
Ford enterre discrètement l’un de ses paris les plus ambitieux dans l’électrique. En intégrant sa division Model e au cœur de son appareil industriel et en actant le départ de Doug Field (passé par Tesla et Apple), le constructeur américain rebat ses cartes. Et derrière cette décision, une idée s’impose : dans l’auto, la technologie seule ne suffit plus. La concurrence asiatique est si forte que produire vite et rentable redevient la vraie bataille.
En démantelant Model e et en confirmant le départ de Doug Field, Ford redéfinit brutalement sa stratégie : moins de “Silicon Valley”, plus d’industrie.
Quand Ford recrute Doug Field en 2021, le plan paraît limpide : pour rattraper Tesla, il faut en adopter les codes. L’ancien responsable du programme automobile chez Apple devient le symbole d’une transformation profonde, presque culturelle.
Deux ans plus tard, cette vision se matérialise avec Model e : une entité séparée du reste du groupe, dédiée à l’électrique, au logiciel et à l’expérience utilisateur. L’ambition est de fonctionner comme une start-up, libérée des lourdeurs d’un constructeur centenaire, afin d’accélérer et d’aller vite.
Dans les faits, cette organisation a tout de même produit des résultats concrets. Ford a lancé une nouvelle plateforme électrique universelle, baptisée Universal EV Platform. L’objectif : une architecture “low-cost” pour des véhicules sous les 40 000 dollars, avec une arrivée prévue en 2027 à l’usine Louisville Assembly, notamment autour d’un pick-up annoncé aux environs de 30 000 dollars.
Lors du CES de Vegas 2026, Doug Field a aussi dévoilé BlueCruise de niveau 3. L’idée : proposer une conduite autonome capable de rivaliser avec le FSD de Tesla.
Mais l’expérience Model e a surtout mis en lumière une limite classique : concevoir un véhicule électrique performant est une chose ; le produire à grande échelle, avec des coûts maîtrisés, en est une autre. L’entité, structurellement déficitaire, disparaît purement et simplement. Et Doug Field s’en va, sans être remplacé.
En fusionnant les équipes électriques, design et logiciel avec le système industriel global (production, logistique et ingénierie), Ford remet l’exécution au centre du jeu. Le contexte est tendu : les livraisons ralentissent sur certains marchés, les subventions reculent, et les marges sur l’électrique restent fragiles.
Le groupe vise désormais 8 % de marge opérationnelle d’ici 2029 au global, contre environ 5,8 % aujourd’hui. Jim Farley présente cette restructuration comme « l’aboutissement d’années de progrès pour un Ford moderne : une organisation talentueuse et unifiée, capable de produire en masse des véhicules définis par logiciel, avec une propulsion au choix, des expériences numériques distinctives et personnalisées qui s’enrichissent au fil du temps ».
Dans les faits, ce virage ferme un chapitre douloureux. Ford a annulé le F-150 Lightning électrique initial, au profit d’un modèle hybride à prolongateur d’autonomie. Le constructeur a aussi supprimé un SUV électrique trois rangs de sa feuille de route, et réduit les effectifs de Model e à l’usine Rouge.
Pour autant, Ford maintient que l’électrique reste central dans ses priorités : 80 % de la gamme en Amérique du Nord et 70 % au niveau mondial seront renouvelés en volume d’ici 2029. Le plan inclut notamment le prochain F-150 et la gamme F-Series Super Duty. Et l’électrification doit s’étendre largement : 90 % des modèles mondiaux de la marque proposeront des motorisations électrifiées d’ici 2030.
En supprimant Model e et en réintégrant l’électrique dans sa machine industrielle, Ford acte un changement de philosophie : l’innovation doit maintenant passer l’épreuve du réel, celle des coûts, des volumes et des marges. Le défi est clair : continuer à avancer vite sur le logiciel et l’électrification, tout en gagnant la bataille de la fabrication. La suite dira qui, dans cette nouvelle course mondiale, saura transformer les bonnes idées en succès produits à grande échelle.
Ford démantèle sa division Model e et fusionne les équipes électriques, design et logiciel avec l’ensemble du système industriel global (production, logistique et ingénierie).
Ford vise 8 % de marge opérationnelle d’ici 2029 au global, contre environ 5,8 % aujourd’hui.
Ford a annulé le F-150 Lightning électrique initial au profit d’un modèle hybride à prolongateur d’autonomie.

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