Aston Martin annonce la suppression de 20 % de ses effectifs, soit environ 600 postes. Officiellement, le constructeur explique cette décision par l’impact des droits de douane américains et chinois sur ses résultats. Mais derrière cet argument, une réalité plus large se dessine : ventes en recul, dette lourde et restructurations à répétition. Bref, même le très haut de gamme traverse des turbulences industrielles.
Tout le monde ne vit pas la même dynamique dans le luxe automobile. Aston Martin affiche une perte nette en hausse de 52 %, à 493,2 millions de livres (environ 566 millions d’euros). Dans le même temps, le chiffre d’affaires recule de 21 % à 1,26 milliard de livres, et les volumes chutent de 10 %, à 5 448 voitures.
Pour expliquer cette séquence, la marque pointe notamment les droits de douane aux États-Unis et en Chine. Le système américain de quotas, qualifié d’« extrêmement perturbateur », a même conduit Aston Martin à limiter temporairement ses exportations vers les États-Unis, qui fait partie de ses plus gros marchés.
Un accord commercial a ensuite abaissé les taxes de 27,5 % à 10 %. Mais ces taxes restent encadrées par un plafond global de 100 000 véhicules par an pour l’ensemble des constructeurs britanniques. Et, côté Chine, la demande est décrite comme « extrêmement modérée ». Résultat : deux marchés clés sous pression en même temps.
Les difficultés d’Aston Martin ne commencent pas avec les difficultés commerciales récentes. Depuis son introduction en Bourse en 2018, la marque enchaîne les levées de fonds, les restructurations et les plans d’économies. Des postes avaient déjà été supprimés.
Autre signal fort : la marque a annoncé la vente de sa participation dans l’écurie de Formule 1 qui porte son nom, afin de renforcer sa trésorerie. Et son plan d’investissement sur cinq ans a été réduit de 2 milliards à 1,7 milliard de livres.
La dette atteint désormais 1,38 milliard de livres. Malgré des injections de capitaux répétées, le groupe continue d’anticiper des sorties de trésorerie en 2026. Autrement dit : les droits de douane ont aggravé la situation, mais ils ne l’ont pas créée.
Parallèlement, l’actualité produit reste dense : la marque a présenté la DB12 S, la Vantage S, un Roadster restylé, la Vanquish Volante et le DBX S. Le message est clair : Aston Martin continue d’investir dans sa gamme. Mais alimenter ce rythme coûte cher, surtout quand les volumes baissent et que la trésorerie reste sous tension.
Le très haut de gamme est souvent présenté comme un segment résilient : clientèle aisée, marges élevées, volumes limités. Sur le papier, ça amortit mieux les chocs. Dans la vraie vie, c’est plus fragile qu’il n’y paraît : quand les volumes passent sous un certain seuil, le modèle économique se tend.
Et les dépenses structurelles ne disparaissent pas : électrification, conformité réglementaire sur les émissions de CO2, financement de nouveaux modèles… autant de postes qui demandent de très gros investissements. Même une marque iconique ne peut pas repousser indéfiniment ces dépenses. La réduction de 20 % des effectifs illustre cette pression croissante sur un modèle déjà fragile.
Pour donner un point de comparaison, Ferrari a publié un chiffre d’affaires de plus de 7,1 milliards d’euros, avec une marge opérationnelle proche de 29,5 %, un niveau rare dans l’industrie automobile. Le constructeur a même annoncé une prime pouvant atteindre 14 900 € pour ses 5 000 salariés italiens.
Aston Martin rappelle une vérité simple : le badge « luxe » ne suffit plus à protéger une entreprise quand les ventes reculent, que la dette grimpe et que les marchés clés se compliquent. La suite dépendra de la capacité de la marque à financer ses transformations tout en stabilisant ses volumes. Dans l’automobile, même les légendes doivent apprendre à se réinventer.
Aston Martin supprime 20 % de ses effectifs, soit environ 600 postes.
La perte nette d’Aston Martin est en hausse de 52 %, à 493,2 millions de livres (environ 566 millions d’euros).
La dette d’Aston Martin atteint 1,38 milliard de livres.

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