
À Rome, le ton monte contre le Green Deal européen. Le ministre italien des Entreprises, Adolfo Urso, a publiquement relié la crise de Stellantis à la stratégie d’électrification menée sous Carlos Tavares, ainsi qu’à des objectifs européens jugés trop contraignants. En toile de fond, l’Italie veut rouvrir le débat sur les règles de l’électrification à l’horizon 2035, au nom de la “neutralité technologique”.
Interrogé à la Chambre des députés sur la situation de Stellantis, Adolfo Urso n’a pas limité ses réponses à la conjoncture ou aux tensions du marché. Il a directement rattaché les difficultés du groupe à la trajectoire industrielle suivie ces dernières années — avec Carlos Tavares clairement dans le viseur.
Pour le ministre, la stratégie engagée sous la direction de Carlos Tavares, jugée trop tournée vers le 100 % électrique, aurait contribué aux pertes enregistrées par le constructeur. Le message est limpide : au-delà de l’entreprise, c’est aussi le cadre européen et les objectifs du Green Deal qui sont pointés comme un facteur aggravant.
En visant publiquement l’ancienne direction et en dénonçant une approche perçue comme idéologique, Rome transforme un débat industriel en bras de fer politique. L’idée sous-jacente est claire : si les résultats ne sont pas au rendez-vous, c’est aussi parce que certaines décisions stratégiques auraient été poussées par des règles européennes considérées comme trop rigides. De quoi, au passage, donner du crédit à une nouvelle phase de pilotage chez Stellantis et préparer une demande de révision des règles.
Le mot d’ordre mis en avant par le gouvernement italien tient en une expression : “neutralité technologique”. Concrètement, l’Italie défend l’idée de ne pas tout miser sur le véhicule 100 % électrique, et de conserver une place pour les hybrides ainsi que pour des motorisations thermiques dites avancées.
Rome appelle à revoir des objectifs européens, notamment ceux liés aux flottes et aux véhicules lourds, et insiste sur la nécessité d’une plus grande flexibilité. Le sujet dépasse donc largement Stellantis : il touche au calendrier de sortie du thermique fixé à 2035 et à l’équilibre délicat entre ambition climatique et compétitivité industrielle.
Cette ligne rappelle des tensions déjà vues ailleurs en Europe, notamment autour des carburants synthétiques. Mais ici, la différence est de taille : la position n’est plus portée en filigrane, elle est assumée frontalement par un État membre majeur.
Ces déclarations arrivent à l’approche d’un sommet européen sur la compétitivité, et dans une séquence où Stellantis est attendu sur sa feuille de route industrielle. Le groupe, de son côté, semble chercher un ajustement : continuer l’électrification sans l’assumer comme unique horizon, en rééquilibrant son offre vers les hybrides et certains marchés plus favorables au thermique.
Autre élément de contexte : la nouvelle direction, sous la houlette d’Antonio Filosa, veut tourner la page des choix précédents. Reste une question centrale, qui dépasse les jeux de posture : est-ce une remise en cause profonde du cap 2035, ou une manière de gagner du temps et de la souplesse réglementaire ?
Au fond, le dossier Stellantis devient un symbole : celui d’une stratégie européenne qui doit tenir ensemble deux impératifs parfois difficiles à faire cohabiter — la trajectoire climatique et les réalités industrielles.
En dénonçant une électrification jugée trop rigide et en remettant sur la table la “neutralité technologique”, l’Italie force un débat que l’Europe ne pourra pas éternellement contourner. Les prochains arbitrages diront si l’UE resserre le cadre, ou si elle accepte davantage de flexibilité. Une chose est sûre : la transition automobile ne se jouera pas uniquement sur la technologie, mais aussi sur la capacité politique à garder tout le monde dans la même direction.
Adolfo Urso, ministre italien des Entreprises, a publiquement imputé la crise de Stellantis à la stratégie électrique impulsée sous Carlos Tavares.
La “neutralité technologique” consiste à ne pas privilégier exclusivement le véhicule 100 % électrique, et à laisser une place aux hybrides et aux motorisations thermiques dites avancées.
Rome appelle à une révision des objectifs européens, notamment ceux liés aux flottes et aux véhicules lourds, et évoque la nécessité d’une plus grande flexibilité.

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