c’est un recalibrage brutal d’une transition lancée à marche forcée.
Des révisions stratégiques ont généré au moins 65 milliards de dollars de pertes cumulées, en lien direct avec la transition électrique. Le chiffre ne traduit pas forcément un rejet de la voiture électrique : il met surtout en lumière des investissements lancés sur l’idée d’une croissance rapide et relativement uniforme du marché mondial… qui ne s’est pas matérialisée comme prévu.
Les sums annoncées touchent plusieurs groupes. Stellantis a communiqué 26 milliards de dollars de charges exceptionnelles liées à l’abandon de certains programmes électriques et à la réintroduction de motorisations thermiques ou hybrides sur plusieurs marchés. Ford a, de son côté, enregistré 19,5 milliards de dollars de dépréciations après avoir revu son projet de pick-up électrique. Volkswagen, Volvo, Polestar ou encore Honda ont aussi ajusté leurs investissements.
Le ralentissement américain — marqué par la réduction des incitations et l’évolution du cadre réglementaire, largement décidée par l’administration Trump — a accéléré certaines décisions. Mais il ne suffit pas à expliquer tout ce qui se joue.
En Europe, même si la trajectoire réglementaire apparaît plus stable, les volumes progressent moins vite qu’espéré et les industriels revoient le calendrier de certains modèles. En Chine, à l’inverse, l’électrique continue de gagner des parts de marché à un rythme soutenu.
Résultat : l’écart se creuse entre les régions. Les constructeurs doivent piloter des stratégies différenciées — électrique accéléré en Chine, hybride renforcé en Amérique du Nord, ajustements progressifs en Europe — et cette fragmentation finit par peser dans les comptes.
Au-delà des effets politiques, plusieurs analystes mettent en avant une surestimation collective de la vitesse d’adoption de l’électrique. Inspirés par la valorisation et la dynamique initiale de Tesla (depuis retombée), de nombreux groupes ont accéléré leurs plans produits.
Or le marché s’est révélé plus sensible que prévu à des freins bien identifiés : le prix, l’autonomie réelle et les infrastructures de recharge. Et là encore, l’intensité de ces freins varie selon les pays.
La conséquence est claire : la transition énergétique automobile ne suit pas une trajectoire rectiligne. Pour autant, l’électrification reste un objectif stratégique de long terme pour la plupart des constructeurs. Aucun grand groupe n’a annoncé d’abandon pur et simple. Mais l’épisode des 65 milliards de dollars souligne un risque central : le décalage entre ce que l’industrie prépare, ce que les États décident et ce que les clients achètent réellement.
Plutôt qu’un effondrement, ces pertes massives racontent surtout un atterrissage brutal : l’électrification continue, mais elle se réorganise, région par région, au rythme des contraintes économiques, politiques et des attentes réelles des conducteurs. La suite se jouera dans la capacité des constructeurs à aligner ambition industrielle, règles du jeu publiques et usages du quotidien — et à transformer ce retour au réel en trajectoire durable.
Au moins 65 milliards de dollars.
26 milliards de dollars.
Le prix, l’autonomie réelle et les infrastructures de recharge.

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