
Stellantis traverse une séquence particulièrement délicate, et ce contexte donne un relief tout particulier à la rémunération de son nouveau directeur général, Antonio Filosa. Pour l’exercice 2025, le groupe affiche une perte nette de 22,3 milliards d’euros, dont 25,4 milliards d’euros de charges exceptionnelles liées à un vaste « reset » stratégique.
En clair, Stellantis assume un changement de cap majeur : le groupe reconnaît avoir surestimé le rythme de la transition énergétique et remet en avant la « liberté de choix », c’est-à-dire une offre multi-énergie censée coller davantage aux réalités commerciales. Cela se traduit notamment par une relance des motorisations thermiques en Amérique du Nord et le retour de modèles que beaucoup pensaient condamnés. L’idée est nette : tourner la page de l’ère Carlos Tavares.
Dans ce climat, l’annonce de la rémunération 2025 d’Antonio Filosa prend une dimension hautement symbolique. Arrivé à la tête du groupe en juin 2025 après avoir dirigé les opérations en Amérique du Nord, il a perçu 5,4 millions d’euros au titre de l’année.
Point important : ce montant correspond à sa rémunération totale 2025, toutes fonctions confondues au sein du groupe. Autrement dit, ce n’est pas une année complète en tant que directeur général. Sur le papier, c’est environ deux fois moins que son prédécesseur… mais la comparaison doit être maniée avec prudence, justement parce qu’il s’agit d’une année partielle.
Les rémunérations de Carlos Tavares avaient régulièrement suscité des réactions. Il avait perçu 11,4 millions d’euros pour l’année 2024, sans compter les éléments exceptionnels liés à son départ.
La question de son « dernier chèque » — pouvant atteindre environ 34 millions d’euros en cumulant rémunération annuelle, primes et indemnités — avait d’ailleurs déclenché de vives critiques chez certains investisseurs. Dans ce décor, la baisse affichée en 2025 par le nouveau PDG ressemble à une rupture. Mais sur une base qui, en réalité, n’est pas encore totalement comparable.
La photo 2025 donne l’impression d’un changement de style : salaire fixe inférieur à celui de la période précédente, enveloppe globale plus contenue, et donc un message de « nouveau départ » qui peut être bien reçu à la fois par les marchés et par les salariés.
Mais il ne faut pas se tromper de lecture : l’architecture du package reste fortement indexée sur la performance. Le plan validé pour Antonio Filosa prévoit des bonus annuels pouvant atteindre jusqu’à 400 % du salaire fixe, ainsi que des attributions d’actions de performance à long terme. S’ajoutent aussi des éléments spécifiques liés à la prise de fonctions.
En clair : le modèle n’est pas renversé, il peut surtout être plus étalé dans le temps. L’exercice 2025 ressemble à une phase de transition. Si les objectifs sont atteints au maximum, la rémunération pourrait vite dépasser ce niveau observé sur cette première année hybride.
Pour juger vraiment, le bon horizon est plutôt le moyen terme. Il avait déjà été annoncé qu’à partir de 2028, la rémunération annuelle d’Antonio Filosa pourrait atteindre jusqu’à 23 millions de dollars, bonus compris. À ce niveau, on revient sur des standards proches de ceux des grands patrons de l’automobile mondiale.
Reste que le virage stratégique n’en est qu’à ses débuts. Un Investor Day prévu en mai 2026 doit préciser la feuille de route. Et au fond, la question dépasse la polémique du montant 2025 : si la stratégie de « liberté de choix » restaure la rentabilité et la génération de trésorerie, la montée en puissance des bonus apparaîtra cohérente avec la performance. À l’inverse, la période précédente rappelle que des rémunérations élevées peuvent perdurer même quand les comptes basculent dans le rouge.
Avec 5,4 M€ en 2025, Antonio Filosa ouvre une page plus sobre en apparence, dans un groupe qui tente de se réinventer après un « reset » stratégique massif. Mais le vrai test se jouera dans la durée : si Stellantis redresse ses résultats, les bonus pourraient rapidement faire exploser les compteurs. La suite dépendra d’un équilibre simple — tenir les promesses industrielles, et prouver que la « liberté de choix » peut aussi rimer avec performance durable.
5,4 millions d’euros.
22,3 milliards d’euros.
Jusqu’à 23 millions de dollars, bonus compris.

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