
Quand on parle de mélange des genres en automobile, on pense facilement au SUV façon coupé. Sauf qu’avant l’ère où ce type de carrosserie s’est imposé, les rois du marché s’appelaient plutôt… monospaces. Et dans les années 90-2000, on a osé des croisements beaucoup plus inattendus : des monospaces transformés en coupés, cabriolets, pseudo baroudeurs ou même versions sportives.
Petit tour d’horizon de ces expérimentations qui ont marqué leur époque — et dont certaines semblent aujourd’hui presque irréelles.
Créer un modèle décalé, à mi-chemin entre auto familiale et objet chic : l’idée était séduisante. Dans les faits, le Renault Avantime n’a convaincu que 8 552 acheteurs entre 2001 et 2003.
Le point de départ, c’est un Espace 3 — un vrai monospace à l’époque. Et là où le monospace vise la praticité (parfois au détriment du style), le coupé, lui, fait l’inverse : priorité à l’élégance et au dynamisme, quitte à sacrifier l’aspect pratique. Le défi était donc de réunir les qualités des deux dans un produit se voulant chic et décalé.
Le résultat : un monospace à seulement trois portes, sans montant central, et avec les motorisations les plus performantes de l’Espace : V6 3.0 de 210 ch, puis un 2.0 L turbo de 165 ch et un diesel de 150 ch. Trop en décalage avec les attentes d’une clientèle jugée exigeante et conservatrice, la recette ne prendra pas. Mais ce « coupéspace » unique a fini par retrouver des adeptes, notamment en collection.
Les années 2000 aiment les mélanges. Les clients aussi : monospaces, néo-rétro et cabriolets font partie des tendances, alors Chrysler décide de tout assembler.
Déjà lors de sa présentation au salon de Détroit en 1999, le Chrysler PT Cruiser surprend et divise. Le modèle « classique » est un monospace inspiré d’autos des années 1930-40 : un choix esthétique fort. Quand le cabriolet arrive en 2004, les réactions sont encore plus partagées — et il faut bien reconnaître qu’il reste une curiosité : le seul monospace néo-rétro cabriolet.
Principalement destiné à l’Amérique du Nord, l’ensemble de la gamme va tout de même franchir le million d’exemplaires, toutes versions confondues. Les chiffres spécifiques du cabriolet, eux, ne sont pas communiqués. En France, près de 20 000 PT Cruiser trouvent preneur, majoritairement en version diesel et fermée, jugée plus rationnelle que le cabriolet, disponible uniquement en essence.
Si aujourd’hui le SUV est souvent le choix « logique » des familles, à l’époque c’est le monospace qui domine. Problème : pour les escapades hors bitume, beaucoup se tournent vers des 4x4 rustiques. Renault tente donc une synthèse : une voiture confortable et pratique comme un monospace, mais plus compétente façon tout-terrain.
Le Scenic RX4 ne se contente pas de protections en plastique et d’une garde au sol rehaussée. Oui, ces éléments sont présents, mais surtout : le monospace initialement traction devient un 4x4 permanent grâce à l’aide de Steyr-Puch (une société autrichienne ayant aussi participé au développement du Mercedes Classe G). Boîte de vitesses, arbre de transmission et pont arrière sont spécifiques et viennent de cette collaboration.
Pour accentuer le look baroudeur — et faute de place sous la voiture — la roue de secours migre sur le hayon, lui aussi spécifique. L’expérience ne sera pas renouvelée, même si elle inspirera Seat avec l’Altea Freetrack.
Au pic de popularité des monospaces, il est encore courant de décliner des modèles « normaux » en versions hautes performances. Résultat : beaucoup de véhicules familiaux reçoivent des moteurs plus généreux que les diesels quatre cylindres de base.
Dans les années 90, les Espace V6 et Volkswagen Sharan VR6 ouvrent la voie, sans être de vraies machines dynamiques. Opel, de son côté, va aller plus loin. Le Zafira marque déjà des points en proposant un format compact tout en offrant sept places, ce qu’un Scenic ne propose pas en 1999.
Et pour une raison difficile à expliquer, Opel confie le Zafira au département OPC. En 2001 naît un monospace survitaminé : jantes de 17 pouces, éléments de carrosserie plus agressifs, teintes bleues vives… et surtout un 2.0 turbo de 192 ch, capable de passer de 0 à 100 km/h en 8,2 s. Opel réitère sur la deuxième génération, cette fois avec 240 ch.
Et comme si ce n’était pas assez improbable, le minispace Meriva a lui aussi droit à sa déclinaison entre 2006 et 2009 : 180 ch pour un véhicule urbain monocorps, à l’opposé de toute idée de sportivité. Là encore, le public ne suit pas. De toute façon, le marché est déjà en train de basculer vers les SUV, avec l’arrivée de modèles comme les Toyota RAV4 et Nissan Qashqai.
En quelques années, le monospace a tout tenté : séduire les amateurs de style, de performance, d’évasion, parfois en cumulant plusieurs promesses dans une seule voiture. Beaucoup de ces essais n’ont pas été des succès massifs, mais ils racontent une époque où les constructeurs osaient encore des paris franchement inattendus.
Et si ces mélanges de genres reviennent un jour sous une autre forme, ils risquent bien d’être encore plus surprenants — parce que l’automobile, quand elle se lâche, n’aime pas les cases.
8 552 acheteurs ont acheté le Renault Avantime entre 2001 et 2003.
Le Renault Avantime proposait le V6 3.0 de 210 ch, puis un 2.0 L turbo de 165 ch et un diesel de 150 ch.
L’Opel Zafira OPC avec le 2.0 turbo de 192 ch passe de 0 à 100 km/h en 8,2 s.

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