
Confronté à des surcapacités industrielles et à une situation financière délicate, Nissan envisage de produire dans son usine britannique de Sunderland des véhicules pour le compte du constructeur chinois Chery. Si l’accord se concrétise, il illustrera à la fois l’offensive des marques chinoises en Europe et la réalité, plus brute, d’une industrie où certains constructeurs historiques doivent rentabiliser leurs sites en s’alliant avec des concurrents devenus incontournables.
Le groupe Chery, tout juste arrivé en France avec ses marques Omoda et Jaecoo, affiche déjà des volumes de vente marquants au Royaume-Uni. Et l’étape suivante pourrait être encore plus symbolique : construire des voitures directement outre-Manche.
Nissan évoque en effet un « protocole d’accord non contraignant » pour étudier un contrat de fabrication qui permettrait à Nissan de produire, dans cette usine, des voitures pour le compte du constructeur chinois. Le constructeur japonais insiste sur un point : l’usine de Sunderland resterait entièrement la propriété de Nissan, et les équipes du site resteraient employées par Nissan. Autrement dit, il ne s’agit pas de céder le lieu, mais de l’utiliser autrement.
Si ce projet avance, l’intérêt pour Chery est évident : produire sur place permettrait de s’affranchir des droits d’importation qui frappent les produits chinois en Europe, jusqu’à 38 %. En fabriquant à Sunderland, Chery n’aurait plus qu’à s’acquitter des droits de douane « classiques » entre l’Angleterre et le Vieux Continent, et pourrait ainsi poursuivre son développement en Europe à moindre frais.
La logique ne se limite pas à Chery. D’autres groupes chinois cherchent à produire directement en Europe, mais tout le monde ne choisit pas la même stratégie.
MG, par exemple, doit produire des voitures électriques en Espagne, tandis que BYD a décidé de son côté d’implanter une usine en Hongrie. Eux misent sur des investissements lourds avec leurs propres sites. À l’inverse, certains jugent ces projets trop coûteux et préfèrent utiliser des usines existantes via des partenariats avec des marques déjà implantées.
Pour Nissan, dont la situation économique n’est pas bonne, un accord avec Chery aurait une vertu immédiate : faire tourner l’usine anglaise à plein régime, avec du cash à la clé.
Dans l’industrie auto européenne, le contexte est tendu. Le ralentissement brutal du marché depuis 2019 a obligé les constructeurs « locaux » à s’adapter. Avec des usines en surcapacité, ils doivent désormais composer avec une guerre des prix portée par les fabricants chinois.
Problème : ces partenariats reviennent aussi à aider des concurrents qui participent, en partie, à leurs difficultés actuelles. Une dynamique paradoxale, presque circulaire. Pour les marques chinoises, en revanche, ces alliances sont une opportunité : freinées par une demande intérieure trop faible et une concurrence féroce sur leur marché domestique, elles doivent aussi écouler une part de leur production en Europe.
Ce mouvement n’a rien d’un cas isolé. Chery avait déjà repris en 2023, à Barcelone, une ancienne usine de Nissan, avec l’objectif d’y produire 200 000 véhicules par an. Nissan a également cédé à Chery son usine sud-africaine de Rosslyn, près de Pretoria.
Et la liste des industriels tentés par ce genre d’arrangements s’allonge. Stellantis a annoncé vouloir partager avec des partenaires chinois ses usines espagnoles de Madrid et Saragosse, ainsi que son usine française de Rennes — des sites décrits comme sous-utilisés. D’autres constructeurs, comme Ford ou Volkswagen, envisagent aussi des solutions similaires.
Entre la pression des coûts, les usines qui tournent au ralenti et l’ascension fulgurante des constructeurs chinois, l’automobile européenne entre dans une phase de recomposition. Si Nissan et Chery vont au bout, Sunderland pourrait devenir le symbole d’un nouveau modèle : produire localement, parfois même pour un concurrent, afin de survivre et d’avancer. Et si l’avenir de l’auto en Europe passait moins par des frontières que par des alliances inattendues ?
Nissan évoque un « protocole d’accord non contraignant » afin d’étudier un contrat de fabrication permettant à Nissan de produire dans son usine de Sunderland des voitures pour le compte de Chery.
La production est envisagée dès l’exercice 2027.
Les droits d’importation mentionnés peuvent aller jusqu’à 38 %.

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