
Jusqu’où ira Elon Musk ? Tesla annonce un projet XXL : Terafab, une usine géante pensée pour produire des puces d’intelligence artificielle destinées à ses voitures autonomes — et, au passage, à son robot humanoïde Optimus. L’idée derrière le spectacle est très concrète : sécuriser l’accès aux processeurs capables de faire tourner la conduite autonome de nouvelle génération.
Tesla ne veut plus seulement concevoir ses puces : le constructeur veut aussi apprendre à les fabriquer à la chaîne. Terafab est annoncée comme une méga-usine de semi-conducteurs aux États-Unis, avec une ambition qui frappe fort : 100 à 200 milliards de puces par an pour alimenter ses voitures et son écosystème (dont Optimus).
Depuis des mois, les signes s’accumulent : Tesla se retrouve coincée dans la file d’attente des fondeurs asiatiques. Entre l’explosion de la demande liée à l’IA et les priorités accordées à des clients comme Apple, NVIDIA ou AMD, les délais de production se sont allongés et Tesla en subit directement les effets.
Et Tesla ne parle plus de « quelques calculateurs » par voiture. Le constructeur a déjà conçu plusieurs générations de puces maison pour sa conduite assistée, et prépare la cinquième génération, AI5, conçue pour faire tourner des réseaux neuronaux plus lourds, aussi bien dans ses futures voitures que dans Optimus. Résultat : les besoins se comptent en millions de processeurs par an. Même en imaginant les meilleurs scénarios chez TSMC ou Samsung, Musk finit par juger que ce ne sera pas suffisant.
C’est dans ce contexte que naît Terafab : une usine encore plus ambitieuse que les gigafactories de batteries, mais cette fois orientée silicium. L’investissement annoncé est d’environ 25 milliards de dollars pour une première phase à Giga Texas.
Au centre du projet, il y a une puce : AI5, présentée comme le futur cerveau des Tesla autonomes. Face au calculateur actuel (Hardware 4), Tesla vise une hausse de puissance de 4 à 5 fois, pour atteindre environ 2 000 à 2 500 TOPS (tera-opérations par seconde), un indicateur courant pour mesurer la capacité de calcul dédiée à l’IA.
Pourquoi viser si haut ? Parce que faire passer une voiture autonome dans un carrefour complexe sans toucher au volant demande de traiter en direct : les flux vidéo de toutes les caméras, les données de capteurs, les prédictions de trajectoire et les décisions de conduite, avec une marge de sécurité suffisante pour limiter les erreurs. Des modèles de vision et de planification toujours plus gros demandent du silicium plus dense.
Terafab est décrite comme capable de produire à la fois des puces AI5 et des composants mémoire, avec une gravure en 2 nanomètres jugée indispensable pour limiter la consommation et la chaleur. Des premières petites séries sont évoquées pour fin 2026, avec une montée en cadence à partir de 2027 — un calendrier très agressif dans une industrie où il faut souvent 5 à 7 ans entre l’annonce d’une usine et une production de masse vraiment fiable.
Là où Musk prend l’industrie à contre-pied, c’est en bousculant un pilier des fonderies : la salle blanche. Normalement, ces espaces ultra-contrôlés limitent la poussière, régulent température, humidité et pression, et imposent des procédures strictes. Construire et maintenir tout ça coûte des centaines de millions, mais reste considéré comme incontournable pour graver en 2 ou 3 nm.
Musk évoque au contraire une production plus « ouverte » : seules les enceintes de transport des galettes de silicium seraient hermétiques, le reste de l’usine étant moins contraint. Il a même plaisanté sur des employés en tenue normale, capables de manger un cheeseburger au milieu de l’usine. Les spécialistes, eux, voient surtout le risque : au moindre défaut de confinement, une série entière de galettes valant plusieurs millions de dollars pourrait finir à la poubelle.
Un scénario alternatif circule : Terafab pourrait ne pas viser la gravure la plus fine sur toute la chaîne, et se concentrer sur le packaging avancé, l’intégration de composants et une partie de la mémoire, en laissant à des acteurs comme TSMC ou Intel Foundry la fabrication des parties les plus sensibles. Dans cette version, les volumes annoncés (100 à 200 milliards de puces par an) deviendraient plus crédibles, mais Terafab s’éloignerait de l’image d’une fonderie rivalisant frontalement avec les géants asiatiques sur le cœur du processeur.
Dans les faits, Tesla ne coupe pas du jour au lendemain avec ses partenaires. Le constructeur s’appuie déjà sur TSMC et Samsung pour ses puces actuelles, et ces relations ne disparaîtront pas immédiatement. Les délais de construction et de montée en cadence de Terafab impliquent de continuer à produire une partie des volumes chez ces fondeurs, pour éviter une pénurie qui bloquerait les livraisons.
En parallèle, Musk laisse entendre un montage hybride : plutôt que de tout bâtir seul, Tesla pourrait investir dans des lignes dédiées chez Intel Foundry ou TSMC, en échange de capacités réservées sur le long terme. Intel, en difficulté sur son activité fonderie, pourrait voir dans Tesla un client américain stratégique. De son côté, TSMC a déjà indiqué être ouvert à des réservations de capacités futures pour ses gros partenaires.
Pour Tesla, l’intérêt est double : sécuriser une partie de l’approvisionnement en restant ancrée aux États-Unis — un argument géopolitique fort alors que Washington cherche à relocaliser une partie de la chaîne des semi-conducteurs — tout en évitant de porter seule une montée en compétences industrielle qui se compte en dix à quinze ans.
Derrière Terafab, il y a une ambition assumée : faire de Tesla une entreprise d’IA autant qu’un constructeur automobile, maîtrisant ses données, ses « cerveaux » électroniques et — potentiellement — les usines capables de les produire.
Le projet s’inscrit aussi dans une toile de fond plus large : la dépendance massive des États-Unis aux puces fabriquées à Taïwan et en Corée, alors qu’une crise dans le détroit de Taïwan pourrait enrayer une partie importante de l’industrie technologique mondiale.
Si Terafab tient ses promesses, Tesla pourrait devenir le premier constructeur auto à posséder à la fois ses centres de calcul d’entraînement, ses puces embarquées et une capacité de fabrication. Mais les obstacles sont à la hauteur du rêve : coûts, complexité technique de la gravure, scepticisme d’une industrie habituée à des cycles longs, et risque de dispersion entre voitures, superchargeurs, robotaxis, robots humanoïdes et centres de données.
Terafab ressemble à un coup de poker industriel : sécuriser des puces au cœur de la conduite autonome tout en cherchant à redessiner la chaîne de valeur. Si Tesla réussit, le constructeur pourrait verrouiller un avantage stratégique rare dans l’automobile moderne. Et si l’histoire le prouve une fois de plus, c’est que dans la course à l’IA embarquée, ceux qui contrôlent le silicium contrôlent souvent la suite.
Environ 25 milliards de dollars sont annoncés pour une première phase à Giga Texas.
100 à 200 milliards de puces par an sont évoqués pour alimenter les voitures Tesla et le robot Optimus.
Entre 2 000 et 2 500 TOPS, avec un saut annoncé de 4 à 5 fois par rapport au calculateur actuel (Hardware 4).

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