
À première vue, une voiture à trois roues, c’est le genre d’idée qui paraît bancale… au sens propre. On s’attendrait à ce que ce marché ne survive plus qu’à travers quelques scooters et engins ultra spécifiques. Et pourtant, certains constructeurs remettent le concept sur la table, en jouant à fond la carte de la maniabilité et du format compact.
Mais au-delà du discours, une question mérite d’être posée : pourquoi s’acharner à faire des véhicules potentiellement moins stables, alors que l’ajout d’une quatrième roue semble régler le problème depuis toujours ? Pour comprendre, il faut remonter aux origines, puis passer par l’Europe de l’après-guerre, où le “trois roues” a souvent été une réponse pragmatique à des contraintes très concrètes.
Un petit utilitaire qui récolte du capital sympathie avant même d’être commercialisé, ce n’est pas si courant. C’est pourtant ce qui arrive au Fiat Tris, annoncé pour une commercialisation début 2027. Son charme tient beaucoup à son look néo-rétro… mais surtout à un détail qui change tout : il n’a que trois roues, avec une roue à l’avant et deux à l’arrière.
Sur le papier, cette configuration n’offre pas d’avantage évident face à une voiture “classique” à quatre roues, et elle peut même faire tiquer côté stabilité. L’argumentaire met plutôt en avant un mélange entre vélo-cargo et utilitaire traditionnel : grande maniabilité, encombrement réduit et capacité d’emport annoncée comme intéressante.
La surprise, c’est que le tout premier véhicule de ce genre n’est pas un concept marginal : il s’agit de la Benz Patent-Motorwagen de 1885, souvent considérée comme la première véritable voiture de l’histoire. À cette époque, l’automobile est encore en phase de naissance, et les quatre roues ne sont pas une norme universelle.
Avec une vitesse de pointe de 16 km/h, l’architecture à trois roues ne révèle pas encore franchement ses limites. Le vrai boom viendra plus tard, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec des approches très différentes selon les pays.
En Italie, Piaggio présente son premier Ape en 1946, en même temps que la Vespa. Au départ, le concept est très simple : un scooter utilitaire. Et pour stabiliser le plateau arrière, l’engin adopte deux roues à l’arrière.
L’objectif est limpide : proposer l’utilitaire le moins cher possible, face à des modèles traditionnels devenus inaccessibles pour une partie de la population d’après-guerre. Longtemps, l’Ape conserve des éléments issus du monde du scooter (moteurs, direction via un guidon). Mais petit à petit, il se rapproche de l’automobile. Le signe le plus marquant de cette évolution ? L’arrivée d’une cabine fermée.
Dans les années 80, l’Ape continue de s’éloigner de ses principes d’origine avec, en option, un moteur diesel et un volant sur la version TM. Plus volumineuse, cette déclinaison ne garde finalement de son “cousin” à deux roues qu’un point essentiel : une praticité redoutable. Résultat, l’Ape devient un outil apprécié des artisans en centre-ville et de certains services municipaux, notamment grâce à sa maniabilité. L’engin connaîtra aussi une carrière spectaculaire en Inde, où il sera massivement utilisé comme taxi : les fameux tuk-tuks.
Le Royaume-Uni développe sa propre vision du trois-roues avec Reliant. La marque, fondée en 1935, se spécialise immédiatement dans ce format. Et contrairement à l’image du petit véhicule urbain, les premiers Reliant sont des utilitaires plutôt imposants, avec un poids en charge pouvant atteindre 4 tonnes. À ce stade, on est encore sur des machines à mi-chemin entre moto et automobile.
Il faut attendre l’après-guerre pour voir apparaître de “vraies” voitures à trois roues. La première est la Regal, commercialisée de 1953 à 1973. Selon les versions, son style rappelle fortement celui d’une Ford Anglia, très connue au Royaume-Uni dans les années 60.
La Regal apporte aussi l’usage de matériaux comme l’aluminium ou la fibre de verre sur une voiture accessible au grand public. Mais le point le plus intéressant est ailleurs : techniquement, ce n’est pas vraiment une voiture dans le sens administratif. Avec une roue en moins et un poids inférieur à 450 kg, elle peut être considérée comme une moto. À la clé : la possibilité de la conduire avec un permis A, moins cher que le permis auto, et d’éviter certaines taxes associées à la circulation automobile.
La Regal sera suivie par la Reliant Robin et la Bond Bug, une variante sportive.
À partir des années 90, ces voitures à trois roues tombent en désuétude face aux voitures conventionnelles, supérieures sur tous les plans. Mais elles gagnent une seconde vie dans la culture populaire grâce à une émission très connue : Top Gear. On y voit Jeremy Clarkson se moquer de leur stabilité en retournant une Robin à chaque virage — une voiture modifiée pour être encore moins stable que le modèle d’origine.
La France a aussi tenté l’aventure, avec la confidentielle marque Poirier. Ici, la logique change totalement : l’objectif est de concevoir des véhicules adaptés aux handicapés de guerre.
Les véhicules Poirier sont plus sommaires que les Reliant ou les Ape. Ils peuvent se limiter à un châssis tubulaire avec une chaise et un moteur de mobylette Motobécane. D’autres versions, un peu plus “cossues”, utilisent un châssis en tôle emboutie et un moteur Ydral 125 cm³ deux temps, notamment sur les modèles Monoto XW5, XW6 et XW7. Malgré ces variantes, la production reste ultra limitée et la marque disparaît à l’orée des années 70.
Les véhicules à trois roues ne sont pas nés d’un caprice : ils ont souvent été une réponse directe à une contrainte — coût, fiscalité, accessibilité, usage urbain ou besoins spécifiques. Et même si les limites de stabilité font partie de leur légende, leur histoire montre surtout une chose : l’innovation surgit parfois quand on enlève une roue au lieu d’en ajouter une.
Avec le retour de micro-utilitaires, l’idée pourrait bien continuer à évoluer — et surprendre encore, là où on ne l’attend pas.
Le Fiat Tris possède trois roues : une à l’avant et deux à l’arrière.
La Benz Patent-Motorwagen de 1885 est régulièrement considérée comme la première véritable voiture de l’histoire.
La Reliant Regal pouvait être considérée comme une moto grâce à sa roue en moins et à son poids contenu (moins de 450 kg), ce qui permettait notamment de la conduire avec un permis A et d’éviter certaines taxes.

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