
Dépenser plus de 8 millions de dollars pour une voiture qu’on ne peut presque pas utiliser au quotidien ? Dans l’univers des hypercars, ce genre d’histoire n’a rien d’exceptionnel. La Gordon Murray T.50, descendante spirituelle de la McLaren F1 des années 1990, fait partie des modèles les plus convoités par les collectionneurs les plus fortunés.
Aux États-Unis, un exemplaire de Gordon Murray T.50 a été adjugé pour 8,035 millions de dollars (environ 6,85 millions d’euros), alors que son prix catalogue se situait juste au-dessus de 3 millions de dollars. Résultat : le premier acheteur a réalisé une plus-value spectaculaire.
Le plus paradoxal, c’est que la voiture n’a presque pas roulé : elle n’affiche que 27 miles au compteur (43,4 km), parcourus par le constructeur pour des tests et pour assurer la livraison.
Si cette hypercar excite autant les passionnés, ce n’est pas seulement pour sa rareté. Sur le papier, la T.50 a tout pour marquer les esprits. Conçue par l’un des ingénieurs les plus réputés de l’histoire de la Formule 1, elle mise sur une recette à contre-courant des tendances actuelles.
Au programme : un V12 atmosphérique 3,9 litres de 670 ch, capable de dépasser 12 000 tr/min, associé à une boîte manuelle à six rapports. Elle se démarque aussi par un poids à sec inférieur à 1 000 kg.
Autre particularité marquante : la Gordon Murray T.50 utilise un ventilateur chargé d’aider à plaquer la voiture au sol, sans recourir à un aileron. Elle revendique aussi une position de conduite centrale, un clin d’œil direct à la McLaren F1, premier modèle de route signé Gordon Murray.
Plutôt que de courir après la fiche de performances des hypercars hybrides les plus extrêmes, la T.50 joue une autre partition : le plaisir, la pureté des sensations et l’efficacité en virage. Elle a d’ailleurs été élue “hypercar de l’année” en 2023 par Top Gear, avec un verdict clair : “meilleure voiture à conduire de la planète”.
Problème : aux États-Unis, le nouvel acquéreur ne pourra pas l’utiliser comme il veut. Cette sportive, assez artisanale, ne répond pas aux normes de sécurité et de pollution en vigueur dans le pays.
Il existe toutefois un régime dédié à ce type de situation : “Show or Display”. Il permet à certains véhicules ayant une importance historique ou technologique suffisante de rouler légalement sans homologation classique. En échange, une règle change tout : le kilométrage annuel ne doit pas dépasser 2 500 miles (environ 4 023 km).
Cette limite ne disparaît que lorsque la voiture atteint 25 ans, l’âge à partir duquel n’importe quel véhicule étranger peut circuler aux États-Unis.
Dans ces conditions, rien ne garantit que le nouveau propriétaire fera beaucoup plus de route que le précédent. Et plus largement, c’est un schéma classique : les hypercars proposées à la vente affichent très souvent de faibles kilométrages.
La raison est simple, même si elle peut frustrer : ces voitures deviennent régulièrement des objets de spéculation. Et le marché des enchères tend à confirmer cette logique, en valorisant particulièrement les exemplaires utilisés avec parcimonie.
Ce phénomène ne touche pas que les modèles récents : une Ferrari Enzo s’est vendue quasiment trois fois plus cher que sa remplaçante à moteur hybride, grâce notamment à un kilométrage exceptionnellement faible.
Avec la Gordon Murray T.50, on touche à un paradoxe fascinant : une voiture pensée pour le plaisir de conduite, mais souvent achetée comme un objet rare, presque intouchable. Entre passion, réglementation et spéculation, l’avenir dira si ces machines finissent par reprendre la route… ou par rester des trophées de garage.
8,035 millions de dollars (environ 6,85 millions d’euros).
Un V12 atmosphérique 3,9 litres de 670 ch, capable de dépasser 12 000 tr/min.
Le kilométrage annuel ne doit pas excéder 2 500 miles (environ 4 023 km).

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