Mobilité verte

5 000 € par an pour poser les clés : Malte tente le pari anti-bouchons

5 000 € par an pour poser les clés : Malte tente le pari anti-bouchons

Et si on vous proposait 5 000 € par an… à condition de ne plus conduire ? À Malte, où les routes et la circulation peuvent vite tourner au cauchemar, le gouvernement tente une méthode radicale : payer les jeunes pour qu’ils laissent la voiture au garage pendant cinq ans. En échange, ils doivent aussi remettre leur permis de conduire. Et si quelqu’un décide de tricher, les sanctions annoncées sont très sévères.

À Malte, le gouvernement encourage les jeunes à laisser leur voiture pendant cinq ans
À Malte, l’idée est de retirer des voitures de la route en misant sur un engagement de cinq ans.

Pourquoi Malte en arrive à proposer de l’argent pour moins conduire

En France, on compte environ 40 millions de véhicules légers immatriculés pour 70 millions d’habitants, sur un territoire très équipé en réseau routier. À Malte, l’équation est beaucoup plus serrée : l’île recense environ 450 000 véhicules pour 500 000 habitants. Autrement dit, presque une voiture par habitant (tous âges confondus), dans un endroit où les routes sont bien moins nombreuses.

Résultat : Malte fait partie des territoires régulièrement cités parmi les plus engorgés, aux côtés de métropoles comme Moscou ou Mexico. Face à une situation devenue difficilement supportable, le gouvernement a décidé de sortir une mesure qui frappe fort : payer pour retirer une partie de la demande de conduite, au moins chez les plus jeunes.

Le programme : 25 000 € sur cinq ans, en échange du permis

Le dispositif porte un nom explicite : « Driving Licence Surrender Scheme ». Le principe : encourager des résidents à abandonner leur droit de conduire pendant une longue période.

Concrètement, tout résident de moins de 30 ans titulaire du permis catégorie B depuis au moins un an peut choisir de le rendre volontairement à l’administration. En contrepartie, l’État s’engage à verser 25 000 € au total, sous la forme de cinq versements annuels de 5 000 €.

Des règles strictes (et des sanctions en cas de fraude)

La contrepartie est nette : le bénéficiaire s’interdit de conduire tout véhicule motorisé pendant cinq ans. Particularité marquante : l’engagement ne concerne pas uniquement l’île. Les conditions prévoient que la personne ne devra pas conduire à Malte… ni à l’étranger. Une clause surprenante, alors que l’objectif affiché est avant tout de réduire le trafic local.

Et si quelqu’un tente de contourner le système ou de revenir en arrière trop tôt ? Des pénalités lourdes sont prévues : remboursement des sommes perçues et jusqu’à 5 000 € d’amende administrative.

Au-delà des bouchons : provoquer un “choc culturel”

Pour Chris Bonett, ministre des Transports, l’idée dépasse la simple soustraction de quelques voitures sur la route. Il assume un objectif de transformation des habitudes : faire des jeunes les catalyseurs d’un changement, et sortir de la logique où la voiture est l’option par défaut.

Le programme démarre avec un budget initial de 5 millions d’euros, de quoi financer les 200 premiers volontaires. C’est un début, mais à l’échelle d’un pays aussi dépendant de l’auto, cela pourrait rester symbolique si la mesure ne monte pas en puissance.

En parallèle, Malte évoque l’idée de pousser vers d’autres mobilités et de réinvestir dans des alternatives comme les ferries et les transports en commun, ces derniers étant gratuits pour les résidents depuis 2022.

Des jeunes vont-ils accepter de renoncer à conduire pour 5 000 euros par an à Malte ?
La question clé : combien de jeunes accepteront un gros chèque contre cinq ans sans conduite ?

Dissuader de conduire : ce que d’autres pays et villes ont tenté

L’initiative maltaise s’inscrit dans une série d’expériences menées à travers le monde pour réduire la place de l’automobile. La différence, ici, c’est l’ampleur de l’incitation financière destinée directement aux citoyens, et ciblée sur les jeunes.

Singapour : rendre la voiture difficile à posséder

À Singapour, posséder une voiture passe par l’achat d’un Certificat d’Entitlement (COE) via des enchères. Le nombre de certificats est limité par l’État pour viser une croissance zéro du parc. Le prix de ce “droit de posséder” peut dépasser 100 000 €, ce qui rend l’auto inaccessible à une partie de la population et contribue à financer un réseau de transport très performant.

Luxembourg : rendre l’alternative gratuite

Le Luxembourg a fait un choix différent : rendre tous les transports publics (trains, tramways, bus) totalement gratuits pour tout le monde. Ici, pas de chèque direct, mais une manière claire de réduire le poids économique de la voiture en supprimant le prix de l’alternative.

Paris : réglementer, restreindre, et accompagner

En France, l’approche a souvent été réglementaire, notamment lors des pics de pollution. Paris a expérimenté la circulation alternée dès 1997 (plaques paires/impaires). La logique s’est ensuite prolongée avec des restrictions de circulation selon les véhicules, des mécanismes d’interdiction progressive de certains modèles anciens, ainsi que des primes pour orienter le parc vers des véhicules moins polluants. Les limitations de vitesse sur autoroute peuvent aussi évoluer lors d’épisodes de pollution aux particules fines.

Bologne : la gratuité des bus aux heures de pointe

Dès 1973, en pleine crise pétrolière, Bologne a misé sur une mesure simple : rendre les bus gratuits pendant les heures de pointe pour pousser les travailleurs à laisser la voiture. Une des premières initiatives européennes marquantes pour refuser l’adaptation totale des centres anciens à l’auto.

Londres et Stockholm : faire payer l’entrée en voiture

Plutôt que de verser de l’argent, certaines villes choisissent d’en prélever. À Londres, depuis 2003, entrer en voiture dans le centre implique une taxe (Congestion Charge). À Stockholm, le dispositif introduit en 2006 a entraîné une baisse du trafic d’environ 20 % de façon quasi immédiate, beaucoup d’usagers préférant éviter la taxe quotidienne en choisissant les transports.

Conclusion

Avec son chèque de 25 000 € étalé sur cinq ans, Malte tente une approche frontale : acheter du “non-trajet” pour desserrer l’étau de la congestion, tout en espérant déclencher un changement durable des habitudes. Reste une question : cette incitation, encore limitée en volume au lancement, suffira-t-elle à amorcer une transformation à grande échelle ? Quoi qu’il arrive, l’avenir des villes semble se jouer sur une idée simple : rendre le quotidien plus fluide, en donnant (enfin) de vraies alternatives à la voiture.

Foire aux Questions

Quel est le montant de la prime du « Driving Licence Surrender Scheme » à Malte ?

25 000 euros au total, répartis en cinq versements annuels de 5 000 euros.

Qui peut bénéficier du « Driving Licence Surrender Scheme » à Malte ?

Tout résident de moins de 30 ans, titulaire du permis catégorie B depuis au moins un an, qui rend volontairement son permis à l’administration.

Quelle sanction est prévue en cas de fraude au « Driving Licence Surrender Scheme » à Malte ?

Jusqu’à 5 000 € d’amende administrative, en plus du remboursement des sommes perçues.

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